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Damien Glez, tous droits réservés.
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Les Africains vont-ils profiter des JO pour filer à l'anglaise?

A Londres, les athlètes bandent les muscles, de parties de badminton en slaloms de kayak. Parmi eux, des Africains qui ne sont pourtant pas toujours les bienvenus. Texte et dessin de Damien Glez.

L’Afrique galope, bondit et dribble en “Britannie”. La crème des sportifs africains tente de faire son beurre, évitant pourtant les tartines en cette période de ramadan.

A première vue, les athlètes du continent noir semblent les bienvenus…

C’est en effet la première fois dans l'histoire des Jeux olympiques que l'Afrique dispose d'un village, un édifice qui a coûté 200.000 dollars, et qui est destiné à exposer tant les performances sportives que les talents culturels.

C’est l'Association des comités nationaux olympiques d'Afrique (Acnoa) qui est à l’origine de cet Africa Village situé à Hyde Park, le plus grand parc royal du centre de Londres.

Une opération de communication destinée à valoriser l’image de l’Afrique à travers un plateau de télévision, une station de radio, des stands de dégustation d’art culinaire, des soirées musicales et une exposition de photos de sportifs africains.

L'étiquette Born in Africa ne fait pas bon genre

Le ndolè et le kwassa kwassa seraient-ils donc tendance en perfide Albion? Pas sûr! Seule l’occasion (olympique) semble faire le larron.

Car si le Premier ministre, David Cameron, a déclaré astiquer son tapis rouge en perspective des exils fiscaux français, le Royaume-Uni souhaite désormais n’accueillir les Africains fauchés que parcimonieusement.

Pas de souci, évidemment, pour les ressortissants d’Afrique «biens sous tous rapports», comme l’ubuesque roi du Swaziland, éminent membre du gotha, que les Britanniques n’hésitent pas à convier pour gonfler la liste des têtes couronnées dans les tribunes des grands événements.

Mswati III était ainsi venu au récent jubilé de la reine Elizabeth II, provoquant le courroux de l’opposition swazie bien décidée à contrecarrer une nouvelle visite royale à la reine, à l’occasion des JO.

Les Africains qui ne portent pas couronne, le pouvoir conservateur du Royaume-Uni s’en méfie aujourd’hui comme de la peste.

Depuis les attentats de Londres, en juillet 2005, perpétré par des citoyens britanniques «issus de l’immigration», il est reproché au modèle multiculturaliste de favoriser l’émergence de communautés ethniques hermétiques.

Sous le gouvernement de Tony Blair, déjà, débutait le débat sur un statut des demandeurs d'asile plus restrictif et la promotion d’une immigration d’élites qualifiées, expérimentées et anglophones confirmées.

C’est depuis cette période que les demandeurs de visas se plaignent, en particulier ceux venants de pays dont la situation est jugée «sensible», notamment la Somalie.

Bref, l’étiquette «born in Africa» n’est pas (ou plus) le meilleur sauf-conduit pour une émigration en Grande-Bretagne.

La tentation du pudding à la menthe

Le Sud-Soudanais Guor Marial devrait peut-être se réjouir de participer aux Olympiades en tant qu’apatride.

Le Comité international olympique (CIO) ne reconnaissant pas le Soudan du Sud qui ne dispose d’aucun comité national, le marathonien de 28 ans concourt sous la bannière olympique.

Peut-être que s’il gagne une médaille d’or, on lui proposera de choisir son hymne. On aura peut-être la chance d’entendre un mapouka ou une macarena dans le stade olympique…

Si le Parti conservateur de Grande-Bretagne jette un regard méfiant sur la venue, sur son territoire, d’étranges étrangers, un rapport du Bureau pour la responsabilité budgétaire préconise, depuis la mi-juillet, le recours à l'immigration pour relancer l'économie britannique.

Cet organisme conseille le gouvernement pour les questions de réduction de la dette publique.

Le document conclut que l’arrivée de main-d’œuvre étrangère compenserait à terme le vieillissement de la population du Royaume-Uni et pourrait tout à la fois faire croître les recettes fiscales et relancer l’économie, faisant passer «les prévisions de croissance annuelle de 2,4% à 2,7% sur les cinquante prochaines années».

Mais voilà: le Premier ministre David Cameron s’est engagé à faire baisser l’immigration de plusieurs dizaines de milliers d’individus par an d’ici 2015.

Alors, à défaut de venir à Londres apatrides, les candidats africains au pudding à la menthe pourraient tenter d’y rester incognito.

Comme les vrais-faux musiciens qui prennent la poudre d’escampette après avoir atterri en Europe comme joueurs de congas dans un orchestre congolais, certains athlètes ne pourraient-ils pas profiter des JO pour filer à l’anglaise dans les Pennines ou les Cotswolds?

Natation désynchronisée pour les clandestins

Dans cette perspective, le Comité international olympique, long —il est vrai— à la détente, pourrait envisager l’homologation de nouvelles disciplines :

Le 110 mètres sans papier pour les personnes dépourvues de titre de séjour, les haies étant constituées de barrages de police.

La natation désynchronisée pour les clandestins qui, depuis la ville française de Calais, traversent la Manche vers le Royaume-Uni.

Le trampoline sans trampoline, variante du saut à la perche sans perche, spécialité des personnes incarcérées dans les centres de rétention et qui tentent de passer au-dessus des barbelés.

L’haltérophilie sans altères qui consiste à faire passer ses compagnons d’infortune au-dessus des barbelés des centres de rétention…

Le 4 X 100 mètres sans relais: il ne s’agit plus de saisir le bâton cylindrique de celui qui court derrière vous, mais de ne pas être atteint par la matraque cylindrique des bobbies.

Le plongeon dans la Tamise, nom poétique pour désigner le jet à l’eau de basané par des skinheads.

La natation dans la Tamise (731 mètres au niveau de Gravesend et 244 au niveau du pont de Londres) pour les présumés terroristes pourchassés, d’une rive à l’autre, par le MI5.

Le triathlon. Epreuve reine composée d’abord de course devant les policiers à la sortie du métro londonien, ensuite de judo avec les représentants des forces de l’ordre et enfin de saut au-dessus des murs des centres de rétention…

Les autorités londoniennes ont d’ores et déjà interdit une variante du basket-ball (où la main au panier est remplacée par la main à l’étalage pour survivre, sans allocations familiales, dans l’une des capitales les plus chères au monde), une variante du rugby à XV (où, en lieu et place d’un ballon ovale, on se passe du shit de main en main) et la variante du lancer du marteau (où on lance le fouet au titre de la charia, geste qui a inspiré le championnat de lancement de pioches à Tombouctou).

Clandestins, tentez votre chance. Peut-être aurez-vous un bracelet électronique en guise de médaille, mais l’important, n’est-il pas de participer?

Damien Glez

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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