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Opération d'isolation du virus Ebola dans la province du Kasaï, RDC. © REUTERS/Handout
Opération d'isolation du virus Ebola dans la province du Kasaï, RDC. © REUTERS/Handout

Ouganda: les bons conseils de Museveni pour éviter l'Ebola

Le virus de la fièvre hémorragique Ebola a fait son entrée à Kampala, la capitale ougandaise. Depuis, le président Yoweri Museveni multiplie les conseils et les mises en garde, afin de repousser le danger qui menace les populations.

Mise à jour du 15 novembre 2012: une nouvelle épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola s'est déclarée en Ouganda, où elle a déjà tué deux personnes selon l'AFP, trois selon la BBC, au nord de Kampala, un mois après la fin officielle d'une précédente flambée qui avait fait 17 morts dans l'ouest, a annoncé la ministre ougandaise de la Santé. 

"Le ministère de la Santé souhaite informer la population qu'une autre (épidémie de) fièvre hémorragique virale Ebola a éclaté dans le pays", a déclaré la ministre, Christine Ondoa, lors d'une conférence de presse.

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La fièvre hémorragique due au virus Ebola est de retour et elle a atteint Kampala, la capitale ougandaise, où vivent environ 1,5 million d’habitants.

Jamais une capitale (ni même une ville de moyenne importance) n’avait été touchée par ce redoutable agent pathogène.

Lundi 30 juillet, prenant très vite la mesure de la menace le président ougandais Yoweri Museveni a conseillé à ses compatriotes de s'abstenir de se serrer la main pour éviter d'être contaminé et de devenir contaminant.

Le chef de l'Etat a également exhorté les Ougandais à éviter les rapports sexuels non-protégés et à s'abstenir d'organiser des inhumations à la sauvette.

Autant de mesures visant à circonscrire la diffusion de ce virus extrêmement contagieux transmissible via des contacts rapprochés.

Ce virus provoque une infection aux conséquences hémorragiques fréquemment mortelles (entre 25 et 90% des cas) et vis-à-vis de laquelle on ne dispose ni de traitement curatif ni de vaccin préventif.

Le virus Ebola a pour nom celui d'une rivière située entre le Soudan et ce qui était le Zaïre, quand il a été pour la première fois repéré, puis isolé. C’était en 1976.

Depuis une quinzaine d'épidémies ont été recensées en Afrique —en RDC, Ouganda, dans le Soudan du Sud, au Gabon et Congo.

Officiellement le virus a infecté plus de 1.800 personnes et faisant plus de 1.300 morts. Un premier médicament «prometteur» serait, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en cours d'évaluation en laboratoire.

Des recherches sont en cours concernant un vaccin, l’usage criminel de ce virus étant redouté par les experts du bioterrorisme.

Apparue début juillet l’épidémie aurait déjà fait 14 morts en Ouganda. Elle a d’abord été signalée dans la région de Kibaale, à environ 200 kilomètres, à l'ouest de Kampala.

Elle vient de faire son apparition dans la capitale, où un malade au moins en est mort. L’information a été annoncée personnellement  par le président ougandais.

Elle a été confirmée par les services de l'OMS qui ont aussitôt précisé que personne n'avait contracté la maladie à Kampala, la victime s’étant rendue dans la capitale pour se faire soigner.

Museveni à la rescousse

D’autres malades auraient, selon le président Museveni, également été pris en charge  à l'hôpital de Mulago, à Kampala.

«Le ministère de la Santé cherche à localiser tous ceux ayant été en contact avec les victimes. Les sept médecins et les 13 membres du personnel de santé qui se sont occupés de l'un de ceux qui sont arrivés à Mulago et qui est mort sur place ont par exemple été placés en quarantaine», a expliqué le président.

Pour sa part, Christine Ondoa, ministre ougandaise de la Santé,  a précisé que la victime décédée le 27 juillet à l'hôpital de Mulago était une aide-soignante qui s'était occupée de victimes à l'hôpital de Kagadi (district de Kibaale).

«Sa fille de trois mois est également décédée après avoir été admise à l'hôpital de Kagadi le 28 juillet», a-t-elle annoncé.

Dennis Lwamafa,  commissaire ougandais chargé du contrôle des maladies a, pour sa part, précisé que l'aide-soignante était, pour l'heure, seulement «présumée morte» d’une infection par le virus Ebola.

Il a ajouté qu'elle s'était rendue à Kampala par ses propres moyens, vraisemblablement en transports en commun, et que des mesures avaient été prises pour retracer son parcours.

