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Dans le sud de Madagascar, les électeurs veulent d'abord manger

L'une après l'autre, elles ont assis leur bébé à l'ombre, sur une natte posée à même le sol poussiéreux. Au fond de leurs yeux de mères, la lassitude d'une vie de rien et une petite lueur de soulagement. Ce matin au moins, leur enfant mangera à sa faim.

Dans le village d'Ifotaka, à la pointe sud de Madagascar, c'est l'heure du passage de l'aide alimentaire et Pastrolina Vatofara ne le raterait pour rien au monde.

"Je gagne un peu d'argent en récoltant les arbres à sisal (pour faire de la corde) mais ça ne suffit pas pour nourrir mes trois petits", explique cette mère de famille de 28 ans, "avec la sécheresse, ils ne survivraient pas sans aide".

"Le gouvernement nous a oubliés", déplore-t-elle.

Mais même le ventre vide, elle votera mercredi pour le second tour de l'élection présidentielle. "J'espère que le prochain président nous aidera un peu plus".

Depuis plusieurs saisons maintenant, toute la partie sud de la Grande île se dessèche dangereusement.

Le réchauffement et les anomalies climatiques El Niño qui se succèdent ont rendu l'eau de plus en plus rare, au point d'empêcher la moindre récolte de riz, l'aliment de base.

"Aujourd'hui, 1,2 million de personnes se trouvent en situation d'insécurité alimentaire", constate Maman Bashir Yacouba, du Programme alimentaire mondial (Pam).

"Dans la plupart de ces zones, toute l'économie est basée sur l'agriculture et sur l'élevage et ça fait au moins quatre ans qu'il n'y a pas eu de bonne pluviométrie", poursuit ce responsable local de l'agence onusienne, "la situation est devenue préoccupante".

- Pays oublié -

Notamment pour les enfants, les plus vulnérables. A Madagascar, près de la moitié (47%) des moins de 5 ans sont victimes de malnutrition chronique. Dans les zones affectées par la sécheresse, jusqu'à 12% d'entre eux souffrent de ses manifestations les plus sévères.

Dans la région d'Amboasary, le Pam, l'Unicef et les ONG parent au plus pressé et distribuent des rations et des compléments alimentaires pour protéger, aussi longtemps que possible, les plus petits.

Mais leurs moyens manquent cruellement. Le Pam a ainsi dû revoir drastiquement à la baisse ses objectifs pour la campagne en cours. Son budget souffre d'un trou de plus de 50 millions de dollars.

"Madagascar est un pays oublié de l'aide internationale", déplore sous couvert d'anonymat un humanitaire. "Chaque année, on ne fait que répondre à l'urgence. On pourrait régler le problème en ramenant de l'eau mais c'est beaucoup trop cher".

Alors la population est contrainte de vivre de l'aide, quand elle arrive, et d'expédients.

"A cause du manque de pluie, on ne mange pas toujours à notre faim", confirme un ancien du village d'Ifotaka, Maherimana, 67 ans. "Certains jours, je dois me contenter d'un peu de manioc".

"Toute la période de soudure, jusqu'à la prochaine récolte en avril, va être très difficile", confirme le coordinateur local du Pam, Mamy Razafindrakoto.

"Ici les gens travaillent, ce ne sont pas des fainéants. Dès qu'ils ont un peu d'eau, ils cultivent. Le problème c'est qu'il n'y en a pas", insiste-t-il, "ils boivent l'eau dans les mêmes flaques que le bétail, ils s'y lavent, le manque d'hygiène faut beaucoup de dégâts".

Comme si les calamités naturelles ne suffisaient pas, le sud souffre en plus d'un déficit criant d'infrastructures.

- Volonté politique -

Les hôpitaux manquent de personnels, de matériel, de médicaments, l'électricité est branchée sur courant... alternatif et l'état des routes, déplorable, transforme le moindre voyage au mieux en aventure, au pire en cauchemar. 

"J'ai du mal à voir la main de l'Etat ici", regrette Fatou Sall, coordinatrice locale de l'ONG Action internationale contre la faim (AICF). "Simplement des routes correctes, ce serait un énorme changement. Quand on ne peut pas se déplacer, on attend et on prie, c'est tout ce qui reste".

"Ce qui pourrait changer les choses, c'est une volonté politique d'aider le sud", renchérit sa collègue Annick Rakotoanosy, une Malgache.

"On sait bien que le gouvernement ne peut pas arrêter la sécheresse. Mais faire des forages ou des travaux d'adduction d'eau, ça il pourrait", insiste-t-elle, "s'il existait une volonté, alors on pourrait trouver une solution".

Pas sûr qu'elle se manifeste rapidement. Des 36 candidats du premier tour, seuls deux, l'ex-président Andry Rajoelina, finaliste, et le sortant Hery Rajaonarimampioanina, battu, ont fait une brève apparition dans la région.

En terrain conquis - la région l'a largement placé en tête le 7 novembre - M. Rajoelina est revenu la semaine dernière y poser son hélicoptère de campagne pour assurer à la population qu'il ne l'oublierait pas.

Son rival Marc Ravalomanana a lui aussi battu les estrades en promettant "d'aider les paysans".

Le chef du village d'Ifotaka, 77 ans, a entendu les discours de nombreux présidents mais il refuse de désespérer de la parole politique.

"On a besoin d'aide pour récupérer de l'eau, par exemple des motopompes", glisse Joseph Rafaralahy. "Je ne peux pas les payer et l'Etat ne l'a pas encore fait. Mais peut-être le prochain président ? Qui sait..."

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