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Melinda Gates au sommet de Davos, 2010, by World Economic Forum via Flickr CC
Melinda Gates au sommet de Davos, 2010, by World Economic Forum via Flickr CC

Le combat de Melinda Gates pour le planning familial

La communauté internationale et plusieurs pays en développement se sont engagés à renforcer les programmes de planning familial, au cours d’un sommet tenu à Londres, le 11 juillet 2012. Melinda Gates, codirigeante de la Fondation Bill et Melinda Gates, est l’une des principales organisatrices de cette nouvelle initiative.

Slate Afrique - Apres la lutte contre le sida, le paludisme et la mortalité maternelle et infantile, la Fondation Bill et Melinda Gates s’engage dans la promotion du planning familial dans les pays en développement. Pourquoi ce choix?

Melinda Gates - C’est une décision conjointe que nous avons prise, sans hésiter, avec mon époux Bill. Nous avons passé beaucoup de temps à analyser les programmes de planning familial développés dans les pays pauvres, ces trente à quarante dernières années.

Les résultats de ces recherches nous ont totalement convaincus. En plus de cela, sur un plan plus personnel, j’ai été marquée lors de mes nombreux séjours dans les pays en développement, en Afrique notamment, par les récits de femmes qui veulent planifier leurs familles mais ont beaucoup de mal à accéder aux contraceptifs.

Le planning familial présente des bénéfices énormes. Promouvoir la contraception permet non seulement de sauver la vie de millions de femmes et d’enfants mais aussi d’assurer un avenir plus radieux pour les enfants et les familles, et donc des pays entiers.

Nous avons choisi d’investir plus d’un milliard de dollars, d’ici 2020, dans le planning familial. Parce que nous y croyons et nous sommes convaincus de l’impact qu’un tel investissement peut avoir sur les vies de millions de personnes à travers le monde.

Aider à sauver des vies

Slate Afrique - Pourquoi, malgré les programmes de planning familial mis en œuvre ces dernières décennies, plus de 220 millions de femmes n’utilisent toujours pas de contraceptifs?

Melinda Gates - Le problème majeur, c’est l’accès. Contrairement aux idées reçues, beaucoup de femmes en Afrique et ailleurs ont entendu parler des méthodes contraceptives et aimeraient bien les utiliser.

Mais, lorsqu’il faut parcourir plusieurs kilomètres pour s’entendre dire que le centre médical est en rupture de stock de contraceptifs, comme m’a expliqué une femme au Niger, on comprend que, c’est malgré elles que beaucoup de femmes se voient obligées de renoncer à la contraception. Je pense donc que le nerf de la guerre, comme c’est souvent le cas, c’est l’argent.

Aucune des grandes luttes engagées à travers le monde ne s’est faite sans financements massifs.

Si je prends le cas de mon pays, les Etats-Unis, la lutte contre le cancer du sein n’a vraiment commencé à produire des résultats que lorsqu’elle a commencé à recevoir des financements conséquents.

L’erreur que nous avons faite les décennies précédentes c’est de penser que le planning familial ou les programmes de santé maternelle et infantile pouvaient se faire avec des bouts de chandelles.

Le sommet de Londres [du 11 juillet 2012, ndlr] nous permet de changer la dynamique sur la question et de commencer à engranger les ressources nécessaires pour répondre aux attentes de 120 millions de femmes en matière de planning familial, d’ici 2020, et ce faisant, d’éviter la mort de plus de 3 millions d’enfants et plus de 50 millions d’avortements.

Slate Afrique - La lenteur des progrès n’est-elle pas plutôt due à l’hostilité affichée de certains acteurs importants, notamment religieux, vis-à-vis du planning familial qu’ils lient à l’avortement?

Melinda Gates - Il faut que cela soit clair, nous faisons la promotion de la contraception et non pas de l’avortement, qui est d’ailleurs illégal dans plusieurs pays qui seront couverts par les programmes que nous finançons.

