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La secrétaire d'Etat Hillary Clinton, à Dakar, 1er août 2012, REUTERS/Joe Penney
La secrétaire d'Etat Hillary Clinton, à Dakar, 1er août 2012, REUTERS/Joe Penney

Les Etats-Unis, un partenaire dur mais honnête

Contrairement aux ex-puissances coloniales, les Américains, eux, responsabilisent les Africains. Pour leur plus grand bien.

Mise à jour du 4 août 2012: Hillary Clinton est arrivée aujourd'hui à Nairobi, capitale du Kenya, quatrième pays de sa tournée africaine. La secrétaire d'Etat américaine doit s'entretenir dans la journée Mwai Kibaki, le président kényan, et Raila Odinga, le Premier ministre. Une rencontre est également prévue avec les principaux dirigeants somaliens chargés de ramener paix et stabilité dans le pays. 

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La tournée entamée le 1er août en Afrique par la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, s’inscrit très étroitement dans la dynamique des relations non-complaisantes entre les Etats-Unis d’Amérique impulsée par Barack Obama.

Tout comme lors de la première visite du président américain en Afrique, les pays devant être honorés par une escale de la chef de la diplomatie américaine ont été triés sur le volet.

Le premier chef d’Etat noir américain avait choisi le Ghana pour l’exemplarité de sa démocratie et surtout de sa gouvernance qui traduit une réelle volonté d’émerger.

La représentante du locataire de la Maison blanche ne dérogera pas à cette pragmatique bienséance.

Tournée marathon

Son dévolu a, en effet, été jeté sur le Sénégal, l’Afrique du Sud, l’Ouganda, le Kenya, le Malawi, le Soudan du Sud et le Ghana.

Ces pays qui ont en partage la langue de Shakespeare (hormis le Sénégal) ont su, pour la plupart, adopter la culture démocratique anglo-saxonne.

Quant à l’Etat le plus jeune du monde, il doit surtout percevoir ce geste américain comme une invite à éviter les chemins tortueux sur lesquels le président dictateur de son voisin du Nord a mené son pays.

L’ancienne First lady n’hésitera sûrement pas, dans les coulisses, de façon allusive, imagée ou sous le voile de la plaisanterie, à évoquer la situation de Omar el-Béchir, «Wanted» par la Cour pénale internationale (CPI), comme épouvantail pour exhorter le président Salva Kiir à aller à l’école de la bonne gouvernance.

Le triple signe sous lequel la secrétaire d’Etat américaine a placé son séjour africain de onze jours en dit d’ailleurs long sur la nature des questions qui seront abordées pendant ses 36 heures de travail.

Elle marchera sans conteste sur les pas de son patron, en insistant sur les principaux axes de la politique africaine des Etats-Unis présentée en juin 2012 par le président Barack Obama.

Sécurité, démocratie, développement

Le renforcement des institutions démocratiques, la croissance économique et surtout le maintien de la sécurité seront donc au centre des entretiens de l’émissaire du gouvernement américain.

Ce n’est donc pas anodin si elle a entamé son périple par le Sénégal. Les USA, on s’en souvient, s’étaient opposés à l’intention de l’ex-président sénégalais, Abdoulaye Wade, de se maintenir au pouvoir malgré sa forte impopularité.

Le successeur de Gorgui (le Vieux) a eu, à travers cette visite de la diplomate américaine, la confirmation du soutien américain à son égard.

La secrétaire d’Etat n’a, du reste, pas été avare en compliments en déclarant que le pays de la Téranga était un partenaire africain important et extraordinaire.

Le président sénégalais et son hôte ont inévitablement abordé la question de la sécurité qui est devenue très critique avec l’inquiétante avancée des terroristes dans la sous-région.

La situation dans le nord du Mali, entièrement occupé par les extrémistes, en est une parfaite illustration et l’on aimerait savoir si la position américaine quant à l’opportunité d’une intervention dans cette partie du pays connaîtra une évolution.

Car, la super puissance mondiale, malgré l’important rôle qu’elle pourrait jouer dans une éventuelle opération militaire au Mali, du fait de sa force de frappe et de son expérience en matière de traque de terroristes, rechigne à s’y engager.

Obama n’a pas été élu pour l’Afrique

Pour le reste du bilan des relations afro-américaines, chacun peut y aller de son appréciation selon ses attentes.

Bien des Africains se sont en effet permis de trop rêver d’un changement radical, voire d’une profonde réforme dans la politique africaine du gouvernement américain avec l’arrivée au pouvoir de Barack Obama.

Oubliant que ce dernier est noir de peau mais profondément américain d’esprit et dans l’âme, ces rêveurs s’obstinent encore à s’éterniser dans leur léthargie en espérant que le premier des Américains fasse un miracle dans leur vie.

Leur réveil sera des plus brutaux, car, quel que soit son régime ou l’origine de son chef d’Etat, l’Amérique restera toujours fidèle à ses principes.

Ceux qui s’attendent à ce qu’un président noir américain, au nom de ses origines africaines, verse dans la complaisance en développant des politiques favorables à des pays du continent noir qui n’en mériteraient pas, peuvent toujours attendre.

Et l’un des charmes de l’«american way of life» (style de vie de vie américain), c’est du reste cette constance dans le respect des principes de transparence et d’équité qui fondent la gouvernance démocratique.

L’Amérique a déjà fait son devoir envers le continent

De l’AGOA (African Growth and Opportunity Act) au MCC (Millenium Challenge Corporation), les exigences du pays de l’Oncle Sam envers les Africains n’ont rien perdu de leur rigueur.

Mieux, la barre a été placée encore plus haut pour éviter que l’aide serve à alimenter des pratiques qui seraient de nature à plomber les ailes du développement qu’elle est censée servir.

Le chef de l’Etat américain a d’ailleurs fait ce qu’il y a de mieux pour prouver son amour pour le continent qui l’a vu naître.

Le langage de vérité qu’il a adressé aux dirigeants africains lors de son passage à Accra au Ghana est ce qui manque le plus dans les relations franco-africaines où la complaisance, le laisser-faire et le laisser-aller n’ont d’égal que la démagogie et la flagornerie.

En invitant ses frères africains à préférer aux hommes forts, éphémères parce que mortels, des institutions fortes, qui verront se succéder plusieurs générations et résisteront à plusieurs siècles, Obama met le doigt à la fois sur le véritable problème de l’Afrique et les solutions idoines pour y remédier.

Vivement que Hillary Clinton poursuive son œuvre en mettant à profit sa tournée qui est avant tout une prime à la démocratie, pour rappeler aux Africains que leur histoire, c’est eux-mêmes qui l’écriront.

En bien ou en mal, c’est à eux de choisir et, bien sûr, d’assumer ensuite les conséquences de ce choix.

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