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Image du Kamasutra distribuée par l'Organisation indienne de la santé (IHO) © Ho New - Reuters
Image du Kamasutra distribuée par l'Organisation indienne de la santé (IHO) © Ho New - Reuters

Débat: Où s'arrête la liberté sexuelle?

Petit tour d'horizon des réactions de nos lecteurs à propos d'articles liés à la sexualité. Si libéralisation des mœurs il y a, elle s'oppose à des valeurs religieuses et culturelles solidement ancrées.

Lecteurs assidus, occasionels, chevronnés de Slate Afrique, vos commentaires sur notre site ou bien sur les réseaux sociaux —notamment Facebook et Twitter— nous intéressent.

Au cours de ces dernières semaines, nous avons publié différents articles traitant de thèmes liées à la sexualité: homosexualitéliberté sexuellevirginité des femmes,etc.

Face aux réactions observées chez les lecteurs, il est opportun de revenir sur les sensibilités exprimées par les uns et les autres.

L'homosexualité: tradition vs libéralisation

Comment aborder l'homosexualité dans des pays où la religion est encore très présente? C'est le débat de fond qui anime les internautes, en particulier sur les réseaux sociaux. L'homosexualité est proscrite par les religions du Livre et condamnable pénalement dans de nombreux pays d'Afrique (Algérie, Cameroun,...).

Un article publié dernièrement sur l'intellectuel franco-algérien Ludovic-Mohamed Zahed a suscité des émules parmi les lecteurs. Car cet écrivain ne fait pas qu'assumer publiquement son homosexualité, il affirme que sa sexualité est compatible avec la pratique de l'islam: «L’islam n’est pas une loi, c’est une philosophie de vie avant tout», déclare-t-il dans l'article.  

Une position qui a fait réagir Gilles sur le site de Slate Afrique:

«Concilier foi et non-foi! Non, il n'y a pas quête spirituelle. Il y a juste quéquette (petite quête) de compatibilité pour son petit confort personnel. La spiritualité, par définition, c'est le dépassement de soi, le dépassement du côté animal.»

Sur Facebook, à la question «Et si l'islam n'interdisait pas vraiment l'homosexualité?», les commentaires se font acerbes et les défenseurs des homosexuels affrontent les anti. Pour ces derniers, associer islam et homosexualité relève de l'infâmie:

Nombreux sont ceux à être favorables à une sexualité plus libérée où l'homosexualité ne serait pas un crime.

Disposer de son corps ne signifie pas, dans ce cas, aller à l'encontre de Dieu. Souley Simon Saley, un lecteur, a par exemple réagi dans ce sens sur Facebook, faisant une séparation nette entre les croyances et l'intimité de l'individu:

«Le choix d'un individu qui décide d'être Gay n'a rien à voir avec sa religion ou sa nationalité ou sa race. Au contraire, toute personne peut librement choisir d'être Gay ou Lesbienne même si elle ne croit en aucune divinité à l'exception de son propre sexe!»

D'autres internautes prennent également le parti de Ludovic-Mohamed Zahed, tel Frédéric Pomel sur Facebook:

«Bravo, belle preuve de courage et d'honnêteté, je lui souhaite d'être heureux.»

Une vie sexuelle hors mariage est-elle possible?

Sur d'autres sujets liés à la sexualité, on retrouve aussi chez certains lecteurs un discours libéral et «tolérant». L'article «Maroc - Le sexe au temps du célibat» suscite le même type de réactions qu'observées précédemment. C'est en particulier l'allusion à la sodomie, pratiquée par certaines femmes avant d'être mariées et ce pour conserver leur virginité la nuit de noces, qui dérange.

Un lecteur présenté sous le pseudonyme Les steppes rouges condamne fermement cette pratique:

«(...) Si je résume donc, mieux vaut passer par la sodomie (acte totalement et hautement haram dans les trois religions et plus particilièrement l'Islam) que perdre sa virginité, pourquoi déjà? Ah oui, "En faire cadeau au futur mari" (...) Pathétique!»

Pour blablablietblabla, c'est la liberté qui prime avant tout, et tant pis pour la religion:

«Décidément on peut discuter sur quoi que ce soit sans en référer à la religion, c'est hallucinant ça. "La sodomie" chez les musulmans y a que ça, d'ailleurs vous savez ce qu'elles disent les jeunes filles "le devant c'est pour le mari et le derrière c'est pour les amis"!»

