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Elections en RDC: incendie dans un dépôt de la commission électorale

A dix jours d'élections sous haute tension en République démocratique du Congo, un incendie s'est déclaré dans la nuit de mercredi à jeudi dans un entrepôt de la commission électorale à Kinshasa où l'opposition se pose déjà la question: "à qui profite le crime?"

Cet incendie, d'origine criminelle selon les autorités, s'est produit alors que la campagne pour les scrutins du 23 décembre était rattrapée par la violence.

Le feu a endommagé du matériel électoral dont des "machines à voter", a déclaré le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Corneille Nangaa.

Ces machines sont devenues l'un des enjeux de la campagne et des élections. Une partie de l'opposition refuse l'utilisation le jour du vote de ces écrans tactiles qui doivent permettre aux électeurs de choisir leurs candidats et imprimer leur bulletin de vote.

A 04h20 (03H00 GMT), appel téléphonique d'une source dans l'entourage du président Joseph Kabila, qui doit quitter le pouvoir à l'issue de ces élections auxquelles il ne peut se présenter, un incendie ravage un grand entrepôt de la Céni en plein centre-ville de Kinshasa.

Sur place au lever du jour, une épaisse fumée noire était visible à l'intérieur d'une enceinte où la presse n'a pas le droit d'entrer.

La chaussée n'est pas encore coupée. Des pompiers, policiers, militaires et la garde républicaine entrent ou stationnent devant la parcelle. On voit même un camion des Nations unies.

L'incendie "s'est déclaré vers 02h00 du matin (01H00 GMT)", a ajouté le président de la Céni.

"Il y a eu beaucoup d'explosions sourdes entre trois et quatre heures", a précisé à l'AFP une habitante de cette zone huppée et sécurisée de la commune de la Gombe.

L'entrée de la parcelle donne sur l'avenue "Haut-commandement", qui doit son nom à la présence toute proche de l'Etat-major de la première zone de défense et du plus grand camp militaire du pays, le camp Kokolo.

Dans un communiqué, la Céni a rassuré "les électeurs de la poursuite du processus électoral" et s'en remet aux "enquêtes en cours" pour déterminer l'origine de l'incendie "ainsi que l'ampleur des dégâts".

"Les indices tendent à démontrer qu'il s'agit d'un incendie d'origine criminelle", a déclaré à des journalistes dont l'AFP le ministre de l'Intérieur Henri Mova.

"Une enquête est ouverte par la police", a ajouté le porte-parole du gouvernement Lambert Mende. "Le feu est parti simultanément de deux points", a-t-il ajouté.

- "A qui profite le crime ?" -

L'incendie intervient alors que plusieurs personnes ont été tuées mardi et mercredi en marge des déplacements dans le Katanga du candidat d'opposition Martin Fayulu, qui rejette l'utilisation des machines à voter.

"A qui profite le crime?", s'est interrogé sur Twitter l'un de ses soutiens au sein de la coalition Lamuka, Olivier Kamitatu.

"Tous les Congolais savent que les entrepôts #CENI sont gardés par la GR (Garde républicaine) de triste réputation et la police", a poursuivi M. Kamitatu, ex-ministre du président Kabila jusqu'en 2015.

"Honte à ce régime #Kabila qui joue au Ponce Pilate, se lave les mains et verse des larmes de crocodile sur la perte du matériel d'une élection qu'il sait perdue d'avance !", a-t-il ajouté.

"Comment un dépôt aussi important, comment du matériel aussi important, peuvent être laissés ainsi à l'abandon, sans surveillance et être même incendiés?", s'est interrogé l'autre grand candidat de l'opposition Félix Tshisekedi, joint par l'AFP.

Il a mis en garde "le régime en place". "Depuis un certain temps, nous avons remarqué une montée de tensions dans le pays, manifestement destinée à raviver les passions", a-t-il ajouté.

M. Tshisekedi accepte les élections "avec ou sans" les machines à voter.

Les élections présidentielle, législatives et provinciales du 23 décembre doivent désigner le successeur du président Kabila, à qui la Constitution interdit de briguer un troisième mandat.

Un peu plus de 40 millions d'électeurs ont été enregistrés dans le plus grand pays d'Afrique centrale qui n'a jamais connu de transition pacifique du pouvoir.

AFP

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