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Djibo Issaka, le jardinier nigérien qui s'improvise rameur olympique

A Londres, le rôle de bon perdant qui fait les choux gras de la presse et amuse les spectateurs est tenu par un rameur nigérien.

Maillot orange et vert, aux couleurs du Niger, Hamadou Djibo Issaka galère. Rue 89 revient sur l’improbable parcours de ce compétiteur.

Car sur les bords du plan d’eau d’Eton Dorney, à deux pas du château de Windsor, la foule n’a d’yeux que pour Hamadou Djibo Issaka. Une admiration qui augmente paradoxalement à mesure que les performances du rameur s’empirent.

Et peu importe s’il boucle la course avec plus d’une minute trente de retard sur le vainqueur.  Hamadou Djibo Issaka est tout de même parvenu à se hisser en demi-finale, à la grande joie des Nigériens… et des Britanniques.

«Le public des régates, l’un des plus bruyants des Jeux, s’époumone à accompagner de la voix son effort, comme il le fait seulement pour les rameurs britanniques. A sa sortie de l’eau, les équipes de télé font la queue pour recueillir ses impressions», rapporte Rue 89.

Son histoire est à peine croyable. Car en avril dernier, l’athlète était jardinier à Niamey, capitale nigériane.

Hamadou Djibo Issaka, nageur de niveau national, n’était pas totalement étranger au milieu du sport.

«Un jour, le président de la Fédération nigérienne de natation m’a proposé d’aller passer deux mois à Tunis, pour essayer l’aviron au Centre de développement tunisien. Je ne connaissais rien à ce sport. Je n’en avais vu qu’à la télévision. Mais j’ai accepté», raconte-t-il en conférence de presse.

A priori, sa seule compétence était de savoir nager. Déjà un début, pour ce nigérien qui n’avait jamais mis les pieds sur un bateau d’aviron.

«La première fois que je me suis glissé dans un bateau, je suis tombé dans l’eau. Tout de suite. Mais avec mon passé de nageur, je n’ai pas coulé et j’ai pu regagner le bord», raconte l’ancien jardinier.

A Tunis, on lui annonce qu’il vient de gagner un ticket pour les Jeux de Londres.

«Un passe-droit accordé par la Fédération internationale pour favoriser l’émergence des petits pays», explique Rue 89.

Sa qualification fait d’Hamadou Djibo Issaka le premier rameur nigérien jamais sélectionné aux Jeux olympiques. Et lors de la cérémonie d’ouverture, l’apprenti rameur est comme un gamin.

«C’était fantastique, un moment inoubliable. Le feu d’artifice, surtout. Je n’en avais jamais vu de ma vie», se remémore-t-il.

Si, à Londres, sa technique fait sourire, Hamadou Djibo Issaka s’imagine un avenir de rameur, malgré ses 35 ans.

Ce dernier est fier d’avoir suscité une vocation dans son pays:

«Ma participation aux Jeux de Londres va ouvrir une nouvelle ère dans l’aviron nigérien. Je sais que mon expérience est en train de créer des tas de vocations au pays. Dès mon retour, nous allons mettre en place des structures et un programme.»

Avant d’ajouter, songeur:

«Il faudra seulement qu’on attende que les bateaux arrivent»

Lu sur Rue 89

 

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