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JO 2012 - Le cyclisme pour dépasser le génocide rwandais

De la résilience par le sport. C’est l’expérience qu’a fait Adrien Niyonshuti, «premier cycliste tout terrain à représenter le Rwanda aux Jeux Olympiques», rapporte le site d'information hollandais RNW.

Pour Adrien Niyonshuti, pédaler est une nécessité. Presque vitale. Sans cette activité, explique RNW, «les mauvais souvenirs reviennent». Ceux du génocide rwandais, qui décima, d’avril à juillet 1994, plus de 800.000 Rwandais.

Parmi ces victimes, ses six frères. Et parmi les souvenirs, certaines phrases, qui résonnent encore dans sa mémoire: «On va tous vous brûler vifs».

A 7 ans, le jeune homme qui en a désormais vingt-quatre, s’enfuit dans la forêt avec son père, comme de nombreux Tutsi. Des Hutus les accueillent. Mais leur cachette sera dévoilée au bout de quelques semaines.

Des miliciens hutus les retrouvent, armés de bidon d’essence. Hommes, femmes et enfants seront séparés.  

«C’est à ce moment-là qu’Adrien entendit les mots qui ne cessent de le hanter: "On va vous brûler vifs», rapporte RNW.

Par chance, l’armée tutsi arrivera juste à temps pour les sauver.

Mais Adrien Niyonshuti est traumatisé. C’est le cyclisme qui le guérira.

 «Je me mets à pédaler et les souvenirs s’en vont», explique-t-il simplement à NRW.

  Stringer . / Reuters

Dans le pays des «mille collines», le cyclisme n’est pas une évidence. Pourtant, ce moyen de transport est privilégié par les Rwandais, souligne RNW :

«Bien qu’il n’y ait pratiquement pas un centimètre qui soit plat, le vélo est un moyen de transport important. Dès l’aube jusque tard le soir, les vélos descendent les collines à toute vitesse.»

C’est donc tout naturellement qu’Adrien Niyonshuti s’initie au vélo. Avec succès.

Il y a cinq ans, il entre dans l’équipe nationale de cyclisme. Depuis, le jeune rwandais s’entraîne en Afrique du Sud. S’il pratique le vélo de course, c’est dans la discipline du vélo tout-terrain (VTT) qu’il représentera son pays aux Jeux Olympiques de Londres.

Le jeune homme sait que la concurrence sera rude. Lui, veut seulement terminer parmi les trente meilleurs cyclistes.

«Mon principal objectif est de placer le Rwanda sur la carte comme étant un pays de cyclistes qualifiés et non pas uniquement comme le pays du génocide.»

Si Adrien Niyonshuti est désormais une star nationale au Rwanda, le jeune homme continue de vivre modestement.  

«Il a utilisé l’argent qu’il a gagné pour rénover la maison de sa mère et la connecter à l’eau et à l’électricité, qui ne sont pas des équipements standard au Rwanda. Il veut tout d’abord s’occuper de sa famille, ensuite de lui-même», rapporte RNW.

Mais devenir célèbre en venant d’une famille pauvre n’est pas chose aisée.

«Quand je suis chez ma mère, les gens passent pour me demander si je peux les aider à payer l’hôpital ou autres dépenses. Ils pensent que je touche de l’argent gratuitement. Mais je travaille dur», assure-t-il à RNW.

Lu sur RNW

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