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L'enfer des migrants africains clandestins à Malte

«Nous ne sommes pas là pour blâmer les soldats ou la police ou encore les personnes travaillant dans les services de détention. Nous sommes là pour blâmer le système. Le problème est le système de détention», s’indignait, le 11 juillet, Ali Konaté, un des leaders du Migrant’s Network for Equality (réseau de migrants pour l’égalité).

Cette complainte, formulée par Ali Konaté, à La Valette, dans le pays de Malte, résonnait en plein cœur d’une marche silencieuse à la mémoire de Mamadou Kamara, ce Malien de 32 ans mort, le 29 juin, dans un fourgon de l’armée.

Il y a quinze jours, à Malte, alors qu’il tentait de s’enfuir d’une prison, Mamadou Kamara avait été rattrapé puis frappé à mort par trois soldats, dans un fourgon de détention, rapporte les Inrocks.

Depuis, deux des trois soldats ont été inculpés pour meurtre et le troisième pour falsification de preuves.

Il aura fallu attendre la mort (de trop) de ce migrant martyr pour qu’il y ait une levée de boucliers dans la classe politique et dans le clergé.

C’est la première fois que l’Eglise réagit aux mauvaises conditions d'incarcération des migrants clandestins dans l'île de Malte, rappelle Léa Lemaire, chercheuse à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et spécialiste des questions de migrations. 

«Les commentaires, paroles ou comportements racistes ou blessants vont à l’encontre de la dignité humaine et des enseignements de l’Evangile», ont ainsi déclaré l’archevêque Paul Cremona et Mario Grech, évêque du diocèse de Gozo, une île dans le nord de Malte.

Le Premier ministre Lawrence Gonzi a, quant à lui,  annoncé la création d’une enquête sur les circonstances exactes de la mort de Kamara.

Même son de cloche pour plusieurs membres de partis politiques qui ont exprimé, à l’unisson, leur solidarité aux migrants.

Toutefois, comme le rappelle Les Inrocks, ces soutiens politique et religieux n’étaient pas du goût de l’opinion publique maltaise qui «a toujours regardé d’un mauvais œil ces quelque 14.000 migrants africains débarqués depuis 2002».

Un groupe Facebook, avec quelque 10.000 membres, a d’ailleurs été créé pour soutenir les soldats inculpés:

«Justice pour le sergent Mark Dimech et ses collègues»

Ce 11 juillet, devant un parterre de 500 personnes,  Ali Konaté décrivait, pourtant, le calvaire du système carcéral maltais que lui-même avait pu tester pendant dix-huit mois.

«Enfermé sans raison, vous n’avez rien à faire. Vous ne cessez de cogiter, cogiter, cogiter… Votre tête ne peut supporter ça.»

Lu sur Les Inrocks, Sunday times

 

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