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Tunisie - La nouvelle vie secrète des anciens espions de Ben Ali

Voilà plus d’un an que Zine el-Abidine Ben Ali a quitté la Tunisie pour l’Arabie Saoudite. Si certains de ses proches l'ont suivi, beaucoup de ses anciens collaborateurs, hommes de main et autres agents de sécurité sont restés au pays, obligés de changer d’identité et d’oublier leur ancienne vie.

Un reportage publié sur le site américain The Atlantic pose à juste titre la question suivante:

«Le président Ben Ali a quitté le pays en janvier 2011. Mais qu’est-il advenu des centaines d’agents de la police secrète laissés derrière lui?»

John Thorne, l’auteur de l’article, raconte son expérience de reporter en Tunisie, avant et après la Révolution. Et du temps de Ben Ali, il n’y a pas eu une journée sans que le journaliste ne soit suivi par des agents de sécurité du gouvernement. Il raconte:

«Une fois que vous avez identifié un agent tunisien, vous vous souviendrez de lui (…) Vous apprenez à remarquer qui traîne régulièrement devant votre hôtel, vous mémorisez les visages croisés dans le train, et qui observe la rue en faisant semblant de refaire son lacet.»

Lors de l’élection présidentielle de 2009, Thorne était à Tunis pour couvrir l’évènement. C’est à cette époque qu’il a fait la connaissance d’un des espions chargé de le suivre. Las d’être la cible d’une filature, il était directement allé à la rencontre de l’agent de sécurité en question:

«Ecoutez, vous et moi sommes condamnés à passer nos journées ensemble, alors j’aimerais me présenter. Mon nom est John. Et vous?»

L’espion lui donna son nom, se montrant assez réservé sans non plus être fermé à la conversation. Il montra au journaliste la photo d’un enfant sur son téléphone portable:

«Mon fils, dit-il en souriant. Mon premier.»

La révolution est passée par là depuis, et les anciens espions du dictateur ont dû se fondre dans la masse, se refaire une nouvelle vie. Personne ne sait vraiment ce que sont devenus tous ces agents, mais la plupart sont toujours en Tunisie.

Le hasard a voulu que John Thorne rencontre son «ancien espion» il y a peu, lors d’une réunion ministérielle à Tunis. Bien sûr, ce dernier a fait semblant de ne pas le reconnaître, et s’est esquivé rapidement. Le journaliste l'a très bien compris: les anciens hommes de main de Ben Ali ne sont pas en odeur de sainteté dans le pays:

«Avoir été au service de Ben Ali est un grand déshonneur aujourd’ui en Tunisie. Les gens vous méprisent. Et certains veulent se venger. J’imagine qu’il doit avoir honte ce qu’il a fait dans le passé, et peut-être a-t-il peur qu’on le reconnaisse.

Je sais seulement qu’il m’a espionné. Qu’a-t-il pu faire d’autre? La Tunisie est libre aujourd’hui, mais je doute que lui le soit.»

Lu sur The Atlantic

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