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A Tripoli le 18 mars, des partisans de Kadhafi protestent contre la résolution onusienne. Reuters/Zohra Bensemra
A Tripoli le 18 mars, des partisans de Kadhafi protestent contre la résolution onusienne. Reuters/Zohra Bensemra

L'ONU se décide à contrer Kadhafi

Les insurgés l'ont attendue longtemps: une résolution a été approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU jeudi 17 mars. Elle impose une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye et autorise le recours à la force contre le régime Kadhafi.

La Communauté internationale réserve parfois quelques surprises. Après en avoir parlé pendant trois semaines, le vote a finalement eu lieu: le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne («No Fly Zone») au-dessus de la Libye jeudi 17 mars au soir. Dix pays ont voté en faveur de la résolution et cinq se sont abstenus: Brésil, Inde, Allemagne et sans surprise la Russie et la Chine.

Il aura fallu un appel de la Ligue Arabe le 12 mars, des négociations ratées à l’Union européenne et au G8, trois jours de discussions intenses au Conseil de sécurité et la soudaine venue du ministre des Affaires étrangères français Alain Juppé au siège de l’ONU à New York, pour finalement voter.

Bref, un peu de suspens, un peu de drame et une surprise ont permis au Conseil de se décider. C’est certainement un peu tard, mais les partisans de cette mesure diront que c’est le mieux que la communauté internationale pouvait faire. D’autant plus que la décision est historique. La mesure en question n’a été acceptée par ce même Conseil que deux fois: pour la Bosnie et pour le Kosovo.

La résolution mise sur la table mardi 15 mars et débattue depuis était coécrite par la France, la Grande-Bretagne et le Liban. Nawaf Salam, l’ambassadeur libanais, a indiqué qu’il espérait que cette mesure n’entraînerait pas plus de violence.

«Nous espérons aujourd’hui que l’adoption de cette résolution aura un effet dissuasif sur Kadhafi et qu’il n’y aura pas besoin de recours à la force», a-t-il déclaré à l’issue du vote.

Amender pour mieux voter

Le cœur de la résolution est bel et bien la mise en place de la No Fly Zone et le renforcement des pressions sur Kadhafi et ses alliés, notamment un renforcement des sanctions adoptées le 26 février. Cependant, on ne négocie pas pendant des jours pour rien.

Les doléances russes et américaines ont permis d’amender le texte «pour le rendre meilleur», disent certains diplomates. On obtient donc une résolution qui, avant tout autre chose, «demande un cessez-le-feu immédiat et la fin des violences», c’est ce qu’ont demandé les Russes, qui finalement n’ont pas voté.

Ensuite, le Conseil «autorise les pays membres qui ont informé le Secrétaire général de l’ONU et celui de la Ligue Arabe (…) à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils, et les zones peuplées de civils, menacés d’être attaquée en Libye, y compris à Benghazi». Ça, c’est l’amendement américain, c’est le fameux «plus loin qu’une zone d’exclusion aérienne» proposé par la secrétaire d’Etat Hillary Clinton mercredi 16 mars.

L’autre amendement américain concerne la participation des pays arabes dans la mise en application de la résolution avec des références quasi obsessionnelles aux pays arabes tout au long du texte. De là à dire que les Américains ont peur de s’impliquer dans un autre conflit arabe sans l’approbation de ces derniers, on n’en est pas loin.

Tout est permis sauf l’occupation

Finalement, la résolution impose le gel aérien et, à nouveau, autorise les pays membres à «prendre toutes les mesures nécessaires» pour que personne ne viole l’interdiction. C’est le désir initial franco-britannique, le point de départ.

Ce langage, qui est celui qui avait créé autant de débat, permet des frappes aériennes sur la Libye. Frappes qui pourraient avoir lieu très rapidement. Interrogé sur la participation de la France dans des raids aériens, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, est resté prudent mais pourtant clair:

«La France est disponible avec d’autres pour mettre en œuvre la résolution du Conseil de Sécurité y compris dans ce domaine. Vous savez que nous travaillons main dans la main avec nos amis britanniques, nous sommes aussi en liaison avec des pays arabes, il est très important qu’il y ait des pays arabes dans l’intervention quand elle aura lieu, nos amis américains également.»

D’après le représentant de la Ligue Arabe à l’ONU, deux pays ont déjà promis de participer, les Emirats Arabes Unis notamment et l’autre semblerait être le Qatar.

Tout est donc maintenant permis pour protéger les civils en Libye. Tout sauf l’occupation. Le texte précise en effet que les Etats peuvent prendre toutes les mesures nécessaires «tout en excluant une force d’occupation étrangère». On ne voudrait évidemment pas risquer un nouvel Irak.

Toutes les précautions ont été prises dans ce texte pour assurer les Occidentaux de ne pas être accusés ni d’interventionnisme, ni d’invasion.

Les pays qui feront appliquer la décision se doivent d’être rapides. Au moment même où les diplomates votaient, des tirs étaient entendus dans la ville de Benghazi.

On peut espérer que pendant que les diplomates prenaient leurs précautions, les experts militaires, eux, préparaient l’action.

Camille Biet

Camille Biet

Camille Biet. Journaliste française, installée à New York. Spécialiste des Nations Unies, elle est notamment correspondante de la BBC.

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