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A Libreville, le calme est revenu, la peur de parler persiste

"Je veux bien vous parler, mais hors caméra et sans photo alors": comme Henri, beaucoup de Gabonais se refusent mardi à prendre la parole, de peur de "se faire traquer" par les forces de sécurité, au lendemain du coup d'Etat raté à Libreville.

"Si je vous parle et qu'on me reconnaît, ils vont venir chez moi, je peux disparaître et ma famille va avoir des ennuis", se désole Henri, qui vend des beignets dans le quartier populaire Rio de la capitale gabonaise.

"Ce qu'il s'est passé hier, c'est bien. Et il aurait fallu que ça marche, il faut qu'on sorte de cette situation", pense Stéphane, 27 ans, vendeur de fripes dans le même quartier où les commerçants avaient repris leur activité, sereinement.

Là comme dans le reste de la capitale, les taxis circulaient mardi, les boutiques avaient rouvert et la vie avait repris son cours habituel.

Parmi les Gabonais interrogés par l'AFP, peu approuvaient la tentative de putsch de lundi, mais beaucoup y ont vu l'aboutissement d'un ras-le-bol.

Ainsi Stéphane indique qu'il faisait partie des manifestants venus aux abords de la Radio-télévision nationale (RTG) lundi, après qu'une dizaine de militaires eurent appelé sans succès au soulèvement à l'aube.

La tentative de coup d'Etat a échoué quelques heures plus tard, après un déploiement massif des forces de sécurité autour de la radio.

"Ceux comme moi qui étaient là-bas, ce n'était pas des bandits et des pillards. On a répondu à l'appel (au soulèvement), on en a marre à 120%!", dit-il.

Il ne parlera pas non plus devant la caméra. "Les gars de la PJ (Police judiciaire, ndlr) sont partout, en civil. Hier, ils sont passés en pick-up dans les quartiers avec des haut-parleurs pour dire aux gens de rentrer chez eux", explique cet habitant du quartier Kingele de la capitale.

Cloîtrés chez eux, les Librevillois n'ont pu lundi s'en remettre qu'aux chaînes de télévision étrangères, la télévision d'Etat ayant été coupée dès lundi matin comme l'accès à Internet.

Le réseau a été rétabli mardi midi. "J'ai retrouvé Whatsapp, on peut discuter maintenant, mais on ne sait toujours pas ce qu'il s'est passé vraiment", indique, dubitatif et via Whatsapp, un autre Librevillois hostile au pouvoir en place.

"Le calme et la sérénité règnent sur toute l'étendue du territoire national", a assuré le porte-parole du gouvernement, Guy-Bertrand Mapangou, lundi dans un communiqué.

Des blindés de l'armée patrouillaient alors en ville, chose rare dans cette capitale calme d'Afrique centrale.

-"Comme s'il ne s'était rien passé"-

"C'est calme, j'ai réinstallé et j'attends les clients", explique mardi matin Marie John Silas, une Nigériane de 42 ans assise sur son étal de vêtements, toujours dans le quartier de Rio.

Même son de cloche chez d'autres commerçants, qui ont rouvert mardi matin leur boutique, comme si de rien n'était.

De fait, le calme était revenu mardi, et Libreville s'est peu à peu éveillé, dans l'effervescence des marchés et autres bouchons sur les voies principales.

"C'est comme s'il ne s'était rien passé. On nous a déjà fait le coup (après l'élection présidentielle) en 2016, vous comprenez que c'est frustrant d'être dans un Etat aussi verrouillé?", lance un Gabonais.

A l'époque, la réélection d'Ali Bongo Ondimba avait été contestée par l'opposant Jean Ping qui s'estimait vainqueur, des violences avaient éclaté et des quartiers s'étaient enflammés le temps d'une nuit. 

Un fort déploiement de forces de sécurité et l'attaque du QG du principal opposant d'alors avaient douché les ardeurs des anti-Bongo.

"Il faut arrêter de penser au mal, de penser que plonger le pays dans le chaos est une solution", estime pour sa part Selis, un retraité de 59 ans.

"S'il y a des revendications, il y a des chaises et des tables pour dialoguer!"

peur

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