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Un soldat sud-soudanais à Panakuach, 24/04/2012. REUTERS/Goran Tomasevic
Un soldat sud-soudanais à Panakuach, 24/04/2012. REUTERS/Goran Tomasevic

Les balles sont plus dangereuses que les armes

Le commerce des munitions représente un marché de 4 milliards de dollars non régulé, supérieur à celui des armes légères. Il convient donc d’inclure les munitions dans un Traité sur le commerce des armes.

Quelques cas de pénuries bienvenues: 

  • En juin 2003, les forces anti-gouvernementales qui ont attaqué Monrovia, la capitale du Liberia, ont été contraintes de se retirer lorsqu'elles ont été à court de munitions. Elles n'ont repris leur assaut qu'après avoir été réapprovisionnées (illégalement) en munitions par la Guinée voisine, avec une attaque qui s'est révélée être la plus longue et la plus dévastatrice pour les civils de Monrovia.
  • En 2007, un manque de munitions a contraint des éleveurs en conflit au Sud-Soudan à résoudre pacifiquement leurs différends.
  • En 2010, le panel d'experts supervisant l'embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité des Nations Unies sur la Somalie a indiqué que l'absence de munitions immédiatement disponibles pour certains types d'armes avait limité leur popularité et leur utilisation par les groupes armés.

C’est en s’appuyant sur ces exemples marquants qu’Oxfam étaye sa note intitulée «Arrêter une balle, arrêter une guerre» publiée le 30 mai 2012.

L’ONG estime que les transactions de munitions dans le monde s’élèvent à plus de 4 milliards de dollars et augmentent plus rapidement que le commerce des armes à feu, et déplore l’absence quasi-totale de régulation de ce marché.

Cette note est publiée en amont des négociations de l’été 2012 pour l’adoption d’un Traité sur le commerce des armes.

«Certains pays, dont les États-Unis, la Syrie et l’Égypte ont récemment fait entendre leur opposition à l’inclusion des munitions dans la version finale du texte», précise Oxfam.

Selon Anna MacDonald, directrice d’Oxfam pour le contrôle des armes, l'enjeu des munitions est au moins aussi important que celui des armes en elles-mêmes:

«Ce sont les balles qui font des armes à feu des engins meurtriers. Il est absolument essentiel que la vente de munitions soit incluse dans le traité et soit beaucoup mieux régulée. Il serait totalement irrationnel d’exclure cette question du texte.

Le commerce des munitions est lucratif. Mais si leur coût de production est bas, le prix payé en vies humaines est incalculable.»

Oxfam estime que 12 milliards de projectiles d’armes à feu sont produits par an –assez pour tuer deux fois chaque homme, femme et enfant sur la planète.

Le commerce des munitions surpasse celui des armes

Les transactions de munitions pour armes légères s’élèvent à 4,3 milliards de dollars par an, soit plus que les transactions sur les armes à feu et armes légères estimées à 2,68 milliards de dollars.

Seule une minorité de pays publient des rapports sur leurs exportations de munitions, et les organisations intergouvernementales n’exercent pratiquement aucune surveillance sur ces transactions.

En outre, les données concernant les exportations sur les armes et les munitions apparaissent souvent de manière globale.

«Il n’existe ni contrôle global sur les flux de munitions, ni système de suivi international afin de savoir où finissent les milliards de balles produites. Cela doit changer», plaide Anna MacDonald.

«Il est urgent d’adopter un texte international qui engagera un processus transparent de suivi des transactions», insiste Oxfam, qui préconise aussi une séparation des données relatives au commerce des armes légères et à celui des munitions.

Beaucoup de munitions finissent dans les mains de groupes armés, et prolongent souvent ainsi des conflits tout en augmentant les chances que des violations des droits humains aient lieu, constate Oxfam.

Le cas de la Côte d’Ivoire

En 2010, le Groupe d'experts des Nations unies sur la Côte d'Ivoire a été chargé de tracer plusieurs milliers de munitions illicites retrouvées aux mains de civils dans la capitale, rapporte Oxfam:

«Le travail mené par le Groupe d'experts et les recherches de suivi ont révélé que les munitions avaient été fabriquées en Serbie, vendues à un intermédiaire en Israël, puis retransférées légalement à l'armée du Burkina Faso. Elles ont ensuite disparu avant de réapparaître dans les rues d'Abidjan, en Côte d'Ivoire voisine.»

Documents onusiens à l'appui, l'ONG y voit le signe d'un dangereux affaiblissement du voisin burkinabè:

«Cela met en lumière les difficultés rencontrées par l'État burkinabé pour assurer la sécurité de ses stocks nationaux et prévenir les détournements. D'autres recherches, des preuves physiques et les témoignages d'informateurs clés ont confirmé que le Burkina Faso était la principale voie d'approvisionnement illicite de la Côte d'Ivoire en armes et en munitions, illustrant un risque élevé de voir des armes provenant des Forces de sécurité du Burkina Faso détournées à des fins illicites.»

Sylvie Rantrua

Cet article a d'abord été publié sur Marchés Tropicaux & Méditerranéens.

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