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Afrique du Sud - Le pistolet qui valait 2 millions

La première arme symbolique de la fin de l’apartheid reviendra-t-elle un jour entre les mains de son propriétaire?

Rien n’est moins sûr, pour ce pistolet Makarov caché par Nelson Mandela avant d’être emprisonné en 1963, objet depuis des dizaines d'années de toutes les convoitises.

Le musée de Liliesleaf Trust est en pleine négociation pour rendre à la nation cet artefact «pris en otage» par son actuel propriétaire. L’association rend quotidiennement hommage aux héros de la lutte contre l’apartheid et réhabilite de nombreux lieux symboliques, notamment liés à l'ANC (African National Congress, le parti politique de Mandela).

Le 16 mars 2011, le quotidien britannique Guardian revenait sur l’histoire de ce «Saint Graal» du pays qu'on surnomme la nation arc-en-ciel.

A l’origine, l’arme semi-automatique avait été offerte à celui qu'on appelera plus tard «le père de la nation» par un colonel de l’armée éthiopienne, à l’époque sous les ordres de l’empereur Haile Sélassié.

A son retour à la ferme de Liliesleaf, le QG secret de l’aile armée de l’ANC à Rivonia (Johannesburg) en juillet 1962, Mandela y cache l’arme ainsi que des munitions dans le jardin de la propriété. Il est arrêté peu de temps après pour être finalement jugé en 1963 au tribunal de Rivonia.

En 2003, soit 13 ans après la libération de Mandela, Nicholas Wolpe, directeur général du musée Liliesleaf Trust, est revenu dans la propriété pour constater que la partie du jardin où l’arme devait toujours être enterrée appartenait désormais à la maison voisine.

Le propriétaire, Al Leenstra, avait initialement réclamé la somme de 265.000 livres (305.000 euros) pour la restitution de l'arme, puis avait revu son offre à la hausse. Une véritable «prise d’otage» dénoncée par Wolpe:

«Le propriétaire est revenu sur sa décision et fait preuve d’avidité, surtout après avoir réalisé qu’il y avait beaucoup à gagner. Il a donc commencé à profiter de la situation. C'est dommage qu’il ait adopté une telle attitude, agressive et égoïste […]. C’est très triste et décevant car nous aimerions beaucoup retrouver cette arme pendant que Mandela est encore en vie»

Aujourd'hui, le pistolet est estimé à 1,9 millions de livres (soit 2,2 millions d'euros). Al Leenstra assure, par avocats interposés, «avoir proposé une offre de vente à un prix raisonnable», mais que «la fondation déforme les faits pour faire vibrer la corde sensible des gens».

Lu sur le Guardian, Times Live