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Niger - La spirale infernale du mariage infantile s'emballe avec la crise alimentaire

Elle s’appelle Balki Souley. A 14 ans, elle a déjà été mariée une fois et victime d’une fausse couche.

Son corps était si frêle et fragile qu’elle n’a pas pu garder jusqu’à terme son bébé et a même failli y laisser sa vie.

Allongée sur le sol d’une maternité de l’hôpital régional de Maradi, au Niger, elle promet tout de même d’avoir un autre enfant une fois rentrée au village.

Dans une culture qui valorise la femme à sa capacité à faire beaucoup d’enfants, Balki est en proie à une immense pression familiale.

«Si une fille ne va pas à l’école, que doit-elle faire?», s’interroge la grand-mère de Balki d’une manière rhétorique.

Avant de répondre:

«Elle doit se marier et avoir des enfants».

Cette fatalité est le lot quotidien d’une fille sur deux au Niger, rappelle le Washington Post.

Le Niger a le taux le plus élevé de mariage infantile. Pratiquement une fille sur deux se marie avant ses 15 ans. Certaines même sont mariées alors qu’elles n’ont que 7 ans.

De plus, au Niger, le nombre d’enfants par femme est estimé à 7 en moyenne.

Le Washington Post révèle que les mariages infantiles, bien qu’interdits par la loi, sont perpétrés à cause notamment de la crise alimentaire qui frappe de plein fouet le Niger.

Marier leurs jeunes filles devient alors un gagne-pain pour des milliers de familles dans le besoin en raison des dots alloués qui peuvent inclure des animaux et de l’argent.

«La crainte est que, si la crise alimentaire se poursuit, de plus en plus de parents utiliseront le mariage comme une stratégie de survie et nous verrons bientôt de plus en plus de jeunes filles mariées avant leur 15 ans», prévient Djanabou Mahonde, un employé de l’UNICEF.

Pour mettre fin à ces pratiques ancestrales, le gouvernement nigérien avait fait voter une loi interdisant le mariage avant 15 ans. Certains parents ont même été arrêtés et emprisonnés.

De leur côté, les travailleurs sociaux et les ONG sillonnent régulièrement des villages retranchées pour encourager les jeunes filles à rester à l’école.

Mais malheureusement, le mariage infantile reste une pratique ancrée dans les mœurs et la crise alimentaire n’arrange pas les choses.

«Ces mariages seront très difficiles à arrêter», a déclaré Saidu Omarou, un officier de la protection infantile.

Avant d’ajouter : «désormais, les parents marient leurs filles très discrètement».

Lu sur Washington Post

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