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La jeunesse de Zambie minée par le chômage et gagnée par la colère


Le président Michael Sata s'adressant à la presse le 30 avril 2012 à Lusaka, en Zambie AFP/Archives Joseph Mwenda

Malgré les promesses de changement du président Michael Sata, au pouvoir depuis neuf mois, la Zambie ne parvient pas à endiguer le chômage: partout, on se bouscule pour trouver du travail et fin juin à Lusaka, les jeunes ont laissé exploser leur colère.

Des centaines de jeunes chômeurs ont investi les rues, incendié des pneus et bloqué des routes pour protester contre une vaste campagne de recrutement de l'armée le 27 juin dernier.

Des dizaines de milliers de candidats s'étaient déplacés pour se faire recruter, mais seuls 800 ont été intégrés, certains par piston, ont accusé les manifestants. "Rien n'a changé. Ce n'est pas ce que nous attendions de ce nouveau gouvernement", se plaint Michael Mwanalushi, écoeuré de ne pas avoir été pris malgré ses compétences.

En mai, une bousculade parmi des personnes faisant la queue pour du travail dans la ville de pêcheurs de Mpulungu (nord) sur le lac Tanganika a tourné à la tragédie et fait neuf morts et des dizaines de blessés.

"Quand les jeunes recourent à la violence, ils font la loi et ce n'est pas bon. Le chômage des jeunes est une bombe à retardement et il va falloir travailler dur pour traiter ces problèmes", observait lundi le ministre zambien des Finances Alexander Chikwanda, en marge d'un forum de la Banque africaine de développement (AFDB) sur l'emploi des jeunes à Lusaka.

En Zambie, pays de près de 13 millions d'habitants, seuls 14% des gens en âge de travailler ont un emploi dans l'économie formelle et il n'existe aucune statistique officielle du chômage.

Cette situation sociale tendue est aussi présentée comme la raison principale de la défaite du parti au pouvoir, le Front patriotique de M. Sata, dans l'opposition pendant vingt ans, lors de législatives partielles vendredi.

La jeunesse zambienne, victime d'un chômage chronique, a été l'une des clés du succès à l'élection présidentielle de septembre 2011 de M. Sata, élu sur des promesses de lutte contre la misère et de meilleure redistribution des richesses issues notamment du boom minier.

Durant sa campagne, il avait promis un changement dès les trois premiers mois de son mandat, axant son programme sur l'éducation et l'emploi, préoccupations majeures de la jeunesse zambienne.

Neuf mois plus tard, les files d'attente pour l'emploi s'allongent et la désillusion gagne.

"Quand des enfants se battent pour être recrutés dans l'armée, cela sonne comme un avertissement pour nous. Si on n'y fait pas attention, ces jeunes vont nous renverser un jour", a admis le président Sata lors du week-end de clôture de la récente Foire internationale du commerce de Zambie début juillet.

Dans un document préparatoire au forum des jeunes sur l'emploi, l'AFDB met en garde.

"Les changements démographiques et l'augmentation du nombre de jeunes chômeurs diplômés combinés à une révolution des moyens d'information transformeront le paysage économique et social des pays africains et augmenteront la pression pour la création de nouveaux emplois dans les décennies à venir", dit-elle.

"Ces facteurs ont joué un rôle fondamental dans les récentes révoltes socio-politiques en Tunisie et en Egypte", ajoute le document de l'AFBD.

L'Afrique a la plus grande population de jeunes dans le monde, rappelle l'AFDB. En 2030, près d'un quart des jeunes dans le monde seront Africains.

"Cela crée un énorme potentiel mais présente aussi des risques considérables et une menace importante pour la cohésion sociale et la stabilité politique, si les dirigeants ne parviennent pas à assurer un niveau de vie décent à ces jeunes", ajoute l'AFDB.

La Zambie, dont la principale richesse est le cuivre, exporte également du cobalt, du plomb, de l'or et de l'argent en grandes quantités.