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Dioncounda Traoré, lors de son investiture à Bamako, le 12 avril 2012, REUTERS/Stringer
Dioncounda Traoré, lors de son investiture à Bamako, le 12 avril 2012, REUTERS/Stringer

Mali: l'interminable exil du président

Le grand retour de Dioncounda Traoré à Bamako est annoncé de façon récurrente. Mais cela pourra-t-il se faire sans dommages?

Le président de la transition malienne est à nouveau au cœur de la controverse. Ses partisans réclament son retour au pays.

Mais, les conditions d’un tel retour sont-elles garanties? Et si retour il y a, cela ne provoquerait-il pas une nouvelle levée de boucliers des pro-putsch?

Sécurité non garantie

Dans tous les cas de figure, on voit bien que le cas Dioncounda pose problème. La Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) a beau vouloir le replacer au centre du pouvoir au Mali, l’évidence est là: le président de la transition est très affaibli politiquement.

Par quel miracle peut-on faire de lui un chef d’Etat accepté et respecté des Maliens après l’humiliation qu’il a subie?

Pour le moment, en tout cas, rien ne permet d’être optimiste sur une reprise en main des choses au Mali par Dioncounda Traoré. Il y a d’abord la question sécuritaire que la Cédéao a du mal à régler.

Le Premier ministre, sans doute inspiré par sa muse secrète qu’est l’ex-putschiste Amadou Sanogo, a vite fait de couper l’herbe sous les pieds de l’institution sous-régionale. Il a ainsi promis que le Mali assurera lui-même la sécurité de ses institutions, à travers une Force spéciale de 1.200 hommes. Belle initiative, s’il en est.

Mais, on peut douter que ce corps d’élite, même placé sous la responsabilité directe du Premier ministre, suffise à rassurer Dioncounda Traoré.

Du reste, on attend toujours de voir cette force à l’œuvre.

Le gouvernement d’union, solution miracle?

Pendant ce temps, la Cédéao est pieds et poings liés, incapable qu’elle est, non seulement d’avoir un mandat onusien pour intervenir, mais aussi le feu vert du gouvernement malien.

Reste le gouvernement d’union nationale. C’est la seule bouée à laquelle s’accrochent la Cédéao et surtout le président de la transition.

Mais là aussi, sauf miracle, cette équipe sera difficile à mettre sur place avant le 31 juillet 2012, date butoir fixée par la Cédéao et l’Union africaine.

On sait que la Cédéao fonde ses espoirs sur ce nouvel exécutif qui serait plus légitime car plus représentatif des forces politiques et sociales maliennes.

La mise en branle d’une nouvelle feuille de route comprenant la libération du Nord et l’organisation d’élections se fera dès lors.

Mais au vu des graves dissensions qui persistent au sein de la classe politique, on se demande si ce gouvernement règlera tout comme par enchantement.

Il faut craindre en effet que certains esprits ne trouvent d’autres moyens pour entraver le nouveau processus de sortie de crise.

Soit parce qu’ils n’y trouvent pas leur compte, soit parce qu’ils sont instrumentalisés par une main invisible.

Dioncounda ne peut plus avoir confiance en l’armée

Le rôle des militaires demeure capital. Le capitaine Sanogo, dont la Cédéao a tenté de réduire la capacité de nuisance, est à surveiller de près.

Car, en dépit de toutes les mesures prises pour le museler, il reste l’homme fort de Bamako. Ce ne sont pas les journalistes agressés ces derniers temps par des hommes armés qui diront le contraire.

En tout cas, tant qu’une force armée républicaine et neutre ne sera pas en place à Bamako, c’est toujours Sanogo qui tirera les ficelles de la transition.

Et on se demande dès lors, de quels moyens régaliens disposerait le président Dioncounda Traoré, s’il s’avisait de rentrer au bercail.

Entre lui et les forces de sécurité maliennes, il y a désormais une crise de confiance. La Cédéao n’a pas non plus le feu vert pour mettre pied à Bamako.

Autant dire que le Mali risque encore longtemps d’avoir son président en exil, sauf si ce dernier se décide à jeter l’éponge.

Mahorou Kanazoé (Le Pays)

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