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A Libreville, violences et doutes après un coup d'Etat raté

"On va tout casser!", crie un manifestant en lançant une pierre vers les forces de sécurité dans le quartier populaire Cocotiers de Libreville, capitale gabonaise où une tentative de coup d'Etat a eu lieu lundi matin en l'absence du président Bongo, hospitalisé au Maroc.

"C'est des +petits+ qui veulent mettre le désordre, rien de plus", ricane un membre des forces de sécurité, cagoule sur la tête et kalachnikov en main.

Les manifestants sont une cinquantaine. Ils ont brûlé quelques poubelles, pneus, et une épave de voiture calcinée traîne au milieu de la route, à environ une centaine de mètres des forces de sécurité.

Une pierre est lancée dans leur direction. Une bombe lacrymogène est envoyée en réponse. Il est environ 12H00 (11H00 GMT), cinq heures après que six personnes eurent appelé au soulèvement populaire à la radio d'Etat.

Ces violences se sont concentrées dans ce quartier populaire proche de la radio, la situation dans le reste de la ville étant calme. 

Pour la première fois dans l'histoire du Gabon, un groupe de militaires est apparu lundi à l'aube à la Radio-télévision gabonaise (RTG), annonçant vouloir sauver le pays du "chaos" et affirmant la prochaine formation d'un "Conseil national de restauration" de la démocratie.

Vite, le boulevard Triomphal, l'une des principales artères de Libreville qui abrite la RTG, a été bouclé par des blindés de la Garde républicaine (GR). Des coups de feu ont été entendus pendant plusieurs heures.

Quelques heures plus tard, les réseaux internet étaient coupés dans le pays. "On a reçu des instructions" des autorités, indique un employé du groupe Canal+, l'un des principaux fournisseurs d'internet dans ce petit pays d'Afrique centrale.

Depuis, l'information peine à circuler et la frustration s'est installée. "C'est quoi encore ces histoires-là? On ne comprend rien!", peste un fonctionnaire dans le centre de la capitale, où les rues se sont vidées et les commerces ont été fermés.

Car la grande majorité des habitants a fermé boutique. Les grandes entreprises locales et étrangères ont toutes intimé à leurs employés de rester chez eux, "à cause des événements". 

"C'est comme une ville morte", lâche un journaliste gabonais. 

-"La dictature, c'est fini"-

Face au flou de la situation, les autorités ont rapidement communiqué, répétant dans les médias que "la situation est sous contrôle". Les télévisions d'Etat locales étaient elles coupées lundi.

A Cocotiers, face aux manifestants provoquant les forces de sécurité à coups de doigts d'honneur et de "la dictature, c'est fini!", certains restaient sceptiques.

"Si d'autres quartiers se mettent à +chauffer+, ca peut devenir compliqué", lâche un policier qui, cigarette dans une main et kalachnikov dans l'autre, redoute que "ce ne soit pas fini".

Dans ce quartier voisin de celui des ministères - où se trouve la RTG, l'Assemblée nationale et le Sénat -, un hélicoptère survolait la zone dans le ciel bleu.

Un habitant, Gaston, est venu voir ce qu'il s'y tramait : "On se demande si ça va être comme en 2016", dit-il.

A l'époque, à la suite de l'annonce de la réélection d'Ali Bongo Ondimba à l'issue d'un scrutin contesté, des milliers de Librevillois avaient pris d'assaut et mis le feu à l'Assemblée.

Plusieurs quartiers avaient été le théâtre de troubles pendant la nuit suivante et des Gabonais étaient décédés dans la rue, dans ce pays calme d'ordinaire.

Après la tentative du coup de force ce lundi, des dizaines de membres des forces de sécurité étaient visibles dans les rues et sur chaque rond-point de la capitale. 

Ils seront là "au moins plusieurs jours", a indiqué à l'AFP le ministre de la Communication, Guy-Bertrand Mapangou.

Cette tentative de coup d'Etat s'est produite alors que le président gabonais est en convalescence au Maroc à la suite d'un accident vasculaire cérébral (AVC). 

Depuis son hospitalisation le 24 octobre, il n'a pris la parole qu'une seule fois  - pour prononcer ses voeux le 31 décembre - et les rumeurs autour de sa capacité à gouverner vont bon train.

Le commando qui a tenté de mener le coup d'Etat a estimé que le président Bongo n'était plus apte à diriger le pays et que certains "conservateurs" du parti au pouvoir ont intérêt à ce que cette situation dure afin de garder la main.

"C'est notre président, je suis contre ces troubles moi, c'est pas une façon de faire", s'insurge une habitante, Annette, dans le centre-ville.

En milieu d'après-midi, la présidence gabonaise, tout en réaffirmant que la situation est "sous contrôle", a annoncé un premier bilan: deux membres du commando putschiste abattus, leur chef arrêté.

AFP

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