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Michaela DePrince, une danseuse étoile parmi les barbares

«Son père a été tué par des hommes armés, sa mère est morte de faim (…). Puis, alors que la guerre civile se déchaînait en Sierra Leone, une vision lui apparut, comme venue d’un autre monde.»

C'est de cette façon que le quotidien britannique The Guardian relate l’enfance chaotique de la danseuse de ballet Michaela DePrince, qui s’apprête à faire ses débuts en Afrique du Sud.

Cette «vision» de la jeune danseuse qu'évoque The Guardian, n'est autre que la lecture d'un magazine américain avec, en couverture, la photo d’un danseur de ballet, alors qu'elle est dans un orphelinat sierra-léonais.

«Je n’avais jamais rien vu de tel», rapporte la danseuse, qui a désormais 17 ans. Secrètement, elle rêve alors de partir vivre aux Etats-Unis et «de ressembler exactement à la personne du magazine».

Quelques années plus tard, son souhait sera exaucé. Mais la jeune femme doit composer avec ce qu’elle appelle «ses mauvais souvenirs».

Ceux de son père, dont le corps fut ramené chez elle, lorsqu’elle avait 3 ans.  

«J’ai toujours été une fille à papa», dit-elle sobrement.

Ceux de ses trois frères et de sa mère, également morts lors de la guerre civile entre 1991 et 2002. Et aussi, ceux de l’orphelinat, où son oncle l’emmena pour tenter de survivre aux horreurs du conflit.

Dans cet endroit, Michaela De Prince retrouve son enseignante, enceinte jusqu’au cou.

«Les rebelles sont arrivés. Quand ils prenaient les nourrissons, ils ne voulaient que des garçons. S’il s’agissait d’une fille, ils pétaient les plombs. Ma maîtresse attendait une petite fille. Ils l’ont éventré, lui ont coupé bras et jambes et l’ont laissé pour morte. J’ai essayé de la sauver», raconte-t-elle au Guardian.

A l’orphelinat, les aides-soignants, surnommés «oncles et tantes», la méprisent pour sa maladie, un vitiligo, qui dépigmente sa peau par endroit. Lorsque les enfants sont classés du plus privilégié au plus défavorisé pour recevoir nourriture et vêtements,  Michaela est 27e…sur 27.  

«Être surnommée "l’enfant du diable” est quelque chose de terrible pour un enfant. Ca a ruiné mon amour-propre pendant des années. Même maintenant, je ne supporte aucun compliment», confie-t-elle.

Quand l‘orphelinat est bombardé, Michaela fuit le camp avec une autre petite fille, Mia, classée 26e sur 27 par «les oncles et tantes». Et en 1999, c'est la délivrance. Un couple du New Jersey, Elaine et Charles DePrince adopte les deux fillettes  ainsi qu’une troisième, Mariel.

Lorsque Michaela arrive aux Etats-Unis, elle est terrifiée.

«Je n’avais jamais vu autant de blancs avant, ils ressemblaient à des aliens pour moi», se souvient la jeune femme, qui avait précieusement gardé sur elle la photo du danseur classique.  

«Je ne comprenais pas, je pensais que tout le monde portait des chaussures pointues et était danseur.»

Depuis, la jeune femme connaît un succès retentissant dans le petit monde du ballet. Mais un nouvel obstacle se dresse sur sa route, le racisme. Lorsque Michaela veut jouer Marie dans Le casse-noisette, elle perd le rôle car «l’Amérique n’est pas prête pour une Marie noire».

«Il y a beaucoup de stéréotypes sur le fait d’être noire dans le monde du ballet. Ca change un peu, doucement. Mais ça reste terrible. Parfois, les gens me dissent que je suis trop foncée pour ce rôle», explique-t-elle au Guardian.

Celle qui vit pourtant à Manhattan se décrit comme Africaine. Et prévoit de revenir en Sierra Leone. Son but, y ouvrir une école. Mais avant, Michaela DePrince rêve de jouer dans quelques-uns des plus grands ballets. Entre autres, Le lac des cygnes et Roméo et Juliette.

Lu sur The Guardian

 

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