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Des ouvriers entreposant des sacs de fèves de Cacao à Daloa, Côte d'Ivoire 2 mai 2012, REUTERS/Thierry Gouegnon
Des ouvriers entreposant des sacs de fèves de Cacao à Daloa, Côte d'Ivoire 2 mai 2012, REUTERS/Thierry Gouegnon

Côte d’Ivoire: Comment ramener un bon climat des affaires

Pour l'éditorialiste ivoirien Venance Konan, rendre le pays de nouveau attractif est l'affaire de tous.

Quelques ambassadeurs et hommes d’affaires, aussi bien ivoiriens qu’étrangers, avec qui j’ai eu à échanger ces derniers temps, m’ont fait part de leurs préoccupations que je vous livre en quelques mots: la corruption est encore vivace dans de nombreux secteurs de notre administration.

On m’a parlé d’entreprises étrangères ayant déjà investi dans notre pays et dont les agréments leur auraient été retirés sur la simple accusation d’être pro-Gbagbo; de terrains et même d’entreprises arrachés à leurs vrais propriétaires sans explications; de la justice qui rendrait des jugements pour le moins controversés, et de bien d’autres choses.

Nous, Ivoiriens, étant ce que nous sommes, et les étrangers n’étant pas très différents de nous, il y a certainement une part d’exagération dans ces accusations.

Ne décourageons les investisseurs

Mais, même s’il ne s’agissait que de quelques cas isolés dont on voudrait faire une règle générale (nous sommes cependant tous suffisamment lucides et assez bons connaisseurs de notre pays pour savoir que ce n’est nullement le cas), ce sont tout de même de mauvais signaux que nous envoyons à ceux sur qui nous comptons pour devenir un pays émergent, vu que nous, Ivoiriens, ne Sommes pas de gros créateurs d’entreprises.

Depuis qu’il a eu l’effectivité du pouvoir, le chef de l’État n’a cessé de sillonner le monde, pour repositionner notre pays sur l’échiquier régional et international, mais surtout pour convaincre les investisseurs qui le fuyaient comme la peste, d’y revenir et d’y mettre leur argent. Ils ont commencé à revenir.

Tout investisseur qui arrive dans un pays prend d’abord contact avec la Chambre de commerce et d’industrie de son pays lorsqu’il y en a une, ou alors avec son ambassade.

Si son ambassadeur lui raconte ce que j’ai entendu, ces jours-ci, ou si l’un de ses compatriotes qu’il connaît a vraiment vécu une telle mésaventure, il est certain que cet investisseur réfléchira par deux fois avant de lancer son affaire.

Aujourd’hui, de nouvelles opportunités s’offrent à notre pays, après ces longues années de crise et de disette. Les adversaires les plus coriaces du chef de l’État doivent reconnaître qu’il a réussi à faire annuler une grande partie de notre dette extérieure, à rétablir la confiance que les autres avaient naguère en notre pays et qu’ils avaient perdue, et à le rendre à nouveau fréquentable.

Une mentalité de 20 ans, c’est long à changer

À ce stade, on pourrait dire que le Président de la République a déjà fait sa part. Le reste est entre nos mains. Ce reste, c’est notre sérieux, notre vrai patriotisme qui devrait nous amener à toujours privilégier l’intérêt de notre pays par rapport au nôtre, et surtout notre travail.

Il ne faut cependant pas être assez naïf pour croire que l’on peut changer en une année de mauvaises habitudes contractées par un peuple en deux décennies. Depuis près de vingt ans, le slogan dans ce pays est «l’argent en vitesse.»

Et malgré les exemples que nous avons tous les jours sous les yeux, personne n’a encore réussi à faire comprendre aux Ivoiriens que l’argent gagné en vitesse disparaît aussi en vitesse; que bien mal acquis ne profite jamais, en tout cas pas très longtemps, et que la vraie fortune est celle que l’on construit patiemment par un travail honnête.

Que sont devenues toutes les grandes fortunes bâties dans ce pays sur des détournements de fonds publics, des escroqueries? Comment ont fini toutes les personnes qui écrasaient les autres avec l’argent qu’elles avaient volé au peuple? Comment vivent aujourd’hui et comment finissent les arrogants et voraces prédateurs de Refondateurs d’hier? (idéologues du changement sous l’administration Gbagbo, entre 2000 et 2010)

Chacun de nous devrait méditer sur ces exemples que notre histoire récente n’a cessé de nous mettre tous les jours sous les yeux, afin de ne pas hypothéquer la dernière chance qui vient d’être offerte à notre pays; afin de ne pas rendre vains tous les efforts du Président Ouattara pour le faire avancer.

Venance Konan (Fraternité Matin)

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Venance Konan

Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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