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L'Afrique et ses nouveaux temples de la consommation

Les centres commerciaux  poussent comme des champignons en Afrique.

«De Lagos à Nairobi en passant par Lusaka, des centres commerciaux flambant neufs apparaissent un peu partout en Afrique, à mesure que les villes se modernisent et que la classe moyenne augmente», rapporte le Washington Post.

Car le portefeuille des Africains se remplit. Et ces derniers ne veulent plus se contenter de ces petits bouibouis mal approvisionnés qui étaient, jusqu’à présent, la norme.

Désormais, la classe moyenne africaine entend bien consommer. Et le leader du commerce mondial, l’américain Wal-Mart l’a compris.

Depuis un peu moins d’un an, le géant made in USA a investi 2,4 milliards de dollars pour contrôler la firme sud-africaine Massmart.

L’investissement n’a rien de philanthropique. Car selon les chiffres du Washington Post, le Produit intérieur brut des pays sub-sahariens s’est accru en moyenne de 5% ces dernières années.

Au même moment, la crise financière de 2008 secouait les grandes économies mondiales.

«Je pense que l’économie mondiale va tellement mal que les grands groupes ont réalisé qu’après les marchés émergeants d’Amérique du Sud, d’Inde et d’Asie, restait un grand marché d’un milliard de personnes: l’Afrique», explique le directeur de Massmart, Grant Pattison.

Jusqu’à présent, les centres commerciaux étaient l’apanage de l’Afrique du Sud. Mais les compagnies sud-africaines s’intéressent maintenant aux 53 autres pays du continent.

Dernier exemple en date avec Shoprite. La firme sud-africaine a annoncé, en juillet, l’ouverture d’un centre commercial à Kinshasa, en RDC.

«Un pays plus connu pour ses conflits et ses crises que pour le shopping», s’interroge le Washington Post.

L’entreprise ne compte pas s’arrêter là. Shoprite a en effet prévu de développer le même type de commerces dans 17 autres pays africains et table sur l’ouverture prochaine de  supermarchés, Afrique du Sud exclue. Rien que ça.

Même chose pour Woolworths, compagnie sud-africaine, qui prévoit d’ouvrir en 2012 quatorze magasins en dehors de son marché national.

L’entreprise affirme qu’elle prévoit de construire pas moins de 104 supermarchés en Afrique. Et ce, dans les deux années à venir.  

John Fraser, directeur du service international de Woolworths, explique que ces velléités sont encouragées par «l’urbanisation rapide de l’Afrique.»

Là encore, ces investissements ne doivent rien au hasard. Le chiffre d’affaires de l’entreprise hors Afrique du Sud a triplé ces deux dernières années.

Si les pays à fortes rentes pétrolières sont les premiers colonisés par ces temples du commerce, les autres pays ne sont pas en reste.

Même si «certaines barrières peuvent être décourageantes», assure le quotidien américain.

En cause, «les différences de culture, de langage, et de démographie», explique le Washington Post.  

Mais pas que:  

«Les obstacles logistiques et bureaucratiques sont importantes. Et trouver les biens immobiliers  appropriés peut être vraiment compliqué. Massmart, par exemple, a été incapable de s’implanter au Kenya et en Angola à cause du marché immobilier».

Massmart subit les mêmes difficultés au Nigeria.

Certains ne sont pas convaincus par ces implentations intempestives. C’est le cas d’Ademola Olugunde, ingénieur australien.

Ce denier témoigne du décallage entre centres commerciaux et le quotidien des nigériens:

«Cet endroit est une fantaisie destinée à faire croire que tout va bien dans le meilleur des mondes au Nigeria. Ce n’est pas ce dont les gens ont besoin. Regardez autour, vous verrez la pauvreté. La réalité est dure ici. Les centres commerciaux de luxe ne sont destinés qu’aux 1% les plus riches.»

Les points de vue contestataires n’empêcheront pourtant pas les grands groupes de s’implanter.

Car les 160 millions de nigérians représentent un potentiel énorme. Et Lagos, du haut de ses onze millions d’habitants est une cible prioritaire pour ces nouveaux temples du commerce.

Lu sur The Washington post

 

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