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A Madagascar, le raz-le-bol des électeurs face

Elle sort lentement du bureau de vote au côté de sa mère, une octogénaire pieds nus et pardessus fermé avec des épingles à nourrice. Avant-hier, les deux femmes n'ont rien mangé, et la veille juste du riz. "On attend du nouveau président qu'il améliore notre vie", explique Florentine Razanadrasao.

Cette blanchisseuse de 66 ans fait partie des trois quarts de la population malgache qui vit avec moins de 1,9 dollar par jour. De fait, Florentine gagne, les meilleurs jours, 4.000 ariary (1,1 dollar ou 0,9 euro). 

Avec cette somme dérisoire, "on peut acheter du riz et des bougies, et après il ne reste plus rien", explique-t-elle, d'une voix faible et posée qui dit sa résignation.

Dans l'isoloir, un simple tissu tendu entre un tableau noir et une fenêtre de l'école d'Antanimena à Antananarivo, elle a voté pour le candidat numéro 13, Andry Rajoelina, président de 2009 à 2014 et l'un des favoris du scrutin. 

Elle compte sur "le petit gars" - c'est son surnom - pour "créer des entreprises qui recrutent".

Car chez les Razanadrasao, la misère se transmet en héritage.

L'un des petits-fils de Florentine survit en transportant de l'eau, sa fille en livrant des briques et son gendre en tirant un pousse-pousse.

"Des fois, on n'a pas de travail et on ne mange rien", confie Florentine qui élève quatre de ses petits-enfants. "Quand on n'a rien, il n'y a rien même pour les enfants. On est tous dans le même bateau."

Ses petits-enfants âgés de 3 à 17 ans "n'ont jamais mis les pieds à l'école". "Il faut acheter les cahiers, les stylos. On n'a pas l'argent." Aucun d'eux ne sait ni lire ni écrire.

Florentine, jupe fleurie et tee-shirt jaune soleil, s'éclipse. Le linge d'un client attend d'être lavé à la rivière Ikopa. Ce soir, sa famille ne dormira pas le ventre vide.

A Madagascar, grande île de l'océan Indien, près de la moitié des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Le pays pointe parmi les plus pauvres au monde. C'est le seul à s'être appauvri depuis son indépendance en 1960 sans avoir connu la guerre, selon le chercheur François Roubaud.

Et pour une partie des classes populaires en milieu urbain, la solution passe par Andry Rajoelina, qui s'était vu confier le pouvoir par l'armée après des émeutes sanglantes en 2009.

- 'Révolution' -

"Pour nous ce n'était pas un coup d'Etat, c'était une révolution", tient à préciser l'un de ses partisans, Narcisse Mahatombo, chauffeur de 41 ans.

Willy Faustin Andrianirina, tireur de charrette, table aussi sur Andry Rajoelina. "Il a promis du riz à bas prix", explique-t-il, alors que le prix de cet aliment de base a récemment augmenté.

Dans les classes moyennes urbaines en revanche, Andry Rajoelina est le candidat à battre. 

Au lycée Rabearivelo dans le centre-ville d'Antananarivo, des électeurs arrivent en voiture pour accomplir leur devoir électoral. Le nom de Marc Ravalomanana, président de 2002 à 2009, revient sur beaucoup de lèvres.

"On est réalistes. Personne n'est un ange. Tout le monde a pris mais Ravalomanana a redonné un peu", affirme Tiana Randrianarivony, en référence à la corruption qui gangrène le pays.

Madagascar figure au 155e rang sur 180 dans le classement de la perception de la corruption de Transparency International.

A l'époque de Ravalomanana, "on pouvait passer des examens de fonctionnaires sans payer. Après ce fut la surenchère, jusqu'à 20 millions d'ariary pour devenir inspecteur des impôts", poursuit le restaurateur de 34 ans.

Le numéro 25, Marc Ravalomanana, "s'est vu voler son mandat. Il a le droit de continuer", estime de son côté Lili Rahaingo, à la retraite après avoir travaillé en France.

Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina ont dominé, avec l'ancien président Hery Rajaonarimampianina (2014-2018), la campagne électorale où s'affrontaient un total de 36 candidats.

Les électeurs, pauvres ou aisés, se retrouvent en tout cas sur un point. Ils ne veulent plus d'instabilité politique, récurrente à Madagascar. 

"Mon souhait est de voir une élection libre et sans incident", insiste Eline Faraniaina, blanchisseuse de 60 ans.

"On ne veut plus d'une situation sapeurs-pompiers où il y a un incendie et on l'éteint", lui répond en écho le restaurateur Tiana Randrianarivony. 

AFP

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