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La Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest vue du fleuve Niger, à Bamako, 28 janvier 2006, REUTERS/Juan Medina
La Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest vue du fleuve Niger, à Bamako, 28 janvier 2006, REUTERS/Juan Medina

Fragile retour de l'ordre à Bamako

L’Etat de droit retrouve des couleurs à Bamako. Après la période de chaos marquée par l’agression du président Dioncounda Traoré, on assiste à un retour progressif à la normale.

Mise à jour du 21 août 2012: La composition du gouvernement «d`union nationale» exigé par l’Afrique de l’Ouest a été annoncée dans la soirée du 20 août. 

La nouvelle équipe compte 31 membres dont quatre femmes (contre 24 ministres dans la précédente), indique l’AFP. Presque tous les regroupements politiques maliens y sont représentés.

Toujours dirigé par le Premier ministre Cheick Modibo Diarra, le nouveau cabinet est notamment marqué par le remplacement des ministres des Affaires étrangères et de la Communication.

Les ministres (Défense, de la Sécurité, de l'Administration territoriale) appartenant à l’ex-junte sont tous reconduits à leurs postes.

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Deux faits récents permettent de croire que les institutions fonctionnent mieux à nouveau et que les forces de l’ordre essaient de s’inscrire dans une dynamique de loyauté au chef de l’Etat.

Il y a eu d’abord cette interdiction faite à des manifestants anti-Dioncounda Traoré, regroupés au sein de l’association Yèrè Wolo Ton («les dignes fils» en langue bambara), de marcher sur le palais de Koulouba, le 6 août 2012.

Cette association favorable au putsch du capitaine Sanogo, on se le rappelle, s’était illustrée de la pire des manières en participant à l’agression du président de la transition le 21 mai.

Cette fois-ci, elle s’est trompée de timing. La situation a évolué à Bamako et le mentor des pro-putschistes, le capitaine Sanogo, a fait serment de fidélité aux institutions et au président Dioncounda Traoré. Résultat: la marche a été étouffée dans l’œuf.

Que justice soit faite

Le deuxième acte réconfortant pour la restauration de l’autorité de l’Etat à Bamako, c’est justement le procès des agresseurs du président de la transition.

Ce qui était inimaginable, il y a quelques semaines, est devenu réalité. Ceux qui faisaient la pluie et le beau temps à Bamako, défiaient les institutions et essuyaient leurs semelles sur elles, sont devant la barre.

Là où la justice est rétablie dans ses prérogatives, c’est l’Etat de droit qui avance. Dans la crise malienne, rien de solide ne pouvait se construire sans les deux mamelles importantes que sont les forces de l’ordre et la justice.

Si ces deux entités jouent leur partition, en se montrant légaliste pour la police et indépendante pour la justice, le processus de restauration de la démocratie ne s’en portera que mieux.

Le Mali n’aurait jamais d’ailleurs dû traverser cette triste période de l’après-ATT (Amadou Toumani Touré, ancien président démis par un coup d’Etat le 22 mars 2012), où la terreur a été institutionnalisée en mode de gouvernement. Le pays, depuis ce temps, est empêtré dans des difficultés dont il mettra du temps à se sortir.

La discipline doit s’appliquer aux militaires

L’embellie relative observée à Bamako devrait donc être entretenue, pour que la situation, encore fragile, ne dégénère. On ne sera définitivement rassuré que lorsque les sbires du capitaine Sanogo auront regagné leurs casernes et mis fin aux arrestations arbitraires.

C’est de notoriété publique que la vie à Bamako est aussi rythmée par les arrestations extrajudiciaires opérées par des hommes en armes. Récemment encore, les épouses des bérets rouges ont dû se constituer en boucliers pour faire échec à des opérations d’arrestation.

La fin de l’impunité ne concerne pas que les civils auteurs d’actes répréhensibles. Elle doit s’appliquer aussi aux militaires, en particulier ceux proches du capitaine Sanogo.

S’il applique cette discipline inhérente à une armée républicaine à ses propres hommes, alors, le capitaine de Kati aura véritablement donné les gages de sa bonne foi. Et Bamako pourra enfin se mettre au travail.

Mahorou Kanazoé (Le Pays)

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Mahorou Kanazoe. Journaliste burkinabè.

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