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Somalie - Cherche 200 millions d'euros de fonds publics portés disparus

Cherche les 238 millions de dollars (environ 200 millions d’euros) «égarés» par le gouvernement somalien…

Un rapport officiel publié en exclusivité sur le site du East African nous apprend que «les gouvernements qui se sont succédés en Somalie n’ont pas répertorié sur leurs comptes publics près de 238 millions de dollars, la majeure partie de ce qui constituait une aide bilatérale» initialement octroyée par des pays arabes: Arabie Saoudite, Soudan, Qatar, Libye, Koweït…

L’auteur du rapport,  Abdirazak Fartaag —ancien responsable somalien des Finances publiques de 2009 à 2011—, a étudié les comptes de l’Etat sur la période 2000-2011 afin de mettre en lumière la mauvaise gestion et surtout le détournement de fonds opérés dans les hautes sphères de l’administration.

En mai dernier, un rapport rendu par la Banque Mondiale (BM) affirmait que le gouvernement n’avait pas intégré dans ses comptes publics une somme de 130 millions de dollars (110 millions d’euros) comprenant des recettes et des dons reçus entre 2009 et 2010.

«Le gouvernement a prélevé au moins 94 millions de dollars de recettes en 2009 (77 millions d’euros), mais n’en a signalé que 11 millions (9 millions d’euros)(…) En 2010, le gouvernement a fait 70 millions de dollars de recettes (60 millions d’euros) et n’en a publié que 22 millions (18 millions d’euros)», précise le East African.

Le président somalien Sheikh Sharif Ahmed s'est dédouané de toute responsabilité dans cette «disparition» de fonds public:

«Cet argent n’est jamais arrivé en Somalie et se trouve sans doute dans les poches d’autres personnes.»

Pour Fartaag, le problème vient des institutions provisoires de l’Etat qui ont conservé une culture de l'opacité dans l’utilisation des deniers publics:

«Les dirigeants ont l’un après l’autre affiché leur faiblesse, leur fragilité et le possible effondrement du régime comme un leurre pour pouvoir bénéficier du plus d’assistance étrangère possible. C’est pourquoi la corruption, le détournement de fonds et la fraude ne sont pas les symptômes d’une mauvaise gestion, mais sont en réalité les bases du système actuel de gestion.»

De nouvelles mesures devraient bientôt être prises pour mieux contrôler les cordons de la bourse, et utiliser les fonds publics à bon escient, c’est-à-dire à la reconstruction du pays. Ce qui, selon Fartaag, aurait dû (et pu) être initié depuis bien longtemps:

«Si cet argent mal géré et détourné avait été utilisé pour construire des écoles,  des hôpitaux, et réhabiliter les infrastructures de l’Etat, la Somalie ne saurait dans la situation difficile qu’elle connaît aujourd’hui. J’ai fait ce rapport car il est temps de mettre définitivement terme à l'accaparement des fonds publics.»  

Lu sur The East African

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