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Salgado, leader de la communauté des descendants d'esclaves reçoit un titre de la part de Barack Obama. Reuters/Ricardo Moraes
Salgado, leader de la communauté des descendants d'esclaves reçoit un titre de la part de Barack Obama. Reuters/Ricardo Moraes

La mère de Barack Obama, descendante d'esclave noir

Si le père d’Obama était d’origine kényane, sa mère blanche aurait eu, elle, un ancêtre noir et esclave au XVIIe siècle. Et pas n'importe lequel.

Mise à jour du 7 novembre: Barack Obama est réélu président des Etats-Unis en remportant 303 grands électeurs nécessaires. "Quatre ans de plus" a tweeté le président sur son compte personnel.

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L’article du New York Times, daté du lundi 30 juillet, sur l’ancêtre maternel du président Obama, qui aurait été esclave dans le Sud des Etats-Unis, a rouvert le débat sur le fait que les premiers Africains amenés en Virginie auraient été des serviteurs liés par contrat, des indentured servants, et non des esclaves.

Si certains analystes, comme l’auteur Alondra Nelson, peuvent prétendre que les études généalogiques ne prouvent pas grand-chose d’autre que la grande proximité de tous les membres de la famille humaine, elles sont inestimables pour comprendre le passé.

Cet article concernait aussi de vrais événements historiques et a permis de faire revivre le passé.

John Punch a vraiment existé, il y a vraiment eu des lois qui délimitaient son statut dans une Amérique qui se définissait en fonction des couleurs de peau, et il a existé de vrais descendants qui ont pris certaines décisions sur le marché en constante évolution des relations raciales américaines.

Ces décisions passées ont eu de grandes conséquences sur la façon dont les Américains d’aujourd’hui se voient et voient leurs concitoyens.

Ceci étant dit, le sujet est complexe. En tant que professeurs d’histoire et d’études afro-américaines à l’université de Boston, cela fait une dizaine d’années que nous analysons l’histoire de l’arrivée des premiers Africains en Virginie, et, malgré les suggestions du contraire avancées par l'article du New York Times, nous sommes en mesure d’affirmer que les Africains n’étaient pas des serviteurs liés par contrat comme l’étaient les Européens.

John Punch: un esclave ancêtre d'Obama 

Comme on peut le lire dans l’article du Times, des généalogistes d’Ancestry.com affirment avoir des preuves qui «laissent fortement entendre» que, par sa mère blanche, Stanley Ann Dunham, le président Obama possède un ancêtre appelé John Punch qui était esclave au XVIIe siècle.

«En 1640, M. Punch, alors serviteur lié par un contrat synallagmatique, s’enfuit de Virginie et se rendit au Maryland. Là il fut capturé et, avec deux serviteurs blancs également fugitifs, jugé. Son châtiment, la servitude à vie, fut plus sévère que celui que reçurent les serviteurs blancs, et c’est ce qui a poussé certains historiens à le considérer comme le premier Africain à avoir été légalement sanctionné comme esclave, des années avant que la Virginie n’adopte des lois autorisant l’esclavage.»

Il convient de signaler que le mot «esclave» apparaissait rarement dans les documents produits en Virginie, en 1640, en tout cas, pas dans le sens légal d’une condition de servitude constante et héréditaire.

Les Africains étaient mentionnés dans les documents sous le terme de «negroes.» En fait, c’était de loin le mot le plus couramment utilisé pour désigner les personnes d’origine africaine dans les documents virginiens.

«Negro» n’était évidemment pas un mot anglais, mais portugais. C’est à la fin du XVIe siècle qu’il fit son apparition dans la langue anglaise pour désigner les Africains.

Le Portugal était alors le seul pays européen impliqué dans le commerce des esclaves, et les Portugais n’utilisaient ce mot que pour les désigner en tant que tels.

Negros da terra, les nègres du pays

Ce terme n’était pas réservé aux esclaves venus d’Afrique. A la même époque, l’expression negros da terra (nègres du pays) apparaît couramment dans les documents brésiliens pour décrire les Indiens réduits en esclavage dans les plantations de sucre.

