mis à jour le

René Philippe Kouassi au club de Montreuil-Juigné © Stéphanie Trouillard
René Philippe Kouassi au club de Montreuil-Juigné © Stéphanie Trouillard

René-Philippe Kouassi, le Robin des Bois ivoirien

Champion d’Afrique de tir à l’arc, le Franco-Ivoirien René-Philippe Kouassi va permettre à la Côte d’Ivoire de participer, pour la première fois, à cette discipline lors des Jeux olympiques de Londres.

Mise à jour du 3 août 2012: René-Philippe Kouassi a été éliminé par le n°1 français Gaël Prévost en 32e de finale du tir à l'arc. La victoire s'est jouée dans le cinquième set décisif. L'archer ivoirien a montré qu'il n'était pas venu faire de la figuration en faisant douter son adversaire français. 

*****

Malgré la chaleur, René-Philippe Kouassi tient absolument à porter, pour la photo, son maillot national à manches longues.

«Il y a le logo de la fédération avec marqué Côte d’Ivoire», montre-t-il avec fierté, tout en l’enfilant, avant de prendre la pause.

Ce tee-shirt vert fluo, aux couleurs du pays des Eléphants, est un exemplaire unique. L’archer est le seul à représenter ce pays d’Afrique de l’Ouest dans les compétitions internationales de tir à l’arc.

La Côte d’Ivoire est pourtant bien loin, à des milliers de kilomètres du terrain municipal de la petite commune de Montreuil-Juigné dans la périphérie d’Angers, dans l’ouest de la France, où le sportif s’entraîne chaque jour.

Cela fait plus de vingt ans que le jeune homme a quitté sa terre d’origine. Né à Adzopé, à une centaine de kilomètres au nord d’Abidjan, d’une mère française et d’un père ivoirien, il débarque à l’âge de 12 ans dans le Maine-et-Loire, après le divorce de ses parents.

Bourlingueur et touche-à-tout, rien ne prédestinait cet Angevin d’adoption à une carrière de champion et encore moins à mouiller le maillot pour le pays de son enfance.

Par le passé, René-Philippe se souvient d’avoir été garçon de table en Angleterre, surfeur en Australie ou encore opérateur sur machine outil en France.

C’est finalement un accident de la vie qui changea, du jour au lendemain, sa trajectoire.

Une progression fulgurante

Il y a quatre ans, victime d’une grave collision sur une route près d’Angers, son médecin lui conseille le tir à l’arc pour sa convalescence:

«J’avais des douleurs dorsales et une cote facturée. Il m’a dit que c’était bien pour me muscler à nouveau

Profitant de son repos forcé, il prend une licence au club local et se rend tous les jours à l’entraînement.

«Quand j’ai su qu’un arc était propre à chaque archer, cela m’a passionné. J’ai pris des bouquins et j’ai potassé. J’allais sur le terrain et je testais des choses. J’ai trouvé les réglages qui me convenaient», raconte, avec enthousiasme, le tireur âgé de 32 ans.

En l’espace de six mois, sa progression est fulgurante. Dans le petit club de Montreuil-Juigné, il fait l’admiration de tous.

«Cela fait six ans que je pratique, je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi mordu. Il s’entraîne jusqu’à six heures par jour. Il a aussi une force de caractère par rapport à d’autres archers. Il est têtu. Même, si parfois, ce n’est pas facile, il ne faut pas se laisser abattre, il faut se surpasser. C’est ce qui lui a permis d’avancer», explique Denis Didier, le président de l’association de tir à l’arc.

Très vite, René-Philippe prend goût à la compétition. Pour pouvoir participer à des tournois internationaux, le Franco-Ivoirien doit choisir entre ses deux pays.

La Côte d’Ivoire s’impose finalement par elle-même:

«Le tir à l’arc, c’est un sport particulier. En Europe, vous êtes vu comme un étranger, car vous avez une double nationalité. On va d’abord voir votre teint de peau.  En France, on va aussi prendre des jeunes qui sortent de pôles de préparation spécifiques et qui ont commencé très jeunes.»

Le sportif avoue de toute façon ne pas avoir le même niveau que les membres de l’équipe tricolore.

«Il me faudrait encore dix ans d’ancienneté, de pratique, de mise au point. On ne joue pas dans la même catégorie. On ne se bat pas avec les mêmes armes. Mais comme on dit "l’espoir fait vivre !"», constate-t-il avec lucidité.

Apprentissage en solo

Malgré son peu d’expérience, l’archer frappe fort, dès ces premiers tournois.

Pour son baptême des championnats d’Afrique organisé au Maroc au mois de mars dernier, il crée la surprise en décrochant l’or et une qualification pour les Jeux olympiques de Londres.

