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Génocide au Rwanda: Les tribunaux coutumiers plus efficaces que la justice internationale?

Recycler ses tribunaux coutumiers pour juger un génocide. C’est l’expérience qu’a mené le Rwanda, de 2002 à 2012.

Engorgée par le nombre de plaintes à juger, la justice rwandaise s'est désistée au profit des gacaca (prononcer gatchatcha).

Moins d’un mois après leur fermeture définitive le 18 juin 2012, Jeune Afrique revient sur l’expérience de ces juridictions atypiques. Enquête et chiffres à l'appui.

Les gacaca, ce sont ces tribunaux collaboratifs issus de la tradition rwandaise.

Ici, aucun juge, procureur, témoin ou avocat.

La juridiction est animée par des «inyangamugayo», personnes jugées «intègres» par le village. Ces derniers, juges et parties, ont présidé des milliers d’audience.

«Les Rwandais étaient tous convoqués, parce qu'ils ont tous été témoins du génocide, un crime commis en public, au vu de tous», a expliqué Roelof Haveman, professeur de droit à l'Université de Rotterdam à Jeune Afrique.

Mais la corruption est venue entacher la réputation des gacacas.

Depuis 2002, quelques 46.000 «inyangamugayo» ont été destitués. Et pour cause, certains ont été accusés d’avoir participé au génocide de 1994.

L'envoyé spécial de Jeune Afrique, Pierre Boisselet, rapporte que «des tentatives de règlements de comptes personnels (avec des accusations infondées), de vol ou de destruction de dossiers, sont aussi avérés. Sans compter la crainte de se voir dénoncé ou accusé.»

Malgré ces couacs, le service national des juridictions gacaca se félicite d’avoir «atteint 87.84% de ses objectifs». «Sans préciser comment de telles notions peuvent être quantifiées avec autant de précision», s’interroge Jeune Afrique.

Paul Kagamé, qui avait lancé l’initiative en 2002, se plaît à comparer le bilan des gacacas à celui du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Installé à Arusha, en Tanzanie, l’émanation juduciaire des Nations unies n'a jugé que 60 personnes. Et ce, depuis 1994.

Avec un budget de 42 millions d’euros seulement, largement inférieur à celui du TPIR, les gacacas ont jugé environ 1.700.000 affaires.

Les méthodes employées indignent les associations de défense droit de l’homme.

Human Right Watch s’alarme du pouvoir des «inyangamugayo», au regard de leur absence de formation en matière de droit. Le sort des accusés, qui ne peuvent prétendre à l'expertise d’un avocat, suscite également des critiques de la part de la communauté internationale.

Une communauté internationale qui peine à proposer des solutions plus efficaces face à l’ampleur du problème. Car au Rwanda, les victimes sont presque aussi nombreuses que les coupables.

«Un million de personnes ont été soupçonnés (…) soit plus de la moitié des hommes adultes encore en vie en juillet 1994», rapporte Jeune Afrique.

L’exercice de catharsis nationale n’a pas été sans conséquence.

La violence passée se retrouve dans les récits d’aujourd’hui et provoque un «problème de santé publique: 28,5% des Rwandais de plus de 16 ans présentent des symptômes de traumatismes», informe Pierre Boisselet.

Après l'épisode judiciaire, c'est sur le plan psychologique que le Rwanda devra panser ses plaies. 

Lu sur Jeune Afrique

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