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Afrique - Les eaux souterraines, un trésor à ne pas dilapider

L'Afrique ne manque pas d’eau. D’après une expertise récente menée par des géologues britanniques, le continent dispose de 660.000 kilomètres cubes d’eau souterraine.

Ces réserves d’or bleu peuvent-elles permettre d’endiguer les problèmes d’accès à l’eau potable qui concernent quelques 330 millions d’Africains?

Le quotidien espagnol El País s’est interrogé sur la meilleure manière d’exploiter ces ressources hydriques, notamment sur le long terme.

S’il faut creuser des puits ou installer des systèmes d'irrigation, qui va payer?

Une question délicate selon Alberto Fernandez, responsable de la politique hydrique chez WWF (Fonds Mondial pour la Nature) qui s'est confié au site d'information espagnol:

«Le problème n’est pas l’argent en soi, mais de savoir qui l’apporte et comment il est utilisé. Si, par exemple, ce sont des Chinois ou des Arabes qui financent des projets, construisent des puits pour des terres agricoles qui seront ensuite commercialisées, rien ne sera résolu.»

Ce que confirme la fondation Rockfeller, qui prône «un usage localisé par des petites communautés, qui bénéficieraient de puits contribuant exclusivement au développement local», ou encore le site web Scidev:

«Seuls les Africains doivent profiter de l’eau du continent».

En outre, le problème d’une exploitation durable se pose. Si certaines eaux des aquifères sont renouvelables, d'autres ne le sont pas. A l’image des nappes d'eau situées sous le désert du Sahara, précise Santiago Martin Barajas, membre de l’organisation Ecologistes en Action (Ecologistas en acción):

«Ce sont des "eaux fossiles" qui sont là depuis des milliers d’années, depuis la fin du Miocène, mais elles ne se renouvellent pas. Leur exploitation serait inédite, et on extrairait de l’eau de la même manière qu'un filon de cuivre.»

Et le problème ne tient pas seulement au non-renouvellement des sources, mais également aux conséquences pour tout l’écosystème qu’aurait une exploitation des eaux souterraines. Le scientifique poursuit:

«L’extraction de l’eau pourrait entraîner un effondrement de certaines parties de la zone. Cette eau maintient, depuis l’intérieur, l’humidité présente à la surface de la terre. Si on la retire, la terre va s’assécher, et à l’image de la boue qui se lézarde au soleil, tout le système peut s’écrouler.»

Tout est question de nuances: le compromis entre les urgences sanitaires et sociales et les exigences du développement durable et économique rend encore problématique la question de l’eau en Afrique.

Lu sur El País

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