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Réfugiés syriens à la frontière jordanienne. Reuters/Majed Jaber
Réfugiés syriens à la frontière jordanienne. Reuters/Majed Jaber

Le drame des réfugiés syriens en Algérie

Des centaines de familles venues de Damas, Homs, Alep, Idleb et d’autres villes syriennes où les bombardements et les tueries font rage. Ils ont tout laissé derrière eux pour se réfugier en Algérie. Tout, sauf leur dignité. Reportage.

Mise à jour du 8 août 2012: Nicolas Sarkozy est sorti de son silence pour demander une action rapide de la communauté internationale en Syrie, où il voit de "grandes similitudes" avec la Libye, théâtre d'une intervention militaire dont il fut le fer de lance.

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«Nous sommes Syriens, nous avons besoin d’aide!»

Les yeux noirs perçants, le teint basané, l’homme adossé au mur brandit son passeport noir pour prouver sa nationalité, puis prend la pièce qu’on lui tend et la remet à sa femme, assise en tailleur, tout près de lui.

L’appel à la prière résonne. A quelques mètres, un enfant, 3 ans à peine, tourne en rond avec des bouts de cartons colorés dans les mains. Le couple ne le quitte pas des yeux.

Les va-et-vient ne perturbent pas leur attention. Un autre Algérois s’arrête, —avant de prendre les escaliers qui mènent à la salle de prière—, et glisse quelques pièces dans la main de l’homme.

Même rituel du passeport brandi et des pièces récoltées. La femme appelle son enfant et le retient dans ses bras parce qu’il gène le passage.

Ils sont de plus en plus nombreux à rentrer dans cette petite Mosquée de Ben Omar, à Kouba, une commune située dans la proche banlieue sud-est d’Alger.

L’une des nombreuses mosquées où les «réfugiés» syriens, fraîchement débarqués à dans la capitale algérienne, trouvent hospitalité, soutien mais aussi un espace de «mendicité».

«Non! Nous ne sommes pas des mendiants! Juste un peuple en détresse.»

La nuance est de taille et ils sont nombreux à y tenir. Des femmes, des hommes, des familles entières et beaucoup d’enfants.

Des centaines de familles venues de Damas, Homs, Alep, Idleb et d’autres villes syriennes où les bombardements et les tueries font fuir. Ils ont tout laissé derrière eux pour se réfugier en Algérie. Tout, sauf leur dignité.

Silence des autorités algériennes

Ils seraient des milliers. Mais les autorités algériennes n’ont pas encore communiqué leur nombre exact, ni d’ailleurs commenté leur présence sur le sol algérien.

Ils errent depuis des semaines de quartier en quartier, de ville en ville privilégiant les mosquées pour dormir et les jardins publics pour bénéficier de la charité des passants.

L’Etat algérien n’a rien entrepris pour les prendre en charge, ils sont donc livrés à la générosité populaire. Ils sont des dizaines à se rassembler, tous les jours, au jardin du Square Port Said, au cœur de la capitale.

Kamal, 45 ans, s’est installé avec sa femme et ses cinq enfants dans un coin ombragé. Il attend, sans savoir quoi!

«Je suis à Alger avec toute ma famille depuis 3 mois déjà, j’ai quitté Idleb pour sauver ma famille. Je suis très inquiet parce que nous avons dépassé la durée légale de notre séjour en Algérie. J’ai fini toutes mes économies et je ne sais plus quoi faire!»

Avant que son pays ne sombre dans la crise, Kamal était commerçant et gagnait très bien sa vie. Aujourd’hui, il ne lui reste presque rien.

«Ma femme a vendu tous ses bijoux. Nous payons chaque soir 1.000 dinars (7 euros)  pour l’hôtel. Nous passons nos journées ici dans ce jardin parce que ça nous permet de nous rassembler, d’autant que certains habitants du quartier nous apportent à manger le soir pour la rupture du jeûne.»

Des touristes pas comme les autres

Kamal, comme beaucoup d’autres Syriens arrivés en Algérie depuis plus de trois mois, cherche un moyen de quitter l’Algérie, à moindre coût, pour une journée ou deux.

Les nombreux Syriens entrés en Algérie ces dernières semaines sont légalement considérés comme des touristes et n’ont donc pas le droit de passer plus de 3 mois sur le sol algérien.

Ali, un habitant du quartier conseille à Kamal d’aller en Tunisie, traverser rapidement les frontières en taxi et revenir.

«Tu pourras avoir un cachet sur ton passeport et ça te prendra deux ou trois jours de voyage seulement», précise Ali.

Kamal n’est pas convaincu et cherche du regard quelques uns de ses compatriotes syriens.

Ils semblent tous gagnés par la suspicion. 

«Ce n’est pas une solution», commente l’un d’entre eux.

«Nous aimerions que les autorités algériennes nous épargnent. C’est déjà assez difficile comme ça», lâche-t-il, dépité, avant de s’éloigner du groupe.

A quelques mètres, toujours dans le jardin du Square Port Saïd, six hommes déposent leurs bagages et s’installent par terre. Ils sont fatigués, mais soulagés de trouver un petit coin ombragé. Ici, la chaleur est étouffante et le jeûne ralentit les gestes.

«On vient d’arriver de l’aéroport d’Alger en provenance de Damas, nous avons fait escale à Qatar, le voyage a été long et éprouvant.»

Peau brune, cheveux noir corbeau et yeux verts tranchants, l’homme, dans les 50 ans, refuse d’en dire plus.

«J’ai laissé ma famille là-bas parce que je n’avais pas assez d’argent pour payer leurs billets, j’ai peur qu’on leur fasse du mal, s’ils vous lisent. Je refuse de témoigner, ce serait les mettre en danger», explique-t-il ému.

«Nous ne sommes pas des mendiants»

Ces milliers de Syriens sont venus en Algérie, en pensant y trouver un emploi, du soutien, un abri contre l’insécurité en attendant que le calme revienne dans leur pays, ils y affrontent la peur du mépris, de la mendicité et du rejet que la générosité populaire ne saurait estomper.

Où vont-ils aller, comment vont-ils survivre? Et jusqu’à quand pourront-ils rester ici ? Aucun d’eux n’arrive à y répondre.

«Nous vivons au jour le jour», confie Kamal, l’air dépité mais avec beaucoup de retenue.

Ils souffrent et réclament de l’aide, en essayant de ne pas abîmer leur fierté ancestrale. Ils attendent dans la capitale et dans plusieurs autres villes d’Algérie.

«Nous sommes en détresse mais nous refusons d’être assimilés à des mendiants, nous sommes un peuple fier, très fier, n’oubliez pas de l’écrire», insiste Kamal.

Fella Bouredji (Critique littéraire et journaliste au quotidien algérien El Watan)

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Fella Bouredji

Critique littéraire et journaliste au quotidien algérien El Watan

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