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Des lecteurs devant un kiosque à journaux à Dakar. REUTERS/Youssef Boudlal
Des lecteurs devant un kiosque à journaux à Dakar. REUTERS/Youssef Boudlal

Niger: La liberté de la presse a des limites

L’ONG Reporters sans frontières s'alarme contre la mauvaise utilisation de la liberté de la presse par certains journalistes au Niger.

Un journal interdit de parution, un autre mis en garde, un directeur de publication condamné à une peine de prison: le bilan du mois de juillet 2012 au Niger est lourd.

Il révèle toute la fragilité du secteur de la presse qui, d'un côté, a sensiblement gagné en liberté, mais qui, de l'autre, doit encore se professionnaliser afin de conserver les acquis.

Depuis l'ordonnance du 4 juin 2010 portant régime de la liberté de la presse, les délits commis par voie de presse, telles que la diffamation et l'injure publique, ne sont plus sanctionnés par des peines de prison.

La détention préventive en matière de délits de presse a été interdite. Seules des amendes pénales peuvent encore être prononcées contre des médias.

A l'issue d'une mission menée à Niamey, la capitale nigérienne, en juin 2011, Reporters sans frontières avait salué l'amélioration de la situation de la liberté de la presse dans le pays et publié un rapport d'enquête intitulé «Une page se tourne, espoirs pour la liberté de la presse au Niger et en Guinée».

Poursuivant la politique initiée par le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD, autorités de transition de l'époque), le président de la République nigérienne, Mahamadou Issoufou, a été le premier chef d'Etat à signer, en novembre 2011, la déclaration de  Table Mountain, dans la province du Cap, en Afrique du Sud, un texte qui invite à dépénaliser les délits de presse et à placer la liberté des médias au cœur des débats publics en Afrique.

Liberté, mais responsabilité aussi

Conséquence logique de ces réformes ambitieuses, de ce comportement favorable des autorités vis-à-vis des médias, et de la quasi-absence de violations de la liberté de la presse, le Niger a enregistré une progression spectaculaire dans le classement 2011-2012 établi par Reporters sans frontières (le pays est passé de la 104e à la 29e position, réalisant un bond de 75 places.

Mais la situation reste fragile. Le comportement de certains journalistes nigériens, peu respectueux de l'éthique et de la déontologie de la profession, est de nature à fournir des arguments aux détracteurs de la dépénalisation des délits de presse.

Reporters sans frontières continue de défendre la thèse selon laquelle la dépénalisation ne signifie pas liberté de publier ou de diffuser n'importe quel contenu.

Bien entendu, la liberté ne va pas sans responsabilité. L'organisation réitère l'appel qu'elle avait lancé à Niamey: la dépénalisation est une avancée considérable en termes de liberté, mais elle doit s'accompagner d'un respect scrupuleux, par les journalistes, des règles d'éthique de la profession.

Autrement dit, ces derniers doivent être à la hauteur des libertés et mériter la confiance que les autorités leur accordent.

«Diffamation, calomnie, mensonge, et atteintes à la vie privée sont la négation de la déontologie journalistique. Si des individus utilisent les médias pour nuire à d'autres personnes, ruiner leur réputation et ne diffuser que de fausses informations, il est inévitable qu'ils soient sanctionnés. A terme, le manque d'éthique de certains auteurs d'articles risque de pervertir la liberté de la presse, si durement conquise», a déclaré Reporters sans frontières.

La cote d’alerte

«Cette situation devrait alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de renforcer la liberté de la presse et de soutenir les médias qui respectent la déontologie journalistique. Confier davantage de moyens matériels et humains à l'Observatoire national de la communication (ONC, organe de régulation), aider financièrement l'Onimed (organe d'autorégulation), soutenir la Maison de la presse, et renforcer la formation professionnelle des journalistes peuvent constituer des solutions concrètes pour protéger la liberté de la presse», a ajouté l'organisation.

Marcus Issaka Lawson, directeur de publication du journal Jeunesse Infos, a été condamné, le 2 juillet 2012, à neuf mois de prison, dont trois avec sursis.

Ce journaliste a été emprisonné suite à une plainte pour «faux et usage de faux en écriture», déposée par Adama Gazibo, magistrate et ancienne secrétaire générale du gouvernement.

Dans un droit de réponse fabriqué de toutes pièces par le journaliste, intitulé «Je ne suis pas celle que vous croyiez», et publié dans le numéro du 13 juin 2012, Marcus Issaka Lawson a attribué à Adama Gazibo des propos qu'elle n'a jamais tenus.

Non seulement il détaillait la vie privée de la magistrate, mais il dédouanait aussi la presse pour ses erreurs et félicitait indirectement son propre journal pour le travail d'information réalisé.

Collusions et mélange de genres

Le 24 juillet 2012, l'ONC (l’Observatoire national de la Communication) a décidé d'interdire définitivement de parution le journal Le Mandat, pour «inobservation de la mise en demeure» qui lui avait été adressée un mois auparavant.

Il est reproché au journal de n'avoir pas corrigé sa ligne éditoriale malgré l'avertissement infligé, le 20 juin, par l'organe de régulation.

A l'époque, l'ONC avait estimé qu'un article paru dans le numéro 15 du journal contenait «de fausses informations qui portaient atteinte à la vie privée de citoyens, à la morale et aux bonnes mœurs.»

Dans le cadre d'une autre affaire rendue le même jour, l'ONC a adressé un avertissement écrit au journal Le Visionnaire, également pour «inobservation de la mise en demeure» qui lui avait été adressée plus tôt dans le mois.

L'ONC avait alors sanctionné le journal pour publication d'un article, dans son édition n°91 du 23 avril 2012, «contenant des fausses informations et des accusations sans fondements».

Ce journal avait déjà été suspendu de l'Association nationale des éditeurs de la presse indépendante (Anepi), en 2011.

Le directeur de publication du Visionnaire avait, en effet, utilisé son journal pour régler des comptes personnels et répandre de fausses accusations contre le directeur d'une entreprise privée de Niamey dont son épouse venait d'être licenciée.

Ambroise Pierre, Bureau Afrique de Reporters sans frontières

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"Sans une presse libre, aucun combat ne peut être entendu" Dans certains pays, un journaliste peut passer plusieurs années en prison pour un mot ou une photo. Parce que emprisonner ou tuer un journaliste, c’est éliminer un témoin essentiel et menacer le droit de chacun à l’information, Reporters sans frontières, fondée en 1985, œuvre au quotidien pour la liberté de la presse.

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