Un certain nombre de membres du personnel médical à Mulago ayant été en contact avec cette patiente ont été placé sous surveillance (mais pas en quarantaine).

Il en est de même pour trente-quatre 34 employés de Kagadi.

«L'hôpital de Mulago est en train de réactiver une unité d'isolement pour accueillir tout cas enregistré à Kampala et dans les districts voisins», a  assuré la ministre de la Santé.

Ce n’est pas la première fois que l’Ouganda est confronté à cette menace infectieuse virale.

Une épidémie avait notamment sévi en 2007-2008, faisant officiellement trente-sept victimes. Une autre, en 2000, avait causé au moins cent trente-sept morts.

Le président Museveni a encore appelé la population «à rapporter en priorité tous les cas ressemblant à Ebola, c'est-à-dire fièvres importantes, vomissements, parfois diarrhées accompagnées de saignements».

«Je vous appelle à être vigilants, évitez de serrer des mains, ne vous chargez pas d'enterrer quelqu'un décédé de symptômes ressemblant à Ebola mais appelez les travailleurs de santé, car, ils savent comment faire, a-t-il expliqué. Evitez la promiscuité parce que la maladie peut aussi se transmettre sexuellement.»

«Que Dieu fasse que les âmes de ceux qui sont morts reposent dans la paix éternelle», a-t-il conclu son intervention, tout en souhaitant «bonne chance» à ses concitoyens.

Vigilance et réactivité

La réactivité du président ougandais et sa volonté de transparence sont à souligner. Elles ne sont pas nouvelles, Yoweri Museveni ayant déjà fait la preuve de l’importance qu’il accorde à la lutte éclairée contre les maladies infectieuses virales.

Grâce à lui l'Ouganda avait été  l'un des pays en voie de développement où la phase de déni de la réalité infectieuse du sida avait été la plus courte et l'un des plus actifs dans la prévention.

Dans les années 1980, alors les pays d'Afrique refusaient de reconnaître l'existence du mal ou accusaient leurs voisins et l'Occident d'en être la cause l'Ouganda fut le premier à admettre les faits et à tenter de ralentir la progression épidémique.

Et pour rendre hommage à l'action collective menée dans ce pays  les responsables des organisations internationales impliquées dans la lutte contre le sida en Afrique avaient, en décembre 1995, choisi de tenir à Kampala leur neuvième conférence.

Rompant avec le rituel des allocutions solennelles, M. Museveni a alors parlé de son expérience.

«J'ai entendu parler du sida pour la première fois à la radio. J'étais dans la brousse et je combattais le pouvoir en place, avait déclaré M. Museveni. On ne parlait alors que d'une maladie d'homosexuels. En 1984, j'ai entendu une spécialiste italienne expliquer que ce n'était pas seulement une maladie d'homosexuels. J'ai réuni mes hommes et je leur ai dit qu'il y avait là un danger.»

M. Museveni arriva au pouvoir en janvier 1986.

«Cette année-là, j'ai envoyé soixante de mes militaires à Cuba pour se faire tester, avait-il poursuivi. Dix-huit étaient séropositifs. Lors de la Conférence des pays non-alignés, en septembre 1986 à Hararé (au Zimbabwe), Fidel Castro m'a confié qu'il devait y avoir un gros problème dans mon pays. J'en ai alors parlé avec nos médecins.»

Le président ougandais a, pour le sida, souvent usé de la métaphore du «feu de brousse».

«Si l'étincelle tombe sur l'herbe mouillée, elle s'éteint. Si l'herbe est sèche, le feu prend et gagne. Chez nous, l'herbe est sèche à cause de la pauvreté, de l'ignorance, de l'analphabétisme, de nos problèmes de communication», avait-il, alors, eu le courage de déclarer.

Et si l'herbe africaine est sèche, c'est aussi parce que la femme n'est pas l'égale de l'homme, avait résumé le président, soulignant l'urgence de fournir aux «orphelins du sida» un accès à la scolarité, de manière à briser le cercle qui voit des hommes riches continuer à exploiter de très jeunes filles, accélérant la dissémination du virus.

La fièvre hémorragique Ebola est une autre forme de «feu de brousse». Tout comme le sida ses origines animales précises sont encore âprement discutées dans les cénacles scientifiques spécialisés.

Tout comme le sida elle réclame une réponse collective pour laquelle la participation politique est de toute première importance. Mais cette réponse doit, en outre, s’inscrire dans la plus extrême urgence.

Jean-Yves Nau

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Jean-Yves Nau

Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».

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