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Cheick Modibo Diarra (à d.) avec le président Dioncounda Traoré à son retour à Bamako, Mali, 28 juin 2012, REUTERS/Stringer
Cheick Modibo Diarra (à d.) avec le président Dioncounda Traoré à son retour à Bamako, Mali, 28 juin 2012, REUTERS/Stringer

Mali: Le Premier ministre qui voulait se maintenir envers et contre tous

Cheick Modibo Diarra peut-il refuser sa démission quitte à devenir un adversaire du président de transition?

Mise à jour du 21 août 2012: La composition du gouvernement «d`union nationale» exigé par l’Afrique de l’Ouest a été annoncée dans la soirée du 20 août. 

La nouvelle équipe compte 31 membres dont quatre femmes (contre 24 ministres dans la précédente), indique l’AFP. Presque tous les regroupements politiques maliens y sont représentés.

Toujours dirigé par le Premier ministre Cheick Modibo Diarra, le nouveau cabinet est notamment marqué par le remplacement des ministres des Affaires étrangères et de la Communication.

Les ministres (Défense, de la Sécurité, de l'Administration territoriale) appartenant à l’ex-junte sont tous reconduits à leurs postes.

*****

Le président malien de transition, Dioncounda Traoré, est bel et bien de retour dans son pays. Il y est effectivement rentré de Paris le 27 juillet 2012 après deux mois de soins, suite à son agression par des manifestants pro-putschistes.

L’air encore fatigué et surtout affaibli par l’épreuve de la maladie et de l’éloignement momentané de son pays et du pouvoir, le chef de l’Etat malien a été accueilli à sa descente d’avion par le Premier ministre Cheick Modibo Diarra et les autres hautes autorités.

Mais, avant que le président se remette de son voyage de convalescent et adresse son mot tant attendu à la nation malienne, c’est le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra qui s’est entretenu avec les journalistes peu après l’arrivée de celui-ci.

Une surprenante déclaration

C’est justement en répondant aux questions des hommes de médias que le chef du gouvernement a déclaré sans détour qu’il ne démissionnerait pas de son poste. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a voulu laisser subsister aucun doute sur ses réelles intentions:

«Ce n’est pas le président de la République qui formera le gouvernement, c’est moi. J’ai une idée de l’architecture de l’équipe que je veux.»

Des propos clairs aussi bien dans le fond que dans la forme, mais qui, en plus de relever du politiquement incorrect, ne disent cependant pas mot sur les réelles motivations de leur auteur. Il n’est en effet pas superflu de se demander quelle anguille la roche de la sortie du Premier ministre malien peut-elle bien cacher.

L’interprétation de la déclaration de Cheick Modibo Diarra et les raisons qu’il a avancées pour justifier sa position contribuent du reste à assombrir davantage le voile qui enveloppe le fondement de son intervention.

Il a effectivement invoqué comme argument principal l’Accord-cadre qui, selon lui, dispose que le chef de l’Etat ne peut pas recevoir sa démission, pour exclure toute possibilité pour lui de rendre le tablier.

Peut-être faut-il commencer par chercher à savoir à qui s’adresse d’ailleurs le Premier ministre malien. En disant en tout cas qu’il ne cédera pas aux menaces, il est clair que sa cible ici n’est personne d’autre que ceux qui ont manifesté pour réclamer sa démission.

La sortie était inopportune

Il se situe donc dans ce cas en situation de légitime défense en répondant à ces partisans de l’anarchie qui semblent ignorer que ce n’est pas par une manifestation de rue que le chef de l’exécutif a été nommé. Par conséquent, même s’il devait être débarqué, ce ne devrait être ni par, ni dans la rue.

Cependant, en précisant que même le président de la transition n’a pas les compétences requises pour recevoir son acte de démission, l’astrophysicien fait en ce moment une grave confusion en se référant à l’Accord-cadre.

Ce document est plus que dépassé par l’évolution des choses au Mali, l’une des structures signataires, à savoir le Conseil national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE, ex-junte au pouvoir), ayant été dissoute.

Certes, l’hypothèse d’une entente secrète ou non encore officielle entre le président Traoré et le Premier ministre Diarra en vue de maintenir ce dernier à son poste pour qu’il continue de recevoir les propositions des forces vives dans le cadre de la formation d’un gouvernement d’union nationale n’est pas à exclure. L’ex-employé de la NASA ayant déjà la bénédiction de l’ex-junte avec qui il a toujours eu les atomes crochus, il peut ainsi se croire inamovible et se permettre des déclarations osées.

Quelles que soient sa motivation et ses intentions, il vient de prouver son amateurisme politique en dévoilant une information sous embargo ou en cédant à la provocation des manifestants dont l’un des objectifs était d’ailleurs de l’amener à perdre son sang-froid. Ils auraient visiblement atteint leur objectif en amenant le Premier ministre en formation à vider tous ses boyaux en s’emportant presque.

Sa sortie était d’autant inopportune qu’il devait faire preuve de retenue et de maîtrise de soi en attendant le moment opportun pour rendre sa démission en bonne et due forme et être reconduit si telle est la volonté des Maliens.

Il va bien falloir démissionner pourtant

Car, logiquement, qu’il soit pressenti ou choisi pour rester Premier ministre de consensus ou pas, il devrait, pour respecter la traditionnelle pratique démocratique, démissionner avec l’actuel gouvernement pour permettre le remplacement régulier et officiel de cet organe par le gouvernement d’union nationale.

De plus, son intervention tombe comme une pierre dans le jardin de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) avec qui Modibo Diarra n’est présentement pas en odeur de sainteté et peut, par conséquent, être interprétée par celle-ci comme de la provocation.

Elle peut également jeter le froid entre les deux plus hautes autorités de l’Etat malien au cas où le président n’aurait pas été associé à cette intervention.

Et un détail non négligeable qu’il ne faut pas sous-estimer, c’est que le Premier ministre doit, tout comme le gouvernement d’union, être une personnalité qui, à défaut de faire l’unanimité, a été choisie de façon consensuelle. Ce consensus est à rechercher au niveau des forces vives maliennes et non au niveau des autorités du reste contestées.

Il ne sert à rien d’imposer un Premier ministre qui ne sera pas accepté et aura par conséquent du mal à travailler avec sérénité. Ou alors, on courra le risque de susciter une rivalité au sommet de l’Etat. Ce qui pourrait avoir comme conséquence un bicéphalisme à la tête de l’Etat, toute chose qui serait préjudiciable à la lutte pour la restauration de l’intégrité du territoire.

Le Pays 

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