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Scène de marché en Tunisie, le 20 juillet 2012. Zoubeir Souissi / Reuters
Scène de marché en Tunisie, le 20 juillet 2012. Zoubeir Souissi / Reuters

Algérie: la chasse aux non-jeûneurs va-t-elle recommencer?

La Constitution algérienne ne prévoit aucune sanction contre ceux qui refusent d’observer le jeûne du ramadan. Mais les juges savent imposer leurs interprétations de la loi, afin de contenter le conservatisme ambiant. Plusieurs Algériens en ont déjà fait les frais. L’un d’entre eux passe son deuxième ramadan en prison.

Mise à jour du 26 juillet 2012: Une patrouille de police dans la région de Beni Douala ( Tizi Ouzou) a interpellé et roué de coups un jeune homme pour non observance du ramadan, rapporte le site Le Matin DZ.

***

«Je ne jeûne pas depuis des années, avoue Hamid, 32 ans, agent publicitaire à Alger, qui a pris un bon petit déjeuner avant de sortir de chez lui ce matin. Ça m’énerve beaucoup de devoir me cacher mais je n’ai pas le choix

Ce jeune Algérois a trouvé la parade pour vivre son ramadan en toute liberté: il se réfugie à l’hôtel El Djazair (ex-Saint Georges), un grand hôtel régi par les normes internationales, où Hamid peut boire et manger à sa faim sans prendre le risque de se faire arrêter.

Il faut en avoir les moyens. Hakim, 29 ans, en est loin. Il est ouvrier de chantier. Il ne fera pas carême cette année mais résistera à la chaleur et à la fatigue. Il ne mangera pas une miette et ne boira pas une goutte en dehors de chez lui.

«Pas question de se faire remarquer ou de prendre le risque de se faire arrêter par les flics», assure-t-il.

On les regarde de travers, on les traite d’impies, on leur fait la morale, on les admire parfois (mais toujours secrètement) pour le courage qu’ils ont de s’assumer, mais les non-jeûneurs restent globalement mal vus en Algérie. Et ça ne s’arrête pas là.

Conservatismes et intolérance

Les non-jeûneurs sont également traqués et arrêtés par la police pour être, ensuite, sanctionnés par la justice, parfois même emprisonnés. Farès Bouchouata, 29 ans, s’apprête à passer son deuxième ramadan en prison pour avoir osé, un certain 7 septembre 2010, manger et fumer dans un coin ombragé d’Oum El Bouaghi, une ville de l’est du pays.

C’est son deuxième et dernier ramadan derrière les barreaux, il devrait être libéré bientôt. Son procès avait marqué les esprits en 2010. Une année particulièrement éprouvante pour les non jeûneurs.

Si en 2011, les autorités algériennes ont été clémentes avec les non-jeûneurs qui osent s’afficher en public (ils restent rares), —certainement pour ne pas jeter encore plus d’huile sur le feu des immolations, émeutes, grèves et autres actions de contestation qui ont marqué cette année de révolte— en 2010 la justice algérienne avait sévèrement réprimé les non-jeûneurs.

On s’en souvient, près de quinze personnes avaient été jugées pour «atteinte à l’Islam», dont Farès Bouchouata le jeune «chaoui» qui a écopé de deux années de prison ferme. La Constitution algérienne garantit la liberté de culte et ne prévoit aucune sanction contre ceux qui refusent d’observer le jeûne, l’un des cinq piliers de l’Islam.

Mais les juges savent jouer avec les articles de loi pour imposer des interprétations qui contentent le conservatisme ambiant.

Pour faire pressions sur les non-jeûneurs, les juges jouent avec l’ambiguïté de l’article 144 bis 2:

«Est puni d’emprisonnement quiconque offense le Prophète et les envoyés de Dieu, ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam

L'ambiguïté de la loi

Ne pas jeûner peut-il constituer une atteinte à l’islam? Quelles sont les limites de l’offense et quelles sont celles de celui qui décide de ce qui en est une? L’intolérance envers les non-pratiquants au nom de l’islam ne serait-elle pas la meilleure manière de dénigrer l’islam?

Des questions que la justice algérienne refuse de se poser. Les policiers, encore moins. Ainsi, en plein mois d’août de ce fameux ramadan 2010, une dizaine de personnes avaient été surprises autour d’un repas copieux en plein midi dans une gargote à Tizi Ouzou (Kabylie).

Deux ouvriers avaient été également pris en flagrant délit de «pique-nique» dans un chantier privé, à la même période de cet été 2010, toujours en Kabylie.

Arrestations, brimades et procès pour tous. Les procureurs requièrent des peines d’emprisonnement allant de deux à trois ans. Après une très forte mobilisation de citoyens et de militants de droits de l’homme, ils seront tous relaxés.

Trois semaines plus tard, Farès Bouchouata, n’aura pas la même chance. Ce jeune homme de 29 ans avait été arrêté par la police pour avoir fumé une cigarette et grignoté dans un petit coin ombragé de la ville.

Le jeune homme qui résiste à l’arrestation est quand même conduit au commissariat où il aurait été battu, selon le témoignage de sa famille et de son avocat. Il a, à peine, le temps de se remettre de ses blessures qu’il doit déjà face au procureur de la République.

Il écope de deux ans de prison ferme. La sentence crée la stupeur mais personne n’ose réellement s’indigner. Farès devient le premier Algérien à faire de la prison pour n’avoir pas observé le jeûne et ce dans la plus grande indifférence.

Sera-t-il le dernier? Peut être. Justement parce qu’il aura servi d’exemple à ne pas suivre. Ou pas. On peut toujours s’attendre à pire avec la justice algérienne. ramadan 2012, J+3, la chasse aux non jeûneurs va-t-elle recommencer?

Fella Bouredji (Critique littéraire et journaliste au quotidien algérien El Watan)

 

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