SlateAfrique

mis à jour le

Pourquoi la pandémie du sida se féminise en Afrique

«En Afrique, 60% des personnes infectées sont des femmes», rapporte le quotidien français La Croix.

A l'occasion de la conférence internationale contre le sida, AIDS 2012, qui s’est ouverte le 22 juillet à Washington, les femmes africaines entendent bien médiatiser ce problème.

Le premier cas de sida affectant une Africaine fût diagnostiqué en 1982.

«Il aura fallu attendre les années 1990 pour que l’on prenne conscience de l’émergence, au Sud, d’une épidémie galopante et largement féminisée», rapporte le correspondant de La Croix à Washington, Pierre Bienvault.

Ce qui est vrai pour le continent africain ne l’est pas pour le reste du monde. Car, si parmi, les 34 millions d'individus infectés, on compte autant de femmes que d’hommes, il en va tout autrement en Afrique.

L’Onusida enfonce le clou:

«Dans certains pays (africains), les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans ont huit fois plus de risques que les jeunes hommes d’être séropositives.»

La vulnérabilité des femmes face à la pandémie est telle que le sujet s’impose désormais dans les conférences internationales dédiées au sida.

Et pour cause, «lors d’un rapport sexuel, on estime que le risque de transmission du virus est environ deux fois plus élevé de l’homme à la femme que dans le sens inverse», rapporte la Croix.

Une vulnérabilité causée par des facteurs autant biologiques que sociaux.

«L’appareil génital féminin présente en effet une plus grande surface de muqueuses exposées aux sécrétions sexuelles et aux microdéchirures, pouvant faciliter la transmission du virus», explique le quotidien français.

Mais les causes de cette surcontamination sont aussi sociales.

 «Dans la grande majorité des cas, les femmes sont contaminées dans le cadre du mariage. Leurs maris ont souvent plusieurs partenaires mais elles n’ont pas le moyen d’imposer l’abstinence ou de négocier l’usage du préservatif»,  constate Jeanne Gapiya, cofondatrice de l’association nationale de soutien aux séropositifs et malades du sida au Burundi.

Alice Desclaux, anthropologue basée à Dakar, fait part d’un autre type de discrimination, liée à la maladie. Celle qui touche les «veuves du sida»

 «Il s’agit des femmes dont le mari est mort de la maladie. Souvent, elles sont mises à l’écart de façon très brutale par leur famille et se retrouvent dans des situations de très profonde détresse», affirme-t-elle à la Croix.

Mais les femmes africaines s’organisent. Fer de lance de la lutte contre le VIH, elles sont largement plus présentes dans les programmes d’accès aux traitements que les hommes.

Car en Afrique, les femmes apprennent souvent leur séropositivité au moment de leurs grossesses. Et «accèdent aux soins par le biais des programmes “mère-enfant”, visant à éviter la transmission du virus à la naissance», informe La Croix.

Lorsque le bébé est contaminé, c’est encore et toujours la femme qui s’occupe des soins.

«Les soins et l’accompagnement des enfants vivant avec le VIH sont essentiellement une affaire de femme », rapporte l’anthropologue Fabienne Hejoaka à La Croix.

Si les femmes séropositives sont de plus en plus nombreuses à témoigner de leurs conditions, le sujet reste tabou.

Un sujet d’autant plus délicat à aborder qu’il se confronte forcément à un autre problème, celui de la quasi absence de femmes dans les institutions africaines.

 «Le problème est que ces politiques que nous interpellons sur le sida sont quasiment toujours des hommes», constate Jeanne Gapiya.

Lu sur La Croix

 

A lire aussi

Sida: les mauvaises nouvelles qui viennent d'Afrique

Lutte-t-on vraiment contre le Sida en Afrique?

Les travailleurs du sexe montent au front contre le sida