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Le Zimbabwe gronde contre la hausse des prix du carburant et le régime

La police est intervenue lundi au Zimbabwe pour disperser des manifestations de protestation contre la forte hausse des prix du carburant décrétée par le président Emmerson Mnangagwa, de plus en plus vivement mis en cause pour son incapacité à sortir le pays de la crise.

A Harare et à Bulawayo (sud), les deux plus grandes villes du pays, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour démanteler des barricades de pierres et de pneus enflammés, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Plusieurs ONG ont affirmé avoir recueilli des témoignages rapportant que la police avait ouvert le feu sur des manifestants. Ces informations n'ont pas été confirmées par les autorités.

L'Association des médecins pour les droits de l'Homme (ZADHR) a ainsi fait état de 13 personnes blessés par balles "par des tirs à balles réelles". "L'étendue des blessures et le nombre exact de blessés restent à déterminer", a ajouté l'ONG.

Depuis près de vingt ans, l'économie zimbabwéenne n'en finit pas de dégringoler, étranglée financièrement par un manque criant de liquidités et une inflation galopante.

Sa situation s'est encore aggravée ces derniers mois. De nombreux produits de base manquent, à commencer par le pétrole. Des kilomètres de queue de véhicules se sont formés devant les stations-service du pays.

Samedi soir, M. Mnangagwa a lui-même annoncé la multiplication par deux et demi des prix de l'essence, dans l'espoir de réduire la consommation et les trafics liés à la dévaluation de la quasi-devise locale, les "bond notes".

Dans un climat social de plus en plus tendu, cette hausse a mis le feu aux poudres. De nombreux Zimbabwéens redoutent qu'elle provoque une flambée généralisée des prix.

- 'Décision stupide' -

La Confédération syndicale du Zimbabwe (ZCTU) a  appelé la population à arrêter le travail jusqu'à mercredi. "Nous avons assez souffert, il est temps d'arrêter cette folie", a lancé le plus important syndicat du pays sur les réseaux sociaux.

A Epworth, un des quartiers pauvres de Harare, la plupart des axes menant vers le centre-ville ont été bloqués par des manifestants très remontés contre les autorités.

"Nos perspectives de carrière sont mortes, tous ceux qui ont plus de 18 ans sont condamnés à rester chez eux sans travail", a vociféré l'un d'eux, Elisha Sukunyudzai. "Le gouvernement doit faire quelque chose car nous avons voté pour lui".

A Bulawayo, considérée comme un fief de l'opposition, des centaines de manifestants ont également érigé des barricades, attaqué des minibus et pillé des magasins, selon un correspondant de l'AFP.

"La population de Bulawayo a parlé", a justifié un des protestataires, Philani Nyoni. "Le gouvernement sait désormais que nous sommes en colère contre la décision stupide d'augmenter les prix de l'essence", a-t-il ajouté.

La police a ouvert la guerre des images sur les réseaux sociaux en y publiant des photos de magasins pillés et des manifestants bloquant des bus.

"Les gens ont le droit de ne pas participer. Barrer les routes avec des pneus, des pierres ou autres, piller des magasins est totalement illégal", a-t-elle tweeté, menaçant les responsables de "toute la colère de la loi".

- 'Crise nationale' -

L'économie du Zimbabwe est sortie exsangue du règne autoritaire de trente-sept ans de Robert Mugabe, contraint à la démission fin 2017 par un coup de force de l'armée.

Son successeur Emmerson Mnangagwa, élu en juillet dernier, promet depuis de relancer l'économie, jusque-là en vain.

Le pays souffre notamment d'un manque criant de liquidités en dollars américains. Pour y remédier, le gouvernement avait introduit en 2016 des "bonds notes", des sortes d'obligations d'une même valeur que les billets verts.

Mais, faute de la confiance des opérateurs, leur valeur a baissé et l'opération a échoué. Au marché noir, ils s'échangent actuellement à un taux d'environ trois pour un dollar.

Victimes de l'inflation, de la dépréciation des "bond notes" et des pénuries, les médecins et les enseignants se sont mis en grève ces dernières semaines, notamment pour exiger le paiement de leurs salaires en dollars américains.

"Nous sommes confrontés à une crise nationale qui devient une crise humanitaire", a mis en garde sur Twitter le chef du principal parti d'opposition Nelson Chamisa.

Face à l'agitation sociale qui monte, le régime a dénoncé lundi un "plan délibéré visant à saper l'ordre constitutionnel".

Le chef de l'Etat est arrivé lundi à Moscou, première étape d'une tournée à l'étranger qui le conduira au Forum économique de Davos (Suisse), où il doit une nouvelle fois plaider la cause de son pays auprès des investisseurs occidentaux.

AFP

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