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Au Caire, cafés ambulants et économie de la débrouille pour les réfugiés syriens

Au volant de son mini-van, Abou Wadie "le Syrien" sillonne la banlieue cairote du Six Octobre à la recherche d'un endroit pour se garer et servir à la sauvette des cafés aux passants, sans éveiller les soupçons des employés municipaux.

"Là-bas, dans cette rue à côté, je peux m'installer et fermer le coffre du camion si je vois les voitures de la mairie", explique-t-il en regardant de droite à gauche l'air préoccupé.

Espresso, café turc, latte, thé... A l'arrière de leur mini-van, le coffre ouvert sur une machine à café fumante, des réfugiés syriens ont créé un nouveau type de petit commerce: un café ambulant, avec un large choix de boissons chaudes.

Pour au moins trente familles de réfugiés syriens, selon Abou Wadie, ces "camions à espresso", dont le nombre est en plein essor, sont le seul moyen de subsistance.

Or, depuis plusieurs semaines, des employés déployés par la mairie parcourent les rues du quartier Six Octobre pour faire notamment la chasse à ces cafetiers d'un nouveau genre.

En mai, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a ratifié une loi réglementant les petits commerces de rue. Elle impose notamment le paiement chaque année d'une licence de 5.000 livres égyptiennes (245 euros). Et la nationalité égyptienne est requise pour tenir ce type de commerce: un obstacle rédhibitoire pour les Syriens.

Avec plus de 130.000 âmes, les Syriens représentent près de 55% des 230.000 réfugiés enregistrés par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) en Egypte.

Depuis le déclenchement de la guerre en Syrie en 2011, des milliers de réfugiés ont formé un "Petit Damas" dans la banlieue du Six Octobre, en périphérie ouest de la capitale égyptienne.

Beaucoup ont investi dans des échoppes, restaurants ou pâtisseries qui animent les rues de ce pan de la ville. Parmi ceux qui n'en ont pas les moyens, certains se sont lancés dans les cafés ambulants, malgré l'illégalité de leur entreprise.

Investir dans les cafés ambulants reste cher: cela peut coûter jusqu'à 50.000 livres (2.400 euros), en comptant la location de la voiture et l'achat des machines, affirment à l'AFP les cafetiers.

Eux aussi férus de commerces ambulants, les Egyptiens privilégient cependant le secteur de la restauration, laissant le "ahwa" (café) aux seuls Syriens.

- Risque de confiscation -

Il y a sept ans, Abou Wadie, 30 ans, a quitté la Syrie pour l'Egypte. Couturier de profession, il a investi il y a un an et demi dans un "camion à espresso" pour subvenir aux besoins de trois familles syriennes, explique-t-il.

Avec une tasse de café turc ou de thé à quelques centimes d'euros, les cafés ambulants syriens attirent une clientèle en quête de produits bon marché, dans une Egypte en pleine crise économique, à l'inflation galopante.

Mais leur statut illégal impose aux cafetiers syriens de jouer constamment au chat et à la souris avec la mairie du quartier. 

S'ils sont arrêtés, "le véhicule peut être confisqué pendant un mois" et il faut débourser autour de 5.000 livres (environ 245 euros) pour le récupérer, raconte Abou Wadie, qui a lui-même vécu cette expérience.

Quelques semaines à peine après s'être lancé, Hassan s'est lui aussi fait saisir son véhicule et matériel. Il a pu les récupérer moyennant une amende de 4.000 livres (200 euros), une somme importante pour les réfugiés syriens.

"Je ne fais de mal à personne sur la route, j'ai une poubelle pour les déchets et je nettoie en permanence autour de moi", lance d'un air désabusé l'homme de 48 ans, qui espère un jour rejoindre sa femme et ses enfants partis en Allemagne.

"Si je vends 200 tasses de café, il me reste environ 400 ou 500 livres (20 ou 25 euros) après déduction des frais", calcule-t-il en versant le liquide noir fumant dans des gobelets en carton pour des automobilistes de passage.

Maire du quartier Six Octobre, Alaa Manie assure à l'AFP qu'il existe "un plan pour légaliser ces véhicules" et leur octroyer "des emplacements spécifiques loin des voies rapides".

Mais ces éventuelles modifications de la loi ne concernent que les cafetiers égyptiens et n'envisagent pas la régularisation du statut des Syriens, précise M. Manie.

"J'espère que nous serons autorisés à nous installer dans des lieux déterminés en échange d'une somme modique", confie Hassan.

AFP

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