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Anxiété et confusion

Ils sont sans nouvelles d'un fils, d'une nièce ou d'un frère et redoutent le pire après l'attaque menée mardi et mercredi par des islamistes somaliens contre un complexe immobilier proche du centre de la capitale kényane Nairobi, qui a fait au moins 14 morts.

Rassemblées à la morgue Chiromo de Nairobi, des dizaines de personnes attendent avec anxiété l'ouverture d'une porte en métal kaki surmontée de l'écriteau "Réception des corps".

"Je suis ici depuis 06H00 du matin, je suis quasi sûr que mon beau-frère est mort mais j'aimerais qu'on nous laisse voir son corps, parce qu'on doit en être sûr", se désespère Francis Magutu, 35 ans.

Le frère de son épouse, Zacharia, travaillait comme agent de sécurité pour l'hôtel Dusit, établissement d'une centaine de chambres se trouvant au coeur du complexe immobilier DusitD2 rassemblant, outre l'hôtel, des restaurants et des bureaux. Le tout à quelques centaines de mètres à peine de la morgue Chiromo.

Revendiquée par les islamistes somaliens shebab, l'attaque contre ce complexe a débuté mardi vers 15H00 (12H00 GMT). Au moins un des assaillants s'est fait exploser au début de l'attaque non loin de l'entrée de l'hôtel. Après près de vingt heures de siège, les forces de sécurité ont mis un terme à l'attaque mercredi en fin de matinée.

"Zacharia était chargé de surveiller l'entrée de l'hôtel qui a été attaqué. Il était donc en première ligne et je serais très surpris qu'il ait survécu", soupire Francis. Zacharia, dit-il, ne répond pas à son téléphone et ne se trouve pas parmi les blessés répartis dans les hôpitaux de la ville.

- 'Histoire crédible' -

Malgré les protestations des personnes présentes, deux longues files se sont formées devant la porte kaki, à la demande d'employés de la morgue et de membres de la Croix-rouge kényane qui semblent débordés et appellent au calme.

"Il y a trop de monde ici et on ne peut pas laisser rentrer tout le monde dans la morgue, c'est pour cela qu'on fait attendre les gens", explique un membre de la Croix-rouge, sous couvert de l'anonymat. "Nous faisons une présélection sur la base d'entretiens avec les familles et nous laisserons rentrer plus tard ceux qui ont une histoire crédible".

"Les personnes avec qui nous parlons donnent le nom de la personne qu'ils recherchent et parfois, on se rend compte que leur proche a été admis à un hôpital en tant que blessé", raconte-t-il.

Une employée de la morgue indique à l'AFP de son côté que le processus d'identification des corps avec l'aide des proches a déjà commencé dans la matinée. 

Les familles s'impatientent. Personne ne sait quelle est la marche suivre. Une employée de la morgue admet elle-même avoir du mal à "comprendre ce qui se passe ici".

Ida, 38 ans, se trouve quelques places devant Francis dans la file, mais, elle, n'a plus aucun doute: à la faveur de la confusion régnant à la morgue, elle dit avoir vu arriver mardi soir le corps de sa nièce, une comptable qui travaillait au DusitD2 et dont elle souhaite taire le nom.

"Tout ce qu'on demande, c'est de voir le corps avec toute la famille et pouvoir prendre nos dispositions pour les funérailles", soupire-t-elle.

- Don de sang -

En dehors de l'agitation régnant à la morgue et à proximité du complexe DusitD2, rythmée par les allées et venues des véhicules de police, rien ou presque à Nairobi ne laisse penser que la ville vient d'être frappée par les shebab une nouvelle fois - comme ce fut déjà le cas avec l'attaque contre le centre commercial Westgate en 2013 (67 morts).

Les embouteillages ont respecté leurs rendez-vous matinaux et la sécurité semble à peine avoir été renforcée dans les centres commerciaux, comme le Yaya Center, dans le quartier d'affaires de Kilimani, où l'activité reste ordinaire.

Plutôt que de céder à la panique, les Nairobiens préfèrent montrer leur solidarité avec les victimes de l'attaque. Dans le centre-ville, des dizaines de personnes font la queue pour donner leur sang sur le site du Mémorial du 7 août, là où l'ambassade des Etats-Unis avait été détruite dans un attentat en 1998 revendiqué par Al-Qaïda.

"Je le fais par solidarité pour les blessés car ce qui s'est passé est horrible. Je sais que je vais sauver une vie grâce à cela", indique Rosemary Gathogo, 25 ans.

Des tentes blanches de la Croix-rouge ont été spécialement montées mercredi pour l'occasion sur cette petite place de Nairobi, mais elles ne suffisent pas à canaliser le flux des donneurs.

"Il y a des centaines de personnes qui sont venues depuis le début de la journée et ça continue", se réjouit Kenneth Kamande, un coordinateur de la Croix-rouge. "On va devoir monter une tente supplémentaire." 

AFP

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