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Des Maliens parcourent la presse quotidienne à Bamako, 02/04/2012, REUTERS/Luc Gnago
Des Maliens parcourent la presse quotidienne à Bamako, 02/04/2012, REUTERS/Luc Gnago

Mali: En oppressant les journalistes, les militaires se trompent d'ennemi

En terrorisant les hommes de presse à force d’agressions et d’arrestations, la soldatesque commet une grave erreur. Au Mali, l'adversaire est ailleurs.

Les forces armées maliennes sont décidément en quête d’échappatoire pour faire accepter ou tolérer leur incapacité à jouer leur rôle républicain de maintien de la paix et de la sécurité.

La boîte de Pandore qu’elles ont ouverte le 22 mars dernier par le honteux coup de force continue de déverser son contenu nocif.

Les ex-putschistes continuent de plus belle leurs agressions et arrestations arbitraires, barbares et inhumaines, qu’ils ont entamées une semaine à peine après s’être installés au camp de Kati.

Le monde des médias est scandalisé

Après les dignitaires de l’ancien régime, les journalistes sont maintenant les boucs émissaires idéaux pour l’ex-junte malienne qui, à plusieurs reprises, ont essayé de se servir des hommes de médias comme exutoire à leur bavure qui a plongé le pays dans une crise à l’issue encore incertaine.

La dernière et énième interpellation brutale d’un professionnel de la presse malienne est celle intervenue le 12 juillet dernier à Bamako.

D’abord maltraité par des hommes armés, Saouti Haïdara, directeur de publication du quotidien privé L’Indépendant, a ensuite été emmené vers une destination inconnue avant d’être relâché plusieurs heures après.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a condamné cet acte indigne d’une armée républicaine et s’est dit préoccupée par «les persistantes violations de la liberté de la presse au Mali depuis le coup d’Etat militaire du 22 mars 2012, avec des arrestations sans précédent de journalistes par les forces de sécurité.»

Le silence complice de Bamako

Du côté du gouvernement de transition, aucune réaction officielle jusque-là, exactement comme ce fut le cas après l’agression du président de la transition, Dioncounda Traoré.

Ce silence à la fois ahurissant et écœurant serait-il le signe d’une négligence ou d’une crainte de représailles de la part des auteurs de ces forfaits abjects qui, de toute évidence, ne sont l’œuvre de personne d’autre que le capitaine Sanogo et sa bande?

Dans tous les cas, il traduit malheureusement une incapacité à la limite complice du Premier ministre de la transition à donner un signal fort de sa réelle volonté à aspirer à un exercice total de ses pleins pouvoirs.

Le pouvoir réel au sud du Mali est détenu par les militaires du camp de Kati mais, ce qui est regrettable, c’est la troublante complaisance avec laquelle Cheick Modibo Diarra s’en accommode au point de ne bouger aucun doigt quand bien même cela serait nécessaire à l’affirmation de l’autorité républicaine.

Tout se passe comme si le pouvoir de Bamako prenait fait et cause pour cette situation déplorable de retour à la pensée unique qu’ont finalement réussi à instaurer les tombeurs du président Amadou Toumani Touré (ATT).

Si tant il est vrai que ATT péchait par son penchant un peu trop laxiste, il faut avoir le courage et l’honnêteté de reconnaître que les nouvelles autorités maliennes lui ont déjà plus que ravi la vedette sur ce plan.

Et le tombeur du despote et sanguinaire Moussa Traoré a d’ailleurs le mérite de n’avoir jamais infligé de traitements inhumains tels que l’on en vit de nos jours au Mali, aux journalistes.

On ne peut plus bâillonner la presse

En se rendant coupables et complices d’atteintes graves à la liberté de presse, les forces dirigeantes de Bamako se trompent à la fois de méthode, de cible et même de combat.

Toute stratégie basée sur une tentative de musellement du quatrième pouvoir se révèle de nos jours anachronique et inopérante, à l’image d’une bataille contre des moulins à vent.

La mondialisation des techniques d’information et de communication avec son cortège de cassure des frontières informationnelles se chargera toujours de répercuter avec plus d’impact les exactions commises à l’encontre des professionnels de l’information et les mauvais actes que ceux-ci tentent de dénoncer.

Considérer la presse malienne comme un ennemi et la traiter comme tel ne saurait favoriser la résolution de la crise au Mali. Les militaires et les gouvernants maliens connaissent bien l’ennemi du Mali qui, aidé par leur indolence et leurs actes inconséquents, est en train de transformer le nord du pays en un territoire colonisé.

Le seul combat qui vaille

Le seul combat qui vaille actuellement est celui qui permettra de nettoyer cette localité qui représente la plus grande partie du Mali des vermines qui l’infestent en vue de préparer un retour définitif à la stabilité.

Toute autre préoccupation tendant à étouffer toute critique quoique constructive n’est qu’une fuite en avant, une pure diversion visant à attribuer la responsabilité du chaos malien à des acteurs à qui on n’accorde pourtant pas assez de place dans la recherche de solution.

Les agressions de journalistes deviennent de plus en plus nombreuses au Mali et il est grand temps que les communautés africaine et internationale pallient l’indolence des autorités maliennes par des condamnations et actions plus fermes.

Et le plus tôt serait le mieux pour éviter que le sud du pays, à cause des multiples brimades que font subir les militaires aux civils, devienne aussi invivable que le Nord.

Le Pays

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Le Pays

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