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Le président ghanéen John Atta-Mills, à Yamoussoukro en Côte d'Ivoire, 7 avril 2009, REUTERS/Luc Gnago
Le président ghanéen John Atta-Mills, à Yamoussoukro en Côte d'Ivoire, 7 avril 2009, REUTERS/Luc Gnago

Atta-Mills, ce progressiste que les Ghanéens regretteront

Le président ghanéen, décédé en fonction, est salué pour avoir consolidé la démocratie et conforté la croissance économique dans son pays.

Mise à jour du 10 août 2012: Les trois jours de funérailles nationales qui ont commencé le 8 août au Ghana pour l'ex-président du Ghana John Atta Mills, mort de maladie le 24 juillet s'achèvent aujourd'hui. Il a été inhumé en présence de nombreux dignitaires étrangers dont Hillary Clinton.

***

«Un Ghanéen qui a servi la nation aussi bien à titre privé qu’en tant qu’académicien, vice-président puis, enfin, président.»

En peu de mots, le parcours de John Evans Atta-Mills, décédé le 25 juillet 2012, à Accra, la capitale ghanéenne est sobrement résumé.

Un homme politique patient

Cet hommage, rapporté par la Ghana News Agency, vient du leader de… l’opposition, Ivor Kobina Greenstreet, secrétaire général du Parti de la convention du peuple, qui détenait le pouvoir entre 2000 et 2008, avant de sacrifier à la loi de l’alternance.

Le message de condoléances  du principal parti de l'opposition envoyé à la Première dame du Ghana et à la famille du défunt, se veut même apologétique:

«Un chêne de plus vient de tomber dans l’inépuisable forêt des forces progressistes.»

Sur le même ton, les messages des partis que rapporte la presse ghanéenne se suivent et se ressemblent.

Au Togo voisin, le média en ligne Afriscoop regrette que la belle aventure politique d’un homme qui avait su attendre avec patience son heure, n’ait pas pu se poursuivre:

«Après avoir été pendant de longues années le principal lieutenant de John Jerry Rawlings —architecte de la démocratie ghanéenne—, le professeur Atta-Mills n’aura passé qu’un mandat à la tête de son pays, alors même qu’un second lui était presque assuré. (…) Il apparaissait comme la force tranquille.»

Et le Web quotidien d’évoquer le bilan du désormais ancien président ghanéen:

«Le candidat du NDC (Congrès national démocratique) à la présidentielle de 2008 laisse derrière lui un pays dont la croissance devrait devenir exponentielle dans les années à venir, loin des démons politiques de l’Afrique de l’Ouest…»

Un ami de Laurent Gbagbo

La presse ivoirienne, qui garde encore le souvenir vivace de la crise postélectorale qui a meurtri le pays, est moins élogieuse.

Elle en veut toujours au dirigeant de n’avoir pas joué le rôle déterminant auquel il pouvait prétendre en tant que puissant voisin.

«Celui qui s’apprêtait à entrer en campagne pour les élections de décembre était très connu du public ivoirien. En effet, le défunt homme fort du Ghana était un ami de l’ancien président, Laurent Gbagbo,  rappelle le journal Le Patriote

Et quand la crise postélectorale en Côte d’Ivoire a éclaté, il avait observé une position assez floue entre les deux parties. Avec son décès, les caciques de l’ancien régime réfugiés viennent de perdre un soutien de taille, voire leur protecteur.»

Même son de cloche du côté du Burkina Faso où le quotidien national Le Pays estime que cette attitude a constitué un faux pas diplomatique, ou, à tout le moins, un manque de courage en matière de politique étrangère:

«La seule tache au tableau de John Atta-Mills fut son attitude ambiguë dans la crise ivoirienne. Très proche de l’ex-président Laurent Gbagbo, il s’était clairement désolidarisé des positions de la Cédéao. L’institution ouest-africaine, prônait l’usage de la force légitime pour installer Alassane Ouattara au pouvoir.»

Bon gouvernant dans l'ensemble

Ce qui n’empêche pas le journal burkinabè d’admirer que le juriste et universitaire ait su assurer la continuité, en maintenant son pays sur les bons rails, aussi bien sur le plan politique qu’économique:

«Ce démocrate bon teint arrivé au pouvoir en décembre 2008 par les urnes (…) a poursuivi avec brio l’œuvre de développement économique de son prédécesseur. Dans la sous-région ouest-africaine, le Ghana passe en effet pour un pays qui se distingue des autres par sa stabilité, le bon fonctionnement de ses institutions démocratiques et son économie florissante. C’est un modèle de ce que doit être l’émergence.»

Une réussite exemplaire qui, certes, n’est pas seulement due à un homme mais à tout un système qui permet au Ghana de s’autogouverner en quelque sorte.  

«La force de la démocratie dans ce pays repose sur le poids des institutions», rappelle le site GuinéeConakry.info qui reconnaît qu’Atta Mills a achevé d’y installer «une solide gouvernance».

«L’exception ghanéenne a été tellement remarquée, —une presse libre, un Etat de droit émergent, une gestion rationnelle de l’économie en croissance— qu’en juillet 2009, le président Obama choisit le pays d’Atta Mills le social-démocrate comme unique pays africain visité, se remémore Adam Thiam éditorialiste du quotidien malien Le Républicain.

Prouvant que la réputation du Ghana n’est pas surfaite, le président disparu a été immédiatement remplacé par le vice-président (John Dramani Mahama). Dans nombre de Gondwana africains, il y aurait déjà eu un putsch», conclut-il

Autrement dit: le président est mort, vive la démocratie.

Abdel Pitroipa

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Abdel Pitroipa est journaliste à SlateAfrique

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