Anne Collet, blogueuse pour Slate Afrique sur Femmes d'Afrique et d'ailleurs, a également évoqué le sujet dans «La liberté sexuelle sur la sellette au Maroc», une note consacrée à la demande d'abrogation de l'article 490 du Code pénal qui condamne toute relation sexuelle hors mariage au Maroc. Pour L'autre, internaute d'origine marocaine, le problème ne vient pas tant de la religion que de la société qui n'assume pas certaines pratiques:

«Je suis marocain et en faveur de la liberté sexuelle. Toutefois, ce n’est pas le PJD (Parti de la justice et du développement, islamiste, ndlr) qui s’oppose seul à l’abrogation du 490. Une grande partie de la population s’y oppose également. Le Marocain est assez compliqué. Il préfère vivre dans l’hypocrisie. Cela lui donne l’impression qu’il est le seul à jouir d’un privilège. Il pense également protéger ses proches notamment les femmes. Nous continuerons à vivre comme ça encore quelques années.»

Virginité, pour ou contre?

Un autre sujet qui ne manque jamais de susciter le débat, c'est la virginité des femmes avant le mariage. Nous avons justement posé la question du pour et du contre sur Facebook à l'occasion d'une publication sur l'importance accordée à la virginité dans les sociétés modernes. L'une des seules femmes à avoir répondu, Salima Kaci, atteste de la délicatesse d'aborder un tel sujet:

«No comment chez nous c'est un sujet tabou on n'en parle pas chuuuuuuuut.»

Sarah Preston, elle, défend l'idée d'une réciprocité entre les sexes: si la femme doit rester vierge, alors pourquoi pas l'homme? 

«Should a man remain a virgin?» (L'homme doit-il rester vierge?)

Nombreux sont les autres internautes masculins à suivre cette idée, et à poser la question de la virginité de l'homme. Au final, Souley Simon Saley préfère l'argument de la libre disposition de son corps, dénué de toute considération religieuse ou culturelle:

Au-delà du débat stricto-sensu sur la virginité, l'importance du recours à l'hyménoplastie dans les sociétés musulmanes —en particulier dans les pays du Maghreb— montre la contradiction qui existe: d'un côté l'on veut disposer de son corps librement, mais de l'autre l'on veut sauver les apparences face à la famille et à la société.

Cette problématique est abordée par Lilia Blaise, blogueuse pour Slate Afrique sur Tawa Fi Tunis, dans son article «Tunisie - Vierges à tout prix?», qui traite du thème de la «revirginisation», et par conséquent de la contradiction intrinsèque des sociétés arabo-musulmanes à propos de la virginité des femmes.

Là encore, deux camps émergent, avec la religion et la liberté comme porte-étendards respectifs. Certains internautes vont plus loin dans leur réflexion: Ali Jaouani par exemple, s'interroge sur le bien-fondé de la virginité dans la pratique de l'islam:

«Le sujet est plus qu’intéressant et mérite encore des études non seulement médicales mais aussi et surtout psychosociologiques pour pénétrer les vraies-fausses raisons de la pseudo "sacralité" qui étouffe la question de la virginité dans les sociétés arabo-musulmanes.

En effet, la sexualité en Islam n’est pas celle pensée et conçue par les musulmans; il n’y a qu’à analyser les rites et rituels qui sont tissés autour pour se rendre compte qu’il y a plus de culture que d’Islam autour de la virginité…»

Pour Véronique, ce sont les femmes, les mères, les grand-mères qui sont les garantes de la tradition, donc les premières responsables dans cette exigence de virginité pour le mariage:

«(...) Pourquoi nous, les femmes, sommes-nous les garantes et les gardiennes farouches, à travers l’éducation que nous donnons à nos garçons, de traditions dont nous sommes les premières à payer le prix fort? Pourquoi comme mères ne sommes-nous pas capables d’apprendre à nos fils qu’une femme est autre chose que juste une virginité? Pourquoi comme mères ne nous battons-nous pas pour que nos filles, vierges ou non, capables d’enfanter ou non, soient reconnues comme des personnes?

Tant que nos garçons pourront compter sur la complicité des grandes mères, rien ne changera jamais. Pire encore, tant que les grandes mères continueront à forcer leurs garçons à épouser des filles qu’elles jugeront dignes, il est difficile pour les jeunes gens aussi d’imposer leurs propres choix, celui de leur cœur, de leur intelligence (...)

Le monde des femmes changera aussi quand les femmes auront décidé d’être solidaires les unes et d’autres. Ce qui ne doit pas empêcher les hommes de faire leur chemin de réflexion, mais comme je ne suis pas un homme, je commence plutôt par ce qui m’est plus familier.»

D'aucuns diront que sur Slate Afrique, l'on parle trop de sexe, d'autres qu'il y a des sujets plus importants à traiter. Mais si le sujet soulève autant de réactions, c'est bien qu'il touche tout un chacun.

Pour finir, un commentaire Xbuda publié sur l'article «La liberté sexuelle, un sujet chaud au Maroc», montre avec un style ironique et enlevé que même les sociétés modernes, où le corps sexué est politiquement correct, cachent mal une forme de résistance puritaine. 

Anaïs Toro-Engel

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Journaliste à SlateAfrique.

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