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David Rudisha lors de son passage à Paris © Stéphanie Trouillard
David Rudisha lors de son passage à Paris © Stéphanie Trouillard

David Rudisha, le guerrier massaï des stades

Champion du monde sur 800 mètres et détenteur du record du monde, le Kényan David Rudisha sera l’une des attractions des Jeux olympiques de Londres. Le leader incontesté de cette discipline tire sa force de sa culture. Il fait partie de la tribu des Massaï.

Mise à jour du 10 août: David Rudisha a fait coup double jeudi soir à Londres. Le Kényan a remporté la médaille d’or dans l’épreuve du 800 mètres, tout en battant son record du monde. Le guerrier massaï a bouclé les deux tours en 1’40’’91. Soit dix centièmes de moins que son ancien record. Il devient le premier homme à passer sous la barre des 1’41.  

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En franchissant la ligne d’arrivée, David Rudisha n’affiche qu’un très léger sourire. Le coureur vient pourtant de remporter magistralement le 800 mètres du meeting Areva. Le Kényan a littéralement effacé ses adversaires en réalisant la meilleure performance mondiale de l’année en 1'41"54. Il a devancé de plus de quatre secondes l'Espagnol Antonio Reina (1'45''62) et le Kényan Alfred Yego (1'45''58). Mais David est déçu. Malgré l’aide de son compatriote Sammy Tangui, qui a joué le rôle du lièvre dans la première partie de la course, il a échoué dans sa tentative de surpasser son propre record du monde établi il y a deux ans (1'41"01).

«Avec des conditions climatiques parfaites, je l'aurais battu, ce record du monde. Ce n'était pas possible, à cause de la piste trempée», se justifie-t-il en quittant le Stade de France.

Fier de ses origines

Vidéo de son record du monde

Si sur la piste, l’athlète est un combattant assoiffé de victoires et de records, en dehors il paraît bien inoffensif. Lors de la série d’interviews qui précède le meeting, ce grand bonhomme de 1m90 est détendu. Il s’exprime d’une voix douce, presque inaudible. «Il n’est pas timide. Il parle de cette matière car c’est une façon de montrer du respect aux gens», explique James Templeton, son manager depuis 2005.

«Il vient d’une tribu où les gens sont vraiment très calmes. Les Massaï savent garder le contrôle de leurs émotions».

Dans le sang de David coule un héritage ancestral. Le sportif est né en 1988 à Kilgoris, une petite ville dans la vallée du Rift au Kenya. La majorité de la population de la région fait partie de l’ethnie des Massaï.

«C’est l’une des tribus qui reçoit le plus de visite de gens du monde entier, parce que nous sommes l’un des peuples qui a le mieux réussi à préserver ses traditions. Je suis fier d’être un Massaï, car nous sommes des gens vraiment très différents, nous vivons avec les animaux dans le parc, comme les lions ou les éléphants», décrit le coureur, avec beaucoup d’humilité.

Le champion du monde du 800 mètres est désormais le plus célèbre représentant de cette communauté d’éleveurs et de semi-nomades. En 2010, lorsqu’il a brisé pour la première fois le record du monde de la discipline, il a été accueilli en héros par des centaines de personnes drapées dans le costume traditionnel en étoffe rouge et à carreaux:

«Quand tu grandis, il y a une initiation pour devenir un guerrier. Quand ils ont pensé à préparer ma cérémonie, je n’étais pas là-bas, j’étais en train de courir pour battre le record du monde. Quand ils en ont entendu parler, ils étaient vraiment heureux. Quand  je suis revenu, ils ont donc préparé une grande célébration, ils ont sacrifié un troupeau et ils m’ont nommé guerrier Massaï».

Un honneur qui est d’habitude réservé à celui qui réussit à tuer un lion…

La ville de Kilgoris est pourtant habituée aux exploits. Dans sa jeunesse, David a suivi les performances de l’un de ses voisins Billy Konchellah, double champion du monde sur 800 mètres dans les années 90. Mais le sportif qui a le plus influencé son parcours est son père Daniel. Il fut le premier Massaï à participer à des Jeux Olympiques. En 1968 à Mexico, il remporta même l’argent sur le relais 4X400 mètres.

«Cela m’a vraiment inspiré. Je savais que mon père était un athlète et que j’avais les mêmes gènes et que j’avais la capacité de devenir un grand champion dans le futur. Déjà quand j’étais tout petit, j’aimais le sport et j’étais très actif à l’école».

Objectif or

Conscient de son patrimoine familial, il se lance avec intensité dans l’athlétisme. En 2005, il se fait remarquer en se classant 2ème du 400 m des Championnats juniors d’Afrique de l’Est. Il y fait la rencontre du célèbre entraîneur irlandais, Colm O’Connell, qui a déjà formé des stars comme Wilson Kipketer (Trois fois champion du monde du 800 mètres) et Peter Rono (Champion olympique du 1.500 mètres). Le coach européen lui conseille d’opter pour le 800 mètres.

Un changement payant. Pour sa première compétition internationale sénior en 2008, le Kényan s’empare de l’or aux Championnats d’Afrique. Malheureusement ses débuts prometteurs sont brisés par une blessure à la cheville. Quelques semaines avant les Jeux olympiques de Pékin, David ne peut pas participer aux sélections kényanes. Il ne sera pas du voyage vers la Chine. Quatre ans plus tard, il revient sur cette épreuve avec philosophie:

«J’ai manqué Pékin, mais je pense que cela m’a renforcé. J’ai travaillé dur, je me suis mieux entrainé. Finalement je suis en meilleur forme aujourd’hui qu’en 2008 et cela me rend encore plus excité d’aller à cette compétition pour la première fois».

À quelques semaines du début des Jeux de Londres, l’athlète se montre confiant. Une pression énorme repose pourtant sur ses épaules. Champion du monde en titre depuis son succès en août 2011 à Daegu en Corée du Sud, tout le monde s’attend à ce qu’il remporte les lauriers olympiques. Mais pour son manager, toute cette attention n’est pas un problème.

«Ce n’est pas le genre de gars qui se laisse tétaniser par l’enjeu. Il fait juste avec. Le Kényans n’utilise pas de psychologie du sport ou des choses comme ça. Il s’abandonne dans ses pensées, il reste calme, et il gère la pression», affirme James Templeton.

   

Pour ne pas perdre ses moyens, l’athlète peut compter sur la culture de ses ancêtres. «Les Massaï sont des gens uniques. Quand ils veulent vraiment quelque chose, ils font tout pour y arriver. Ils ont vraiment un esprit élevé et une foi dans ce qu’ils font», insiste David.

En Angleterre, il espère décrocher une deuxième médaille olympique pour la famille Rudisha, plus de 40 ans après celle de son père. À seulement 23 ans, il pourrait aussi entrer dans l’histoire de l’athlétisme, en devenant le premier coureur à détenir simultanément les titres olympique et mondial ainsi que le record du monde du 800 m. Sur la piste londonienne, il sera porté par sa tribu Massaï et par le Kenya, mais aussi par le continent tout entier.

Depuis 2006 et les championnats du monde juniors de Pékin, il est surnommé «la fierté de l’Afrique». Le plus beau des compliments pour le jeune champion:

«Cela me rappelle que j’ai toujours l’Afrique avec moi et que je la représente. Cela me motive jour après jour.»

Stéphanie Trouillard

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Stéphanie Trouillard

Stéphanie Trouillard. Journaliste française spécialiste du Maghreb et du Canada.

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