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Bernardin Kingué Matam durant son entraînement à l’Insep. © Stéphanie Trouillard
Bernardin Kingué Matam durant son entraînement à l’Insep. © Stéphanie Trouillard

Haltérophilie: la fabuleuse saga olympique du clan Matam

Chez les Matam, l’haltérophilie est une histoire de famille. En l’espace de 20 ans, quatre frères de ce clan camerounais se sont qualifiés pour les Jeux olympiques. Bernardin Kingué Matam sera le représentant de la fratrie à Londres sous les couleurs de l’équipe de France.

Mise à jour du 1 août 2012: Bernardin Kingué Matam a été éliminé de la compétition d'haltérophilie. Il a échoué sa troisième tentative à l'arraché dans la catégorie des 69 kilos. Il n'a pas réussi à soulever 144 kilos.

***

Il est à peine 10 heures, mais dans la salle d’haltérophilie de l’Insep (l’Institut national des sports), Bernardin Kingué Matam soulève de la fonte en guise de petit-déjeuner.

Assis sur un banc, il reprend son souffle, enduit ses mains de talc, avant d’ajouter deux nouveaux disques de 20 kilos.

Ce petit bonhomme trapu d’1m63 lève jusqu’à 150 kilos à l’entraînement. Le regard froid et déterminé, l’effort ne lui fait pas peur.

Depuis quatre ans, il ne pense qu’aux Jeux olympiques. Une véritable obsession. Le sportif de 22 ans veut sa revanche, après son absence à Pékin.

Alors membre de l’équipe camerounaise, il avait été écarté, à la dernière minute, de la sélection au profit d’un autre athlète:

«J’avais toutes les chances de me qualifier. On avait fait des tests. J’étais meilleur que lui. Mais, ils ont trouvé des excuses bidons. Ils ne me l’ont même pas dit en face», se souvient-il très amer. Tout l’été, c’était vraiment un calvaire. Quand j’allumais la télé, c’était les Jeux qui passaient. C’était la grosse déprime. Je restais presque enfermé dans ma chambre

Vexé par cet échec, Bernardin prend alors une décision radicale. Installé depuis l’âge de 13 ans en France, le Camerounais décide de défendre les couleurs de son pays d’adoption:

«Je me suis dit qu’avec la France, quand tu es le meilleur, tu es le meilleur. Avec toute la colère que j’avais, dès que les Jeux se sont terminés, j’ai pris un papier et j’ai rédigé une demande de naturalisation. La première a été refusée, parce qu’ils ont dit que je n’étais qu’un étudiant et que je pouvais rentrer au Cameroun.»

Mais le jeune sportif s’accroche. Sa motivation finit par payer:

«En novembre 2010, j’ai refait une demande. Le directeur technique national de l’équipe de France m’a donné un coup de pouce grâce à mes résultats. Du coup, cela n’a pas mis très longtemps. J’ai été naturalisé le 11 juillet 2011

La fédération ne regrette pas son choix. Bernardin est la nouvelle pépite de l’haltérophilie française.

Pour ses premiers Championnats du monde organisés en 2011, à Paris, il termine à la 7e place, dans la catégorie des moins de 69 kilos.


Weightlifting World Championships Paris 2011 -... par FFHMFAC

Quelques mois plus tard, en Turquie, il décroche, aux Championnats d’Europe, la médaille de bronze au total olympique (318 kg) et l’argent à l’arraché (145 kg).

Sa qualification olympique est assurée.

Le clan Matam

Bernardin n’est pas le premier de la famille à endosser le maillot bleu-blanc-rouge. Trois de ses frères ont déjà pris la nationalité française. Deux d’entre eux sont d’ailleurs à ses côtés pendant sa préparation.

David Hercule, l’aîné du clan, est capitaine de l’équipe de France et partenaire d’entraînement. Samson Ndicka, d’un an son cadet est entraîneur adjoint.

