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Un homme prend en photo des touristes à Tipasa, Algérie © Zohra Bensemra / Reuters
Un homme prend en photo des touristes à Tipasa, Algérie © Zohra Bensemra / Reuters

Le tourisme otage de magouilles bureaucratiques

Comment booster le tourisme algérien? Le pays a tout pour développer le secteur: un littoral de plus de 1600 km, des plaines verdoyantes, des montagnes, des plateaux, et un désert féerique. Dommage que ces atouts ne soient pas mis en valeur.

Pourquoi, contrairement à ses deux voisins —le Maroc et la Tunisie— l’Algérie n’arrive-t-elle pas à offrir une carte touristique haut de gamme?

D'après les sources du ministère du Tourisme et de l’Artisanat, les revenus engendrés par le peu d'activités liées au tourisme ne dépassent pas les 10 % du PIB national.

Les Algériens eux-mêmes préfèrent ajouter quelques euros pour passer leurs vacances à l’étranger:

«J’ai séjourné quinze jours à Istanbul. C’est mille fois mieux qu’ici. Les prestations sont à la hauteur de l’argent qu’on débourse», témoigne Yacine, 30 ans, qui a préféré faire son voyage de noces dans l’ancienne capitale ottomane.

Des Algériens qui passent leurs vacances ailleurs

Et il n’est pas le seul à penser ainsi. On compte environ un million d’Algériens qui traversent chaque année la frontière est du pays pour séjourner dans les hôtels tunisiens de Hammamet, Sousse, Sfax, Djerba et Tunis.

Depuis le changement de régime en 2011, et les menaces d’un bouleversement a cause de la victoire du parti islamiste Ennahda, la Tunisie accueille un peu moins de touristes. Sans toutefois que cela cause de gros dommages.

En Algérie, il est certain que la période de la décennie noire a grandement entaché la réputation du pays, et de ce fait a mis à plat l’activité touristique.

La spirale de violence dans laquelle était plongée l’Algérie de 1992 à 2000 a tétanisé tout le pays. Ainsi, sans sécurité et sans paix, il devient quasi-impossible de donner vie à une filière qui offre tant d’emplois et capitalise autant de recettes.

Dès 1999, une fois les groupes armés descendus du maquis après des pourparlers entamés avec le gouvernement d'Abdelaziz Bouteflika, le pays a retrouvé une certaine accalmie.

Depuis 2000, les réserves en devises de l’Etat algérien ne cessent d’augmenter. Aujourd’hui, elles sont de l’ordre de 200 milliards de dollars (environ 162 milliards d'euros).

Mais concrètement, le pays peine à se développer, hormis quelques infrastructures, par exemple l'autoroute est-ouest (qui relie la ville de Maghnia à la frontière marocaine à El Tarf, à la frontière tunisienne).

Mauvais climat pour les affaires

Les dirigeants algériens, ceux de l’ombre comme ceux qui apparaissent dans les médias, ne sont pas compétents pour développer un secteur touristique, aussi névralgique, soit-il pour l’économie d’un pays.

Les gouvernements qui se sont succédé connaissent les causes de ce blocage, mais ne veulent pas apporter les solutions.

Il faut ajouter à cela «l’esprit jacobin» des responsables algériens. Jusqu’à présent, la majorité des hôtels étoilés sont propriétés de l’Etat.

Il suffirait d’ouvrir le marché au privé, qui, respectueux d’un cahier de charges qui réglemente les constructions, permettrait de voir le nombre de lits exploser. Cet immobilisme volontaire laisse des hommes d’affaires peu scrupuleux à corrompre. La corruption, banalisée, n’est plus un sujet tabou.

Tout le monde en parle, mais la justice algérienne n’ouvre pas d’enquêtes. Ceux qui refusent de jouer à ce jeu de pots-de-vin se voient pénalisés, tel que cet entrepreneur de Zérlada.

Il a ouvert un complexe touristique, avec piscines, salle de fête et gîtes. Refusant de donner le bakchich à des responsables locaux, son établissement est fermé sur ordre des autorités.

Une bureaucratie cinglante, un climat d’affaires douteux, aucune transparence, opacité absolue: le tourisme algérien ne peut décoller dans de telles conditions.

Souvenirs souvenirs

Pourtant, l’Algérie connaissait une intéressante activité touristique au cours des années 1970. Du balnéaire au culturel.

Dans le sud-est par exemple, des familles pouvaient même abriter des touristes. Ces derniers avaient non seulement l’occasion payer moins cher leur hébergement, mais profitaient aussi de la proximité avec des gens du pays pour connaître de plus près les traditions et la gastronomie locales.

«Je me rappelle, la majorité des familles de Biskra louaient leur maison au printemps venu. Il y avait des gens qui venaient de plusieurs pays. Des Français, des Allemands et des Anglais, notamment. On les emmenaient se promener dans les palmeraies», témoigne H’mida, infirmier à Biskra, âgé de 44 ans.

Aucune stratégie, gabegie, artisanat en étranglement, ce ne sont pas de beaux jours qui sont réservés au tourisme algérien, ni à la population. Une chose est sûre: le problème se situe au sommet de l’Etat, pas à la base.

Mehdi Bsikri (Blogueur et journaliste au quotidien algérien El Watan)

 

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Mehdi Bsikri

Mehdi Bsikri est blogueur et journaliste au quotidien algérien El Watan.

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