A son apparition en Virginie en 1619, ce mot, qui servait à désigner les Africains débarqués des navires portugais, origine de tous les esclaves amenés alors dans les colonies anglaises et néerlandaises d’Amérique du Nord, prit la signification portugaise d’esclavage.

Pour les Portugais, il n’y avait aucune confusion possible sur la définition de l’esclavage: il s’agissait d’un état de servitude permanent, héréditaire et perpétuel que seul l’affranchissement par le maître pouvait abolir.

La question est alors: est-ce que les Africains arrivant en Virginie dans ces circonstances pouvaient recevoir des contrats synallagmatiques les liant pendant une durée déterminée, comme les Anglais et autres Européens?

Il n’existe que peu de documents sur ces contrats aux premiers temps de la Virginie, car beaucoup étaient uniquement oraux, mais nous pensons que c’est très peu probable.

Les serviteurs européens dont les noms figurent sur les rôles d’équipage commençaient leur service dès leur débarquement, et les navires qui les transportaient étaient enregistrés pour laisser une trace officielle de leur jour d’arrivée.

Quand les navires amenant des Africains arrivèrent, ceux-ci n’avaient conclu de contrat avec personne en Virginie, il n’y avait donc pas de moyen de décider combien durerait ou devrait durer leur servitude.

Voici comment les Virginiens voyaient probablement les choses: les Africains étaient captifs des Portugais, qui les avaient réduits en esclavage, et étaient récupérés par des corsaires anglais.

Cela rendait la durée de leur service indéfinie, et c’est leur acheteur qui décidait du terme à lui donner. Pour certains la servitude durerait toute la vie, pour d’autre peut-être moins.

Esclaves à perpétuité...

Le fait que les tribunaux aient officialisé le statut des Africains dans toute une série de décisions entre 1639 et 1664 et aient décidé qu’ils pouvaient être maintenus en esclavage pour une durée indéterminée les différenciait ainsi des Anglais, des Ecossais, des Irlandais, etc.

C’est la première indication officielle que les colons blancs de Virginie considéraient les Africains comme des gens dont la servitude était indéfinie, contrairement aux Européens.

En fait, nous dirions que pendant une certaine période, peut-être 30 ans à partir de 1639, toute l’approche se faisait au cas par cas.

La communauté avait peut-être voix au chapitre, une sorte d’avis général, mais nous n’avons absolument aucun moyen de connaître le fond de leur pensée.

Quand John Punch fut capturé après sa fuite avec deux serviteurs blancs, le tribunal prolongea la durée de sa servitude à perpétuité.

Dans ce cas, le tribunal rendit une décision définitive uniquement sur la durée de sa servitude, mais il est possible que les autres Africains aient eu à servir toute leur vie avant lui, puisqu’ils n’avaient pas le contrat nécessaire pour se voir garantir leur liberté.

Dans leur cas, les termes du contrat étaient irréguliers et fixés par leurs maîtres.

... venus d'Angola

L’article du Times mentionne également que l’ADN de Punch avait un haplogroupe que l’on retrouve communément au Cameroun.

A nos yeux c’est extrêmement peu probable. Nos recherches montrent clairement que la grande majorité des Africains déportés en Amérique sur des navires portugais avant 1640 avaient été capturés en Angola.

A cette époque, aucun esclave ne venait du Cameroun.

Nous savons également que les haplogroupes que l’on trouve couramment au Cameroun aujourd’hui se retrouvent aussi beaucoup en Angola, mais étant donné que les bases de données d’ADN existant comportent de grands échantillons provenant du Cameroun et beaucoup moins d’Angola, les prélèvements qui correspondent avec le Cameroun sont plus susceptibles en fait de venir d’Angola.

Par conséquent, John Punch était probablement Angolais, pas Camerounais.

Linda Heywood et John Thornton, traduits par Bérengère Viennot

Les professeurs Linda Heywood et John Thornton enseignent l’histoire et les études afro-américaines à l’université de Boston.

The Root

 

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The Root

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