Pour la première fois, la Côte d’Ivoire sera représentée dans cette discipline:

«Quand j’ai appris qu’il n’y a pas beaucoup d’archers qui développent ce sport en Afrique, cela m’a donné plus de gniaque. La prochaine étape, ce serait d’être un jour champion du monde. Ce serait bien pour la Côte d’Ivoire et cela motiverait certains jeunes.»

Considéré comme un sport de riches dans le pays des Elephants, le tir à l’arc n’en est à qu’à ses balbutiements.

Grâce à ses performances, l’athlète espère faire changer les mentalités. Dans quelques années, il souhaite retourner sur la terre de son père et monter une équipe d’entraînement.

René-Philippe voudrait surtout que les futurs archers ivoiriens ne connaissent pas ses galères. Courageux sur l’aire de tir,  René a dû aussi faire beaucoup de sacrifices en dehors.

Pendant quelques mois, il a mis entre parenthèses sa vie professionnelle. Tout son budget est consacré à sa passion.

«Un arc coûte 2.000 euros et un ensemble complet de flèches en carbone environ 500 euros», comptabilise le champion.

Avec seulement une cinquantaine de licenciés, le club de Montreuil-Juigné n’a pas vraiment les moyens de l’aider et il ne touche pas non plus de bourse de l’Etat ivoirien.

Depuis près d’un an, le champion s’exerce tout seul dans son coin. De 9h du matin à 18h le soir, le corps droit, les épaules redressées et les yeux légèrement plissés, il décoche inlassablement ses flèches sur la cible placée à 70 mètres.

Son smartphone, c’est son coach

En guise de coach, il doit se contenter d’une application sur son smartphone.

«C’est mon partenaire d’entraînement. Je mets tous mes impacts et à la fin je vois ma progression. Il me donne des statistiques. J’étudie tout ça quand je rentre à la maison et le lendemain, je sais ce que j’ai à faire, si je suis trop haut ou trop à droite. Et tout cela, logiquement, c’est l’entraîneur qui doit le faire», ironise-t-il, avant de tirer une nouvelle série de dix  flèches.

Ses difficultés ne l’empêchent pas de garder le sourire. A l’approche des Jeux olympiques, il paraît décontracté.

Tout nouveau dans le grand bain international, il sait qu’il n’est qu’un outsider face aux pointures américaines ou sud-coréennes: 

«Dans l’immédiat, je veux juste me rapprocher des champions.»

René-Philippe se permet quand-même de rêver. Depuis son enfance, il garde en tête l’image de l’athlète Gabriel Tiacoh.

Deuxième du 400 mètres aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, il est le seul médaillé olympique ivoirien, jusqu’à ce jour. A l’image de cette légende, le tireur aimerait aussi entrer dans l’histoire.

«C’est un peu comme au poker, il y a la chance des débutants. Contrairement aux autres, je n’aurai pas peur de prendre des risques. L’issue du match peut basculer. Mon objectif, c’est de ne pas être ridicule, mais cela ne veut pas dire que je ne prendrai pas de médaille!», lâche le meilleur archer d’Afrique, dans un dernier éclat de rire.

Stéphanie Trouillard

A lire aussi

Le pêcheur de sable devenu champion olympique

Mohamed-Khaled Belabbas, du bleu français au vert algérien

Sara El Bekri, la Laure Manaudou marocaine

Hortance Diedhiou, la lionne sénégalaise du tatamis

Murielle Ahouré, l'Ivoirienne qui veut couri plus vite que son ombre

Stéphanie Trouillard

Stéphanie Trouillard. Journaliste française spécialiste du Maghreb et du Canada.

Ses derniers articles: Comme un lion, la face cachée du foot  L'humour noir de Tatiana Rojo  Affaire Furcy: briser le silence sur l'esclavage 

éléphants

AFP

Le braconnage des éléphants prive le tourisme africain de 25 millions de dollars

Le braconnage des éléphants prive le tourisme africain de 25 millions de dollars

Wildlife

Comment le braconnage change l'anatomie des éléphants

Comment le braconnage change l'anatomie des éléphants

AFP

La population des éléphants d'Afrique au plus bas depuis 25 ans

La population des éléphants d'Afrique au plus bas depuis 25 ans

Jeux Olympiques de Londres 2012

Judo

Priscilla Gneto, princesse des tatamis venue d'Abidjan

Priscilla Gneto, princesse des tatamis venue d'Abidjan

Vu d'Oran

Algérie-Une copie olympique à revoir

Algérie-Une copie olympique à revoir

Portfolio

Nos plus belles images des JO

Nos plus belles images des JO

sport

AFP

Plus rapides que les valides, les jumeaux Baka repoussent les limites du sport paralympique

Plus rapides que les valides, les jumeaux Baka repoussent les limites du sport paralympique

AFP

Canal+ renforce son offre TV en Afrique en misant sur le sport

Canal+ renforce son offre TV en Afrique en misant sur le sport

Engagement

La Fondation Mohamed Benjelloun, la passion de la paix

La Fondation Mohamed Benjelloun, la passion de la paix