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Un couple sur un pont au Caire le 4 mai 2009. Reuters/Asmaa Waguih
Un couple sur un pont au Caire le 4 mai 2009. Reuters/Asmaa Waguih

Maroc: Les couples mixtes n'ont plus de frontières

Les mariages mixtes prennent de l'ampleur dans le royaume chérifien. Retour sur un fait de société encore soumis aux clichés.

«Le mariage mixte, c’est le calcul des probabilités les plus improbables.»

Cette déclaration-choc de Hassan II à une journaliste française, lors d’une interview, peut paraître anecdotique mais, en y regardant de plus près, le monarque était plutôt un homme éclairé.

Au Maroc, en l’absence de statistiques et d’enquêtes sur le sujet, nous sommes partis à la rencontre de quelques couples maroco-étrangers, histoire de vérifier la véracité de ces propos.

Le couple en soi étant assujetti à toutes sortes de discordes, comment vit-on au quotidien avec un étranger? Comment affronte-t-on le regard de la famille, du voisin, le poids de la société?

Trois couples, Daouda et Mariam, Tzvetomira et Adil et Fouzia et Robert, ont accepté de répondre à nos questions indiscrètes.

Mon amour français

Une chose est certaine: les couples franco-marocains tiennent le haut du pavé. Avec 5.000 mariages par an de Marocaines avec des Français, nous sommes certains de perpétuer les liens viscéraux qui nous ont longtemps unis et nous unissent encore à l’Hexagone.

De surcroît, ce chiffre va crescendo, et se marier avec un étranger n’est plus exclusivement réservé aux hommes.

Qu’est-ce qui motive donc ces femmes de tout âge à casser les tabous en s’unissant à des non-musulmans (de naissance)? Où est passé l’adage populaire nous sommant de ne pas perpétuer le colonialisme en épousant le Français?

Les rapports entre la France et le Maroc étant anciens, des alliances se sont créées depuis quelques générations déjà. Les premiers lettrés francophones marocains ayant ramené dans leurs bagages, à la fin de leur cursus universitaire, quelques belles étrangères.

Ils ne vécurent pas forcément heureux. Ces premières unions ont néanmoins donné naissance à de beaux métissages.

De génération en génération, cette tendance s’est accentuée, et les vieux clichés se sont évanouis, comme par enchantement.

En somme, l’étranger et l’étrangère sont de plus en plus admis dans le circuit fermé des petites familles marocaines, comme pour faire écho à notre hospitalité légendaire.

Chacun ayant trouvé chez l’autre ce qu’il ne trouvait pas dans sa propre société: une beauté différente, une liberté, une ouverture d’esprit, un exotisme ou une histoire d’amour… tout simplement.

Africains malgré nous, Maghrébins for ever

Au Maroc, on ne se marie pas seulement avec des Français. La proximité culturelle, la langue partagée, ne sont pas les seules raisons qui font battre les cœurs. Les mariages mixtes se diversifient et se démocratisent.

On y trouve un peu de tout: unions maroco-russe, maroco-espagnole, maroco-polonaise, maroco-sénégalaise… même si les unions avec des Français détiennent la palme, ce ne sont pas forcément celles qui fonctionnent le mieux.

Contrairement aux idées reçues, ce sont les mariages afro-africains qui réussissent le mieux, même si l’on ne dénombre que cinq unions par an entre Marocaines et Subsahariens.

Par ailleurs, malgré les tensions politiques entre l’Algérie et le Maroc, les mariages entre ressortissants de ces deux pays frontaliers sont souvent une réussite. Et pour cause! Les frontières étant récentes, la question de la nationalité ne se posait pas pour sceller une union.

Les mariages entre Oujdis et leurs voisins oranais étaient légion dans l’Est. Ensuite, l’immigration en France s’est chargée de renforcer les liens entre les deux communautés maghrébines.

Se considérant viscéralement proches, dans la ghorba (le sentiment d’exil, Ndlr), épouser un Algérien, courageux et droit par définition, était privilégié. Les Tunisiens et les Egyptiens viennent en seconde position, selon Hammadi Bekouchi, sociologue.

Clichés, quand tu nous tiens

Entre les Marocains et les Européens, c’est une tout autre histoire. Cela s’explique d’abord géographiquement et puis, historiquement. A propos des mariages avec des étrangers, chacun a sa petite idée, et y va de son propre cliché.

Certaines femmes aspirent à plus de liberté en épousant un Français. Des hommes recherchent dans les yeux bleus et les formes plantureuses des Européennes de l’Est, une certaine forme de féminité, un tempérament calme et susceptible de s’adapter à la culture marocaine avec ses sacro-saintes traditions, sa religion, son machisme, sa belle-famille et tout le tralala…

C’est ainsi qu’une vague d’unions avec des Polonaises, Russes, Ukrainiennes a envahi le Maroc depuis que l’on a découvert que l’on pouvait devenir médecin ou pharmacien en suivant des études dans l’ex-URSS.

D’autres encore, recherchent juste une carte de séjour, une nationalité… Les clichés étant ce qu’ils sont, il arrive parfois que l’on soit dans de fausses attentes.

Pour le meilleur, mais pas pour le pire

«Les histoires d’amour finissent mal en général», chante Catherine Ringer. Cela se vérifie d’autant plus lorsqu’on est de deux nationalités différentes et que la société dans laquelle nous vivons n’accepte pas notre douce moitié.

«Il a fallu que je me fasse psychanalyser pour accepter le regard inquisiteur des gens dans la rue lorsque j’ai commencé à sortir avec Sébastien», raconte Ayda, 29 ans, cadre bancaire.

Et d’ajouter: 

«Aujourd’hui, nous sommes mariés, j’ai surpassé mon malaise, mais pas lui.»

«Sans vraiment que j’en sois consciente, je redoutais grandement le regard de ma famille, des voisins et de la société, lorsque je sortais accompagnée de ce gawri (nom donné au Français, Ndlr), mon mari», témoigne Niima, 38 ans, gérante d’un magasin de maroquinerie haut de gamme.

«Heureusement que nous avons fait le choix d’aller vivre dans son pays. En Suisse, nous baignons dans l’anonymat», assène Niima.

Si la plupart des jeunes Marocaines d’aujourd’hui préfèrent rester au pays, c’est parce qu’elles ont réussi là où beaucoup de jeunes hommes ont échoué. Elles sont autonomes financièrement. Elles n’ont pas besoin de gawri pour avoir un visa.

L’Europe, elles connaissent. Elles y ont fait leurs études. Ainsi, Salma et Alex se sont séparés moins d’un an de mariage plus tard, parce que tous les deux étaient très attachés à leur pays respectif.

La société marocaine est en pleine mutation. Elle s’éloigne des traditions rigides et s’émancipe de plus en plus.

L’on devait s’attendre à ce que les mariages mixtes suivent la tendance des mariages maroco-marocains, avec leur lot de déceptions, de rejets et de divorces.

«Aujourd’hui, tout est démocratisé. On nage dans un cafouillis, pas forcément dans le bon sens. Les nouvelles vertus de la société libérale nous plongent forcément dans un environnement à risque », conclut le sociologue.

Asmaa Chaidi (Actuel)

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Asmaa Chaidi

Journaliste marocaine au magazine Actuel

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