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Zimbabwe: trois morts dans des manifestations contre la hausse du prix des carburants

Trois personnes ont été tuées dans des violentes manifestations qui secouent depuis lundi le Zimbabwe pour protester contre le doublement du prix des carburants dans un pays en proie depuis des mois à une grave crise économique.

Selon un premier bilan officiel, les troubles ont fait trois morts. "Un policier a été lapidé à mort à Bulawayo, une personne est morte à Chitungwiza (au sud de Harare) et une autre à Kadoma (centre)", a annoncé aux journalistes la porte-parole de la police zimbabwéenne, Charity Charamba.

Le principal parti d'opposition a évoqué le même nombre, provisoire, de victimes mais avec des localisations différentes.

"Selon nos informations, deux personnes ont été tuées à Chitungwiza et une autre à Kadoma", a déclaré à l'AFP le porte-parole du Mouvement pour un changement démocratique (MDC), Jacob Mafume.

"Beaucoup d'autres ont été blessées, certaines gravement", a-t-il ajouté sans donner plus de détails.

Lundi soir, le ministre de la Sécurité Owen Ncube avait indiqué que les troubles avaient "provoqué des pertes en vie humaine", sans toutefois les chiffrer. Au moins 200 personnes sont été arrêtées, avait-il ajouté.

Mardi, la situation restait extrêmement tendue au Zimbabwe, au deuxième jour d'une grève générale à l'initiative de la Confédération syndicale du pays (ZCTU). 

La capitale ressemblait à une ville morte où la police patrouillait des rues désertes, a constaté un journaliste de l'AFP, tandis que la police a tiré des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser des manifestants à Bulawayo, fief de l'opposition.

- Pillages -

"ED doit partir", scandaient-ils en référence à Emmerson Dambudzo Mnangagwa, dit "ED", l'homme fort du pays depuis la chute de Robert Mugabe fin 2017.

Des partisans de l'opposition ont de nouveau érigé mardi à Bulawayo des barrages sur les routes, avec des pneus enflammés mais aussi des wagons, et pillé des magasins, emportant alcools, oeufs ou encore cahiers d'écoliers.

"On ne va pas s'arrêter tant que le gouvernement n'a pas remis l'économie sur pied et tant que nous n'avons pas d'emploi", a prévenu Muziwethu Nkala, 23 ans, installé à un barrage.

"On ne veut plus de la Zanu-PF", le parti au pouvoir depuis l'indépendance du Zimbabwe en 1980, a ajouté un autre manifestant sous couvert d'anonymat. "On dirait que c'est une sale habitude de la Zanu-PF d'opprimer les gens", a-t-il ajouté.

Mardi, l'accès à internet a été "brouillé" dans le pays, selon un opérateur téléphonique. "Nous n'avons pas l'équipement pour le faire, donc devinez qui l'a fait", a-t-il déclaré sous couvert de l'anonymat, en rendant responsable  les autorités.

L'organisation Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé une mesure qui "n'est pas en adéquation avec le +Nouveau Zimbabwe+" que le président Mnangagwa entend promouvoir. 

"Le prédateur de la #liberté de la presse Robert Mugabe avait fait exactement la même chose en 2016", a rappelé RSF.

Dans plusieurs villes du pays, dont Bulawayo et Chitungwiza, la police a également violemment réprimé mardi des personnes qui s'étaient aventurées dans la rue, selon Amnesty International.

- "Voyous" -

Dans la banlieue de Kuwadzana, à Harare, un habitant a raconté à l'AFP avoir été frappé ainsi que son fils par la police.

"J'étais sur le pas de ma porte pour voir si je pouvais me rendre au travail quand un groupe de policiers qui passaient par là a commencé à me battre", a expliqué Tawanda Mataya, montrant son dos boursouflé. "Mon fils de 17 ans a ouvert la fenêtre pour voir ce qui se passait et il a été frappé à plusieurs reprises".

Un haut-responsable de la Zanu-PF, Goodwills Masimirembwa, a accusé "le MDC et des organisations de la société civile de mobiliser des voyous pour bloquer les routes" et "piller des magasins". "Ce niveau de brutalité ne sera pas toléré", a-t-il prévenu.

Mais le MDC a nié toute implication. "Les organisateurs (de la grève générale) sont la ZCTU", a-t-il expliqué, se disant "solidaire" de cette action.

La grève a été décidée à la suite de la spectaculaire annonce samedi du président de doubler les prix du carburant, une mesure qui a provoqué la colère d'une population aux abois, alors que le Zimbabwe est plongé depuis deux décennies dans une crise interminable.

Le Zimbabwe est désormais le pays où le prix du carburant est le plus cher au monde (3,31 dollars le litre d'essence), selon les comparaisons disponibles sur le site spécialisé GlobalPetrolPrices.

Emmerson Mnangagwa s'était engagé à sortir le pays du marasme économique, mais c'est précisément l'inverse qui se produit. La situation s'est détériorée ces derniers mois au point que les Zimbabwéens manquent d'huile, de sucre, de pain ou encore de médicaments.

AFP

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