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Amine Laalou sur 1500 mètres lors des champions du monde de 2011 en Corée du Sud. REUTERS/Mark Blinch
Amine Laalou sur 1500 mètres lors des champions du monde de 2011 en Corée du Sud. REUTERS/Mark Blinch

Le dopage, malédiction de l’athlé marocain

Les meilleurs espoirs de l’athlétisme marocain ont été bannis des JO de Londres suscitant une vive polémique sur cette discipline reine au Maroc.

Le Maroc, hier au firmament de l’athlétisme mondial se contente de faire acte de présence dans les grands meetings internationaux.

L’espoir de le voir briller de nouveau à l’occasion des JO de Londres a laissé la place à une grande désillusion aggravée par des scandales à répétition.

Trois champions sur la sellette

Les meilleurs espoirs marocains n’ont même pas eu l’occasion de fouler la piste de l’impressionant London Olympic Stadium.

A part Abdelaati Iguider qui a décroché le bronze sur 1500m, coiffé au poteau par l’algérien Taoufik Makloufi qui lui a ravi la breloque d’or dont il rêvait, Meriem Alaoui Selsouli, Abderrahim Goumri  et Amine Lahlou  ont tous les trois été exclus de la compétition pour dopage. Tous contrôlés positifs à un diurétique.

Un quatrième athlète, Aziz Ouhadi, qui devait courir sur le 100 mètres et le 200 mètres, a tout simplement refusé de se soumettre à un contrôle. De quoi jeter la suspicion sur tous les champions marocains.

Ils avaient pourtant suscité bien des espérances comme autant d’inquiétudes. Chez les dames, Selsouli, qui venait de purger une interdiction de deux ans pour dopage, avait établi le record mondial au 1.500 mètres cette année en un temps de 3:56.15, lors d’un meeting parisien.

Elle a également fait tomber le précédent record marocain de plus de trois secondes. Ses analyses d’urine ont révélé des traces de furosémide, un médicament pour traiter l'hypertension artérielle et qui figure sur la liste des produits interdits en toute circonstance par le code mondial antidopage, comme tout diurétique, principalement pour ses effets masquants.

En accélérant la dilution des substances dopantes dans les urines, les diurétiques peuvent aider à éviter un contrôle positif.

«C'est une catastrophe pour le Maroc», a déclaré manifestement impuissant le ministre de la Jeunesse et des Sports Mohamed Ouzine, à l'AFP.

Et d’ajouter:

«Si cela est vrai, c'est inadmissible et inacceptable. Cela tombe très mal alors que nous menons une campagne pour la propreté du sport».

La presse marocaine s’est indignée de la situation. L’Economiste, par exemple, réclame des sanctions à tue-tête:  

«C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Que le Maroc ait accusé une contre-performance historique durant les JO de Londres, les Marocains peuvent encore l’endurer, mais que l’on dénombre trois cas de dopage, uniquement dans l’athlétisme, relève de l’impardonnable», tempête le quotidien casablancais.

La Fédé accusée de toutes parts

Dans la quête des coupables, «l’opinion publique, selon le journal, désigne la fédération royale marocaine d’athlétisme (FRMA)».

La Fédération, elle, renvoie au code mondial anti-dopage dont l’article 2 responsabilise clairement l’athlète:  

«Il incombe à chaque sportif de s’assurer qu’aucune substance interdite ne pénètre dans son organisme.»

Lahcen Karam, président de l’Association marocaine de sensibilisation au dopage (AMSD), estime pour sa part que les sportifs marocains sont «pris dans un engrenage, entre leur club, la ligue, la fédération et le comité olympique».

Autant d’instances, selon lui, qui doivent aussi assumer leurs responsabilités dans la prévention du dopage, tout comme l’entourage des athlètes.

Avec autant d’intervenants, il est difficile, selon l’Economiste, de déterminer si les substances dopantes sont consommées «par inadvertance ou bien par préméditation».

D’autant que certains médicaments autorisés peuvent se transformer, une fois dans le corps, en substances interdites.

Querelles de clôchers et de pouvoir

Mais la réalité est qu’à l’instar des autres sports qui déchaînent les passions, l’athlétisme marocain pâtit de son inceste avec la politique et le business.

Un système opaque et corseté par des hommes de l’ombre qui font valser cadres et techniciens et qui confine à du fonctionnariat.  

«Le Maroc qui de plus se perd dans les querelles de clochers et de pouvoir, s’est endormi sur un système sclérosé, de plus malmené par les affaires de dopage qui viennent ternir la réputation d’une élite.»

Un constat amer lorsque l’on sait qu’un projet de loi sur le dopage est en gestation depuis quatre ans et que personne n’ose ressortir du placard pour des raisons obscures que l’ancienne gloire du demi-fond marocain, Saïd Aouita a promis de révéler à l’issue des JO de Londres dans une fracassante interview accordée au quotidien Al Massae.

«Il faut que les institutions se bougent et que des mesures draconiennes soient prises pour rétablir l’ordre. On n’improvise pas dans la gestion des sports. Une expérience a été tentée, elle a échoué. Il faut vite reconnaitre cela et passer à autre chose. Ont recourt au dopage des sportifs qui ont perdu confiance en leurs moyens propres et dans le système et l’environnement de leur préparation. Maintenant il ne faut pas regarder que du côté des sportifs. Eux vont payer de leur carrière», a déclaré l’ex-médaillé d’or de Los Angeles en 1984.

Pour lui, ce sont les instances dirigeantes de cette discipline qui sont derrière cet échec patent, malgré une stratégie ostentatoire et dispendieuse

«Il faut que la Fédération nettoie ses écuries d’Augias, de fond en comble, et il faut aussi que les responsables de cette détérioration de l’image du pays en raison du dopage soient sanctionnés» martèle Aouita.

Un point de vue que n’est pas loin de partager Aziz Daouda, le DTN-coach-manager formé à l’Est, qui a toujours estimé que «l’athlétisme marocain repose sur du sable. Une élite performante, mais rien qu’une élite sans réelle base, sans fondement ferraillé».

De son côté, la FRMA ne se sent pas directement concernée par ces accusations. Contacté par la radio Aswat, son porte-parole s’est borné à répéter que «les cas de dopage étaient des cas personnels et isolés, et que la fédération n’y était pour rien».

Ifrane, Mecque du dopage?

Pourtant, depuis des années, «l’industrie du dopage» dont parle aujourd’hui Aouita a toujours été un sujet dont on ne parle pas qu’à mots couverts.

En ligne de mire, le célèbre centre sportif d’Ifrane dans le Moyen-Atlas, une «machine à stars», où les plus grands athlètes marocains et internationaux s’entraînent:  

«Je me rappelle avoir assisté là-bas à une séance d’un athlète marocain champion du monde. Dix fois 1 000 mètres en 2’38’’, avec 1’30’’ de récupération entre les séances. Sans aucune goutte de sueur [ce qui laisse augurer le dopage, ndlr]. C’est pour cela que beaucoup se cachent pour s’entraîner», révélait à Libération, Fouad Chouki, athlète franco-marocain, lui aussi tombé pour dopage.

Tout un monde de dissimulation qui a mené ce sport à la ruine.

Ali Amar, de Rabat

 

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Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

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