Tous deux ont déjà goûté aux Jeux olympiques, ceux d'Atlanta, en 1996, et ceux d'Athènes, en 2004, (Alphonse, l'autre frère, avait aussi participé à ceux de Barcelone, en 1992).

Même si cette année, ils ne sont pas sélectionnés, les frangins seront là pour épauler celui qu’ils surnomment "Berny".

«Il se sent un peu comme dans une armure. Il sait bien qu’on est là. Quand il s’endort, on le réveille. On le pousse dans les moments difficiles, mais il sait vraiment ce qu’il a à faire. Etant donné qu’on a déjà l’habitude de ces compétitions, c’est bien que ce soit lui, car il a le sang frais et il est encore plus motivé. C’est la première fois, pour lui», explique David, un titan aux muscles saillants, de 1m74 pour 88 kilos, qui ne quitte pas des yeux son petit frère, dans la salle de l’Insep.

Cette incroyable dynastie est née à Yaoundé, la capitale du Cameroun. C’est dans la petite maison familiale que le père de la fratrie se prend de passion pour l’haltérophilie.

«Notre papa aimait, à l’époque, les films de force. Il a commencé à nous surnommer Samson ou Hercule comme pour moi», se rappelle en rigolant, l’aîné.

Le chef du clan emmène ses garçons, mais aussi ses filles dans la salle d’entraînement qu’il a installée dans le quartier.

Sur ses 14 enfants, 11 pratiquent le lever de poids. Bernardin met plus de temps à suivre la voie paternelle. Il choisi au départ le football:

«J’étais dans un club, j’ai même joué avec Nicolas Nkoulou, qui est défenseur à l’Olympique de Marseille. Je jouais très bien, mais je n’étais pas tout le temps titulaire, cela m’énervait. Un jour, j’ai arrêté, j’ai préféré faire de l’haltérophilie. Dès mes premières séances, mon père a dit que j’étais bon et que je serai un grand champion.»

Prometteur, le petit costaud est ensuite expatrié à l’adolescence à Besançon, chez son frère aîné David, qui fait déjà partie des meilleurs au niveau international.

Une première médaille pour les Matam?

Après les Jeux, Bernardin aimerait lui aussi prendre sous son aile d’autres membres de la famille.

«J’ai un petit frère qui a 19 ans, il n'est pas mal, ainsi qu’un autre frère, mon aîné de deux ans. Il suffit juste de leur donner un petit coup de pouce comme on l'a fait pour moi pour qu’ils puissent émerger

Le vivier de talents des Matam est loin de se tarir.

«Le nom de la famille ne va pas s’éteindre de sitôt», ajoute David, avec fierté.

En attendant la future relève, Bernardin espère faire mieux que ses aînés pour ses premières Olympiades.

Le meilleur classement, une sixième place, a été réalisé par Samson à Athènes en 2004.

«C’est pas mal de participer aux Jeux, mais il ne faut pas s’en contenter, il faut toujours vouloir aller plus loin dans la vie», affirme le jeunot de l’équipe.

 


Bernardin Kingue Matam - Ton image des Jeux... par franceolympique

Dans le centre ExCel (Exhibition Center London) où se dérouleront les épreuves, Bernardin pourra compter sur les conseils avisés de ses frangins.

«Je crois que c’est son année. Il faut qu’il assure et qu’il y croie. On sait qu’il en est capable. Il va falloir qu’il oublie ses adversaires. Moi, je serai juste sur le côté», soutient très confiant, David, qui fera partie du voyage.

L’espoir de la famille a de grandes chances de ramener la première médaille olympique pour les Matam. A sa naissance déjà, ses parents ont deviné son incroyable destin en le surnommant «Kingué».

«Cela veut dire roi», précise Bernardin, avec un petit sourire espiègle. Le petit colosse est un sérieux prétendant à une couronne aux JO.

Stéphanie Trouillard

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Stéphanie Trouillard

Stéphanie Trouillard. Journaliste française spécialiste du Maghreb et du Canada.

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