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Des soldats patrouillent à Abidjan après l'attaque du camp militaire d'Akouedo, Abidjan,06 août 2012, REUTERS/Thierry Gouegnon
Des soldats patrouillent à Abidjan après l'attaque du camp militaire d'Akouedo, Abidjan,06 août 2012, REUTERS/Thierry Gouegnon

Pourquoi les armes parlent de nouveau à Abidjan

Pour la presse ouest africaine, les attaques meurtrières qui se produisent jusque dans la capitale économique mettent une réalité en évidence:la sécurité n'est pas de retour.

Abidjan s’est réveillé dans la peur au cours des matinées des 5 et 6 août 2012. Dans les nuits qui ont précédées ces journées la police et l’armée ont été attaquées par de mystérieux hommes armés. Le bilan est lourd, 11 morts et plusieurs blessés contre un soldat tué chez les assaillants.

Le spectacle sanglant d’une lutte armée qui s’invite jusque dans les lieux les plus «sécurisés» de la capitale économique fait ressurgir le spectre de la bataille d’Abidjan qui s’est achevée il y a un an à peine.

«Psychose»

Autant dire qu’à la veille de la fête du 52ème anniversaire de leur indépendance, les Ivoiriens espéraient un autre cadeau. Dans son allocution prononcée à cette occasion et retranscrite par le site Abidjan.net, le président Alassane Ouattara a cherché à rassurer les Ivoiriens:

«Certes, il reste des poches résiduelles d`insécurité mais elles sont l'objet de toute notre attention. J'ai donné des instructions pour mener une lutte sans merci contre ceux qui ont pour objectif de créer une psychose et un sentiment d’insécurité dans le pays.

Notre détermination est forte; nous voulons faire régner partout, la sécurité à laquelle ont droit tous les Ivoiriens et tous ceux qui vivent en Côte d’Ivoire.»

Les autorités entendent à présent ne plus laisser surprendre par des attaques de ce genre. Un important dispositif de sécurité a été déployé dans la ville lagunaire afin que rien ne puisse venir gâcher des festivités que beaucoup passeront terrés chez eux, on ne sait jamais.

«Abidjan est calme et semble avoir retrouvé la normalité. Commente Gbansé Douadé Alexis, directeur de publication de Connnectionivoirienne.net

Les présences militaires renforcées aux carrefours jugés importants, (…)  la présence de pick-up surmontés de mitrailleuses lourdes, laisse pourtant transparaitre la psychose, une certaine nervosité sur la ville.

Pendant ce temps, les populations s’activent à faire des réserves de nourriture et de produits de premières nécessités. Ayant en mémoire, la situation d’apocalypse de mars-avril 2011.» (combats dans Abidjan et arrestation de l'ex président Laurent Gbagbo)

Quel coupable?

A présent que les armes se sont tues, on s’interroge sur les coupables des assauts meurtriers. Pour le site d’information Ivoireactu, l’identité des coupables ne fait pas l’ombre d’un doute:

«Ce n’est un secret pour personne qu’une situation de ni guerre-ni paix ne profiterait qu’à un seul parti: le Front Populaire Ivoirien (FPI). Ainsi, le parti de l’ex-président ivoirien (Laurent Gbagbo) nourrit une haine viscérale et vicieuse à l’endroit de l’actuel Président ivoirien Alassane Ouattara. Il a juré de le perdre en appelant à maintes reprises ses militants à la mobilisation.»

En effet, le camp des partisans de Laurent Gbagbo avait déjà été accusé de fomenter un projet de coup d’Etat à l’encontre du jeune pouvoir de Ouattara. Le quotidien burkinabè, L’Observateur Paalga fait le lien entre ces évènements et ce complot déjoué qui avait fait l’objet d’une vaste campagne de communication:

«Ces attaques à répétition interviennent quelques semaines après les accusations de manœuvres de déstabilisation brandies par le pouvoir ivoirien qui disait avoir les preuves des menées subversives des pro-Gbagbo qui n'auraient pas encore fait le deuil de la perte du fauteuil présidentiel de leur mentor.

Faut-il voir dans cette poussée de fièvre l'une de ces preuves que le ministre de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, disait détenir il y a peu?»

Sans fournir de preuves cette fois-ci, mais se fondant sur des interrogatoires de personnes arrêtées, le premier policier de Côte d’Ivoire a de nouveau indexé «des gens qui proviennent de la galaxie des miliciens pro-Gbagbo et des militaires ex-FDS (Forces de défense et de sécurité, nom de l'ancienne armée) nostalgiques du régime Gbagbo», dans un entretien accordé à RFI.

L’insécurité persiste

Il n’empêche que la presse, relais de l’opinion s’interroge sur la facilité avec laquelle des places fortes, ont pu être attaquées, alors que les autorités ivoiriennes s’évertuent à clamer que la sécurité est de retour en Côte d’Ivoire.

«On est fondé à penser que le niveau d’insécurité reste préoccupant en Côte d’Ivoire, analyse le journal burkinabè Le Pays. Que le territoire ne soit pas encore bien sécurisé dans ses moindres recoins, cela peut se comprendre. Mais que des armes lourdes soient encore aux mains de miliciens à même d’en faire usage et ce jusqu’à Abidjan, c’est assez grave.

Et il faut s’en convaincre. Face à ces attaques, on ne peut s’empêcher de se demander si ce sont les derniers soubresauts des pro-Gbagbo ou les prémices d’une nouvelle crise d’ampleur.»

Et le site GuinéeConakry.info de fustiger l’incapacité du nouveau pouvoir à instaurer un climat de réconciliation.

«On ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit-là des conséquences de la crise postélectorale qui est loin d’avoir été résolue.

Les nouvelles autorités n’ont pas forcément fait tout ce qu’il fallait, pour réduire le nombre de ceux qui avaient des raisons de leur en vouloir.

C’est ainsi que faisant preuve de suffisance, le président ivoirien a conservé un discours et une approche va-t’en guerre. En même temps, il semble avoir surévalué le retour de la sécurité.»

Or, force est de constater que l’objectif est encore loin d’être atteint, constate le Journal du Mali, «La "persistance" d'un climat "délétère" entrave le retour à une paix durable, les plaies de la crise postélectorale étant encore vives.»

 Et Fasozine de faire remarquer qu’il y a «de quoi se demander si les démons de la guerre ne sont pas à nouveau de retour depuis les massacres de l’Ouest.» 

Abdel Pitroipa

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Abdel Pitroipa est journaliste à SlateAfrique

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