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Ennahda veut punir l’atteinte au sacré

Criminaliser l’atteinte au sacré. C’est l’objectif affiché du projet de loi déposé mercredi 1er août par Ennahda, le parti islamiste au pouvoir en Tunisie, devant l’Assemblée nationale constituante (ANC).

Le rapporteur général de la commission de rédaction de la Constitution, Habib Khedher, a précisé la teneur du projet de loi.

Concrètement, le texte dresse une liste de ce qui constitue le sacré comme le précise l’hebdomadaire Jeune Afrique:

«Ces atteintes au sacré pourront concerner un vaste éventail de valeurs, lieux et objets sacrés: Dieu et Mahomet, bien sûr, mais aussi tous les prophètes (y compris Moïse et Jésus), tous les livres saints (pas seulement le Coran, donc), les mosquées, les églises et les synagogues, entre autres.»

La nature et la gravité des atteintes ont également été détaillées par Habib Khedher et se décomposent entre «l'injure, la profanation, la dérision et la représentation d'Allah et de Mahomet».

Le projet de loi punit ainsi l’atteinte au sacré d’une peine pouvant aller jusqu’à de deux ans de prison, quatre en cas de récidive.

Cette volonté de pénaliser l’atteinte au sacré avait été annoncée lors du dernier Congrès du parti qui s’est tenu du 12 au 16 juillet derniers.

Au cours de ce rassemblement le parti islamiste avait non seulement largement réélu Rached Ghannouchi à la tête du parti, mais avait aussi tenu à réaffirmer son caractère «modéré».

Malgré les promesses d’Ennahda de «garantir la liberté d’expression», la population civile semble ne pas apprécier ce projet de loi comme le rappelle Jeune Afrique:

«Une initiative qui ne passe pas dans la frange de la population résolument hostile à toute brimade des droits fondamentaux, notamment ceux d’expression et d’opinion.»

Le Monde souligne que la question du sacré est en effet sensible en Tunisie:

«En juin, une vague de violences a été déclenchée par la mouvance salafiste pour dénoncer une exposition d'art dont certaines œuvres ont été jugées offensantes pour l'islam. Ennahda a alors été accusé de complaisance à l'égard de ces militants extrémistes. Ennahda a beau rassurer sur le respect des libertés, l'opposition et de nombreuses ONG craignent une islamisation de la société dans un pays doté d'un Etat séculier depuis son indépendance, il y a plus d'un demi-siècle.»

Lu sur Jeune Afrique et Le Monde.

 

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