SlateAfrique

mis à jour le

Algérie - La chasse aux prostituées est ouverte

Le plus vieux métier du monde n’est plus le bienvenu dans les rues algériennes. De récentes manifestations ont eu lieu dans de nombreuses villes (Oran, Tlemcen, Annaba, Bejaia, Tizi-Ouzou, Sétif, Tichy et Alger) afin de condamner cette pratique illégale en Algérie. Le quotidien El Watan a publié le 7 juillet un reportage dans le quartier populaire de Chebilia dans la ville de M’sila, quelques jours après que des «expéditions punitives» ont éclaté dans la nuit du samedi 2 juillet.

«On pensait tout connaître des émeutes, mais voilà qu’on découvre des Algériens capables de trouver des raisons originales de se révolter. Le phénomène de la prostitution, qui se propage dans les milieux populaires (cités, quartiers et villages) est en train de pousser à bout les couches sociales qui y sont directement exposées.»

Cet après-midi du 2 juillet, des jeunes se sont regroupés par centaines devant un immeuble où travaille R., une femme soupçonnée de proxénétisme. Un habitant de l’immeuble confirme:

«Tous les quinze jours, il y a une relève. Des filles nouvelles arrivent, les anciennes partent.»

Après que la dite «maquerelle» ait quitté les lieux, les insurgés ont alors incendié l’appartement, au risque de mettre en danger la vie des voisins sortis précipitamment de l’immeuble noirci par la fumée. Cela n’empêche pas un jeune manifestant d’assurer avec véhémence:

«Si les prostitués reviennent ici […] on va les brûler vives.»

Ce n’est malheureusement pas la première fois que des échauffourées de la sorte ont lieu. Début juin, une foule s’était massée en bas d'un immeuble occupée par des «femmes de petite vertu», accusant «la maison de rendez-vous d’attirer tous les voyous du coin, principal objet de la vindicte populaire.»

Les manifestants avaient ensuite bloqué les locaux toute la nuit, tentant même d’incendier la conduite de gaz de l’immeuble.

«Dans le petit immeuble de deux étages, quatre femmes sont prises au piège et courent le risque d’être lynchées si une porte ou une fenêtre cède. Il n’y a pas de voisins. Ils ont tous fui cette promiscuité honteuse. […] La police tente une maigre protection avec une dizaine d’éléments anti-émeutes, mais le risque de les voir réduits en charpie par les milliers de personnes qui encerclent l’immeuble est tel qu’on leur conseille de se retirer vivement.»

Le code pénal algérien condamne le racolage d’une peine de 2 à 5 ans de prison et de 500 à 20.000 dinars algériens d'amende (5 et 195 euros). Cette interdiction n’a pas empêché la propagation du phénomène à travers le pays. A tel point que la station balnéaire de Tichy pâtit des retombées d'une telle activité. Habituellement envahie par les touristes en cette saison, «le tapage médiatique créé autour de la chasse aux sorcières» a sérieusement compromis la saison estivale.

Le quotidien algérien conclut :

«Chassez le naturel, il revient au galop: depuis que les maisons closes l’ont été définitivement au nom d’une morale à quatre sous, c’est toute la société qui a commencé à être gangrenée.»                

Lu sur El Watan