Il y a, peut être, des réticences. Mais de plus en plus de personnes sont obligées de se rendre à l’évidence. J’ai rencontré par exemple un jeune imam au Sénégal qui a indiqué avoir changé de position vis-à-vis du planning familial après avoir perdu sa femme en couche.

Aujourd’hui, il fait partie d’un groupe de religieux qui ont compris que le planning familial n’est pas incompatible avec les préceptes de la religion musulmane et qui font passer le message dans leurs communautés.

Ce genre de dialogue intercommunautaire est très important, si l’on veut obtenir des résultats durables.

Soutenir la recherche scientifique

Slate Afrique - Qu’en est-il des hommes qui bien souvent ont le dernier mot en matière de planning familial?

Melinda Gates - Tous les programmes qui vont bénéficier de nouveaux financements sont élaborés au niveau national avec la participation de plusieurs acteurs de la société civile.

Et beaucoup de gouvernements reconnaissent qu’il faut sensibiliser aussi les hommes. Au Niger, par exemple, les autorités ont lancé le projet Ecole des Maris, dans ce but.

Tout le monde s’accorde à dire que la finalité de ces programmes, c’est de permettre au couple (mari et femme) de prendre les décisions en matière de planning familial.

Mais, pour le moment, pour un certain nombre de femmes, il est toujours difficile de négocier ce genre de décisions et elles choisissent de prendre des contraceptifs à l’insu de leur conjoint.

C’est l’une des raisons pour lesquelles d’ailleurs l’injection contraceptive est si populaire dans certains pays où les femmes ne veulent pas prendre le risque d’avoir des pilules contraceptives à la maison.

Notre rôle en tant que fondation et en tant que communauté, c’est de nous assurer que ces femmes ont les outils nécessaires pour faire leurs propre choix, de décider du nombre d’enfants qu’elles veulent et de quand est-ce qu’elles veulent les mettre au monde.

Slate Afrique - Justement, votre campagne pour le planning familial comprend un important volet consacré à la recherche visant à mettre sur le marché de nouveaux produits contraceptifs...

Melinda Gates - Oui, c’est une partie importante de cette nouvelle initiative qui nous passionne. On veut redynamiser la recherche scientifique en matière de contraception. Depuis quelques années, celle-ci stagne. Il n’y a pas de nouveaux produits mis sur le marché.

Par conséquent, la plupart de produits disponibles aujourd’hui ne sont pas forcément adaptées aux modes de vie des femmes. Par exemple, Depo-Provera, l’injection contraceptive si populaire en Afrique, doit être renouvelée tous les trois mois.

Pour beaucoup de femmes, cela signifie parcourir plusieurs kilomètres, tous les trois mois, pour recevoir leur injection dans le centre de santé le plus proche.

Ce que nous essayons de faire à court terme, c’est de rendre disponible une nouvelle version du produit qui pourra être utilisée par les agents itinérants de santé dans les villages.

C’est un produit développé par la firme pharmaceutique Pfizer, nommé Uniject, grâce auquel les femmes pourront donc recevoir leurs injections chez elles et n’auront plus à faire de longs déplacements pour cela.

Par ailleurs, les chercheurs essayent également de prolonger la période de validité de l’injection contraceptive. Pour le moment l’injection doit être renouvelée tous les trois mois. On essaye de la rendre renouvelable tous les six mois.

Il y a aussi des recherches à plus long terme pour fabriquer de nouveaux produits. L’une des pistes explorée, c’est la mise sur le marché d’un dispositif contraceptif qui allierait contraception et lutte contre le sida.

Tous ces projets de recherches ainsi que les engagements pris par la Fondation Gates, les partenaires au développement et les gouvernements lors du sommet de Londres me rendent très optimiste pour l’avenir, un avenir où des millions de femmes pourront enfin réaliser leur rêve d’offrir des vies meilleures à leurs enfants.

Propos recueillis par Edwige Caroline Sorgho, à Londres

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Edwige Caroline Sorgho

Journaliste ghanéenne. Ex-reporter à la BBC, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest et du Royaume-Uni.

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