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Le fils ainé d'Adjo écoutant la radio pendant que sa mère s'occupe de ses petits enfants © Bruno Sanogo, tous droits réservés
Le fils ainé d'Adjo écoutant la radio pendant que sa mère s'occupe de ses petits enfants © Bruno Sanogo, tous droits réservés

A Accra, avec les derniers résistants de la terre...

Les derniers propriétaires des quartiers huppés de la capitale ghanéenne n'entendent pas se laisser déguerpir.

Autour de leurs concessions en bois dans des quartiers résidentiels, où des bâtiments tout en béton sont rapidement sortis de terre. Seuls les expatriés des multinationales, les ambassadeurs étrangers et autres hauts fonctionnaires peuvent payer des loyers de 2000 à 4500 dollars mensuels dans ces quartiers.

Ils cohabitent avec des habitants qui ont hérité des terres de leurs parents et qui n’entendent pas céder leurs espaces vitaux pour quelques milliers de dollars.

Contraste

Airport West (quartier du centre d’Accra), 8 heures 30 du matin. Sur Kufuor Road, les bouchons sont de plus en plus interminables à cette heure-là. Sur les véhicules, nombreuses sont les plaques d'immatriculation sur fonds rouges frappées d'un C pour «Corps» et d’un D pour «Diplomatique.» Sinon, elles font référence à des institutions internationales telles que la FAO ou le HCR.

Derrière les vitres souvent fumées mais toujours montées de ces grosses voitures «climatisées jusqu'aux pneus», pour reprendre l’expression du vendeur de cartes téléphoniques de la rue, des hommes et des femmes habillés «très classe.»

Quartier Airport West, La Kuffuor Road traverse tout le quartier © B. Sanogo, tous droits réservés

Adjo Annan, 67 ans, passe une journée comme les autres, dans les mêmes vêtements depuis une semaine. Assise sur le même tabouret devant sa concession en bois et en tôles, elle fixe du regard les rails fixés à 10 mètres de sa maison. Entre les rails et la «Kufuor Road», des personnes ayant peu ou pas de revenu se sont faites une place pour passer des nuits plus ou moins agréables.

Pour Adjo, cela fait 37 ans qu'elle dort ici. Se réveille ici. Et regarde passer les quelques trains de modèles coloniaux qui résistent au temps comme elle-même résiste au libéralisme qui donne «tout aux plus riches de la terre», s'emporte-t-elle.

C’est son travail qui a amené John Kiellen, 45 ans, dans ce quartier. Cadre chez Nestlé, il habite une maison dont la location mensuelle s'élève à 3000 dollars. La multinationale suisse a payé d'avance pour trois ans une somme de 108 000 dollars.

La crainte de l’expropriation

Ce sont là les conditions de bails dans ce quartier «tranquille» où vivent une quarantaine de Ghanéens qui ont hérité de terres que leur a légué un père ou un mari décédé. Déterminés à ne pas «lâcher ce dernier bien», aucun de ces héritiers ne sait même approximativement pendant combien d'années il restera à leur nom.

Quartier Airport West, les taudis courtoient les maisons luxueuses © B. Sanogo, tous droits réservés

Derrière son apparente tranquillité à contempler les rails, Adjo est quand même troublée:

«Dans trois ou quatre ans probablement, quand je ne serai plus vivante, c'est sûr que mon fils vendra cette maison que j'aime tant», se dit-elle.

Parce qu'il y a deux ans, un riche investisseur immobilier libanais est venu les voir.

«Il me proposait 10 000 dollars et un terrain dans la périphérie Est d'Accra. Je lui ai dit que mon mari dans sa tombe ne serait pas fier de moi», raconte Adjo.

L'investisseur libanais aurait construit une maison comme celle de John. Cette maison lui aurait rapporté en un temps éclair le prix d'achat du terrain et il aurait commencé à rentabiliser petit à petit le coût des travaux. Mais pendant combien de temps des personnes comme Adjo résisteront- elles?

En longeant la Kufuor Road, on arrive à l’«African Regent» ou «Kufuor Hôtel» (le PDG de l’établissement est le fils de l’ancien président John Kufuor). La nuit dans une chambre simple de cet hôtel coûte au moins 150 dollars. Mais la famille qui vit de l'autre côté du mur de l'hôtel vit avec moins de 10 dollars mensuel.

Affiyah Quartey, 45 ans, est la chef de famille dans sa maison, dix fois moins haute que l'hôtel. Seulement séparé de l'hôtel par un mur, Affiyah est née dans ce lieu. Elle y a grandi alors que le projet de l'hôtel n'existait pas encore et elle entend bien y mourir.

Mais elle craint que faute d'héritiers, sa maison ne soit rasée et remplacée par un building comme celui qui abrite les expatriés américains et chinois qui travaillent pour Tullow Oil, la compagnie anglo-irlandaise exploitant le pétrole ghanéen.

Bruno Sanogo

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