mis à jour le

François Mbango lors des championnats d'athlétisme d'Helsinki, juin 2012. © REUTERS/Dominic Ebenbic
François Mbango lors des championnats d'athlétisme d'Helsinki, juin 2012. © REUTERS/Dominic Ebenbic

Triple saut périlleux de la Franco-Camerounaise Françoise Mbango

Françoise Mbango, double championne olympique de triple saut sous les couleurs du Cameroun a finalement rejoint l'équipe de France. Ce qui n'est pas du goût de l'écrivain camerounais Eric Essono. Il pense que cela ne portera pas forcément chance à l'athlète, qui n'a pas réussi à se qualifier pour les JO de Londres.

Françoise Mbango, la double championne olympique de triple saut (2004 et 2008), sous les couleurs du Cameroun, et désormais championne de France dans cette même discipline, a une histoire qui étonne.

C’est un peu l’histoire de certaines femmes mariées camerounaises qui vont chercher leur bonheur en Europe, grâce à Internet, et laissent en plan leur progéniture et leurs époux.

Françoise Mbango a souvent dénoncé les mauvais traitements qu'elle a subis de la part de la Fédération camerounaise d'athlétisme. La haine et la colère ont-elles motivé son choix ou bien nourrit-elle depuis toujours un vrai amour pour la France?

Quoi qu'il en soit, elle n’est pas une victime de dictature au Cameroun, elle n’a pas subi, comme nombre de talents anonymes jamais épanouis, l’indifférence publique…

D’où vient-il alors qu’elle ait pu accepter d’abandonner son pays de naissance, où elle était une icône vivante, une personnalité adulée, pour rejoindre la France où elle commence à peine à se faire connaître.

Elle vient, en effet, d'être sacrée championne de France, avec un bond de 14,27 mètres, dans la ville d'Angers, le 17 juin 2012.

Après sa médaille d'or aux Jeux de Pékin, en 2008, elle était «sélectionnable» par la France. Et nul n’aurait osé lui tenir rigueur d’avoir adopté la nationalité française, deux ans plus tard.

Mais, pourquoi ne s’en est-elle pas expliquée auprès de ses ex-compatriotes? Parce qu’il s’agissait de l’exercice de sa liberté la plus absolue?

On aurait allégué notre controversé Code de la nationalité, qui n'autorise pas la double nationalité. On aurait excipé de son droit à aménager à son très jeune fils de six ans une sorte de cage de Faraday qui le protégerait, en France, des effets de la misère camerounaise.

Françoise Mbango appartenait, d’une certaine façon, au peuple camerounais, elle a choisi de faire prévaloir son droit à ne penser qu’à elle.

Au pays, elle a une grande communauté de fans à laquelle elle n’a plus rien à offrir que son passé camerounais qu’elle a répudié sans élégance ni explications aucunes.

Rendez-nous notre Françoise!

Françoise n’est pas passée à l’ennemi, ce n’est pas une déserteuse et elle ne passera pas au tribunal militaire. Mais c’est la première fois qu’une personnalité qui a porté si haut les couleurs du Cameroun, se retrouve à porter le maillot bleu blanc rouge.

C’est inédit et c’est choquant. La pauvreté au Cameroun n’explique pas tout, elle n’excuse pas tout. Et comme dirait le juge Brown, dans la série télévisée américaine Boston Justice

«De toutes les affaires scandaleuses, vaudevillesques et insensées, celle-ci est la plus rocambolesque…»

Françoise, qui a cessé de représenter le Cameroun pour des raisons sportives devait donc représenter la France pour des raisons financières. Soit! Le résultat a logiquement suivi, elle en a eu pour son argent, mais les performances sportives n’ont pas suivi.

C’est encore par des Camerounais qu’elle a été soutenue, après son inaptitude à Reims à  atteindre les minimas olympiques.

Française, mais soutenue par des fans camerounais

Ce ne sont pas les Français qu’elle avait à ses cotés, mais bien les Camerounais. Une certaine presse camerounaise a semblé se réjouir de son échec, cela ressemblait plus à de la jalousie amoureuse qu’à une méchanceté vraiment malveillante. 

Si «la Française Françoise Mbango» s’était qualifiée, peut-être aurait-elle pu passer aux yeux de tous pour un génie, mais elle a échoué, et en tant qu’ancien supporter fervent, je me suis senti trahi. Et, j'estime que, à 36 ans sonnés (elle est née en avril 1976), ses choix professionnels étaient hasardeux.

Françoise Mbango met tout un peuple dans l’embarras. Grâce à elle en effet le Cameroun comptait cinq médailles, c’est indiscutable. A cause d’elle, il ne nous en reste plus que trois, on peut en discuter.

Naguère modèle, c’est désormais un rôle d’antihéros et contre-modèle qu’elle doit assumer depuis qu’elle a été tragiquement atteinte de «double nationalité».

Il ne lui reste plus qu’à renoncer à la nationalité qui ne lui porte pas spécialement chance. Les moyens ne mènent  pas à tout, les moyens ne donnent pas tout!

Et personne n’en aurait voulu à la Fédération camerounaise d’athlétisme de s’opposer à ce débauchage sauvage de la France.

Mais, au fond, c’est bien pour cela qu’elle nous a quittés, on n’a pas su la retenir. Françoise la Française dans l’âme, tu l’aimes ou elle te quitte. Vive l’esprit olympique!

Eric Essono Tsimi                                                                                                                                                                          

A lire aussi

Le pêcheur de sable devenu champion olympique

Mohamed-Khaled Belabbas, du bleu français au vert algérien

Sara El Bekri, la Laure Manaudou marocaine

Hortance Diedhiou, la lionne sénégalaise du tatamis

Eric Essono Tsimi

Eric Essono Tsimi est un dramaturge camerounais. Il est l'auteur de l'ouvrage Le jeu de la Vengeance (éd.Sopecam, 2004), et publie régulièrement des tribunes dans les quotidiens Mutations et Le Messager au Cameroun.

Ses derniers articles: Opération Serval: une néocolonisation choisie  Centrafrique: Biya snobe Bozizé  Depardieu, au Cameroun, les riches sont des dieux! 

athlétisme

JO 2016

Derrière les records de Rudisha et Van Niekerk, la méthode douce des grands-parents

Derrière les records de Rudisha et Van Niekerk, la méthode douce des grands-parents

JO 2016

Comment le Nigeria se fait dépouiller de ses athlètes aux JO

Comment le Nigeria se fait dépouiller de ses athlètes aux JO

Jeux olympiques

Faute d'argent, les athlètes nigérians ont failli ne pas pouvoir partir aux JO

Faute d'argent, les athlètes nigérians ont failli ne pas pouvoir partir aux JO

double nationalité

Vacances

Pourquoi les Algériens n'aiment pas les bi

Pourquoi les Algériens n'aiment pas les bi

Législatives

Pourquoi les Franco-Algériens ne votent pas

Pourquoi les Franco-Algériens ne votent pas

Histoire Belge

Mohammed Tchité, le footballeur aux quatre passeports

Mohammed Tchité, le footballeur aux quatre passeports

Jeux Olympiques de Londres 2012

Judo

Priscilla Gneto, princesse des tatamis venue d'Abidjan

Priscilla Gneto, princesse des tatamis venue d'Abidjan

Vu d'Oran

Algérie-Une copie olympique à revoir

Algérie-Une copie olympique à revoir

Portfolio

Nos plus belles images des JO

Nos plus